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Affaire Ferrand: Emmanuelli, Fabius... Ces présidents de l'Assemblée restés en poste malgré une mise en examen

Laurent Fabius, alors président de l'Assemblée nationale, le 12 juin 1997

Laurent Fabius, alors président de l'Assemblée nationale, le 12 juin 1997 - AFP - Thomas Coex

Soutenu par les membres du gouvernement et par le chef de l'État, l'actuel titulaire du perchoir peut également s'appuyer sur des exemples de prédécesseurs mis en cause dans des dossiers, d'ailleurs autrement plus sensibles.

Pour la jeune génération, ces noms n'évoquent peut-être pas grand-chose. Ils ont pourtant ébranlé la classe politique française, ce pendant plusieurs années. Il s'agit de l'affaire Urba et de celle du sang contaminé qui, en leur temps (les années 1990), ont abouti à la mise en examen de plusieurs personnalités éminentes, en l'occurrence issues du Parti socialiste. 

Parmi celles-ci, il y avait Henri Emmanuelli et Laurent Fabius, tous deux présidents de l'Assemblée nationale à des périodes différentes. À l'instar de leur lointain successeur, Richard Ferrand, mis en examen mercredi dans l'affaire des Mutuelles de Bretagne alors qu'il occupe le perchoir. Ses prédécesseurs, eux, ont malgré leur situation choisi de rester à leur poste. 

Emmanuelli éclaboussé par Urba

À l'aube du second septennat de François Mitterrand, le scandale Urba révèle tout un système de financement occulte du PS. Le pouvoir tentera d'étouffer cette affaire de faux bureaux d'études en charge de collecter de l'argent auprès des entreprises, par le biais de fausses factures, afin de remplir les caisses de la rue de Solferino. 

Le 14 septembre 1992, près de huit mois après son accession à la présidence de l'Assemblée nationale, Henri Emmanuelli est mis en examen pour "recel et complicité de trafic d'influence". C'est en tant que trésorier du parti que l'élu des Landes se voit épinglé. Soutenu par l'Elysée et le gouvernement, constitué principalement d'éléphants du PS, Henri Emmanuelli restera au perchoir jusqu'à la défaite cuisante du parti lors des législatives de 1993. 

Fabius devant la CJR

Plus grave encore, l'affaire du sang contaminé qui éclate dans les années 1980, époque où commence à proliférer le virus du sida, et qui implique aussi bien le monde de la médecine que la sphère politique. Après plusieurs années d'investigation, il est révélé en 1991 que des lots de sang contaminé (certains par le VIH) ont été sciemment distribués à des malades hémophiles lors de transfusions sanguines administrées en 1985. Quatre médecins ont comparu en justice à la suite de l'enquête.

En juillet 1998, la Cour de justice de la République (CJR) a renvoyé Edmond Hervé, Georgina Dufoix et Laurent Fabius pour la mort de trois personnes (cinq pour Hervé) et la contamination de deux autres. À l'époque des faits, Georgina Dufoix était à la fois porte-parole du gouvernement et ministre des Affaires sociales, Edmond Hervé était Secrétaire d'État chargé de la Santé. Laurent Fabius était leur Premier ministre et, lorsqu'il est renvoyé devant la CJR, il occupe le fauteuil... de président de l'Assemblée nationale. 

Lui et ses deux anciens ministres ont comparu en février et mars 1999 devant la CJR pour homicides involontaires. Le 9 mars 1999, Laurent Fabius et Georgina Dufoix sont relaxés, la CJR estimant que l'action de l'ex-Premier ministre "a contribué à accélérer les processus décisionnels". Aucun de ces soubresauts judiciaires ne l'a incité à quitter le perchoir, qu'il a conservé jusqu'à sa nomination, en 2000, au ministère des Finances par Lionel Jospin.

Jules Pecnard