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Mise en examen de Richard Ferrand: "Il ne doit pas quitter son poste", estime le ministre Marc Fesneau

Le ministre chargé des Relations avec le Parlement était l'invité de BFMTV et RMC ce jeudi matin. Il estime qu'il ne faut pas "substituer la procédure judiciaire au tribunal de place publique ou au tribunal d'opinion".

Après Emmanuel Macron, aux membres du gouvernement de monter au créneau pour soutenir Richard Ferrand. Invité ce jeudi de BFMTV et RMC, le ministre chargé des Relations avec le Parlement, Marc Fesneau, a défendu son interlocuteur quotidien au palais Bourbon, mis en examen dans l'affaire des Mutuelles de Bretagne. "Il fait bien son travail de président de l'Assemblée" nationale et "ne doit pas quitter son poste", a notamment déclaré le proche de François Bayrou. 

"Au même principe que ceux (...) qui sont la séparation des pouvoirs, Richard Ferrand est mis en examen, Richard Ferrand n'est pas condamné. Richard Ferrand n'est pas coupable, à ce stade. (...) À chaque fois qu'on accrédite la thèse que parce qu'on serait mis en examen, on serait coupable, on ne rend pas service à la justice", a estimé Marc Fesneau. 

Jurisprudence Balladur

Interrogé sur l'apparent deux poids, deux mesures dont bénéficierait le président de l'Assemblée nationale par rapport aux ministres qui, depuis le début du quinquennat, ont été contraints de quitter leur poste pour des affaires d'acabits variés, l'ex-député du Loir-et-Cher a évoqué les liens qui ont longtemps existé entre le parquet et le ministère de la Justice. C'est notamment ce qui avait incité Édouard Balladur, lorsqu'il était Premier ministre (1993-1995), à accepter la démission de quatre de ses ministres mis en examen (la pratique date en fait de l'époque Bérégovoy). 

"Pourquoi est-ce qu'il y a eu une 'jurisprudence Balladur'? Parce qu'à l'époque, quand ont était membre du gouvernement, (...) le garde des Sceaux pouvait donner des instructions individuelles aux magistrats. Ce n'est plus le cas aujourd'hui", assure Marc Fesneau.

Et d'ajouter que les parlementaires, à l'instar de Richard Ferrand aujourd'hui, ne sont pas, eux, "en lien avec la justice". Pour le ministre issu du MoDem, l'indépendance du quatrième personnage de l'État n'est en rien mise à mal par cette mise en examen: 

"L'autorité de Richard Ferrand, je la connais, je la pratique tous les jours, et je n'ai pas le sentiment que ça soit de nature à ébrécher cette autorité."

"Tribunal d'opinion"

Plus globalement, sur les questions d'équité et de transparence, le ministre des Relations avec le Parlement n'a pas le sentiment que le gouvernement y fait défaut. 

"Tous les citoyens sont également justiciables devant la justice, (...) je pense qu'on rendrait service collectivement, nous tous, si nous respections les procédures, la justice, son indépendance et un fondement de ce qu'est la justice en France, (...) la présomption d'innocence. C'est comme ça qu'on retrouvera aussi, comment dirais-je, quelque chose de sain dans le débat public. (...) Quand on est mis en examen, on n'est pas coupable."

Et de conclure: "Je ne pense pas qu'on puisse substituer la procédure judiciaire au tribunal de place publique ou au tribunal d'opinion. Je trouve que c'est assez malsain. (...) Ce n'est pas rendre service à la démocratie que de jeter en pâture des personnalités (...) parce qu'on déciderait que telle ou telle doit ou ne doit pas pouvoir rester à son poste."

Jules Pecnard