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Pacôme Rupin, celui qui a appris à marcher à En Marche!

Pacôme Rupin, candidat LREM aux législatives, sur un marché parisien, le 8 juin 2017.

Pacôme Rupin, candidat LREM aux législatives, sur un marché parisien, le 8 juin 2017. - The Light Studios - Alexandre Sitter

Après une présidentielle victorieuse, le mouvement En Marche s'apprête à faire massivement son entrée à l'Assemblée nationale. Une des raisons de son succès: la mobilisation de milliers de militants et adhérents, très organisés. Rencontre avec l'un des artisans de la start-up politique d'Emmanuel Macron.

Au sein d'En Marche!, il est l'un de ceux qui ont eu dès le début un rôle important, tout en restant dans l'ombre. Pacôme Rupin, actuel candidat aux législatives pour La République en marche dans la 7ème circonscription de Paris, est peu connu du grand public mais a été chargé de la "mobilisation" dès la création du mouvement. Un vaste mot qui comprend aussi bien la coordination d'actions de terrain à travers la France, que la formation d'adhérents neufs en politique. Et c'est aussi vu comme l'une des raisons du succès d'Emmanuel Macron à l'élection présidentielle. 

Pour mettre en oeuvre cette tâche, Pacôme Rupin, ancien start-upper, a mis en application des savoirs acquis dans l'entrepreneuriat social, le milieu associatif et le privé. A 32 ans, il est originaire de Tours et diplômé de l'Essec. Il a travaillé en cabinet de recrutement avant de rejoindre le Groupe SOS, une organisation spécialisée dans l'action sociale, qui rassemble entreprises et associations. Dès 2010, il a notamment été le chef de cabinet de Jean-Marc Borello, délégué général du groupe, autre future figure d'En Marche.

"Cela ne m'a pas étonné qu'il rejoigne En Marche, car je connais Pacôme, son engagement à gauche et son sens des réalités économiques", explique Jean-Marc Borello, délégué national d'En Marche, contacté par BFMTV.com.

"Il fait partie des premiers qui ont rejoint l'équipe de permanents, Emmanuel Macron m'a demandé mon avis, et j'ai soutenu Pacôme", ajoute-t-il. De son côté, Jean-Marc Borello a connu Emmanuel Macron comme élève lorsqu'il enseignait à Sciences Po. 

Création de 3.000 comités locaux

En mai 2016, un mois après le lancement d'En Marche, Pacôme Rupin est chargé de coordonner la "Grande marche", qui a parcouru la France pour livrer son "diagnostic", avant l'ébauche des premières lignes du futur programme. ll explique aujourd'hui avoir été engagé pour son expérience de mobilisation et pour son engagement en politique, lui qui a rejoint le PS dès 2005.

En 2014, il a été élu adjoint au maire du 4e arrondissement de Paris, Christophe Girard, avant de démissionner de ses délégations au mois de mai 2017, quand il a été investi candidat aux législatives. Sollicité par BFMTV.com, le maire du 4ème arrondissement n'a pas souhaité s'exprimer.

"Ma mission a évolué au fur et à mesure du développement d'En Marche", explique Pacôme Rupin, rencontré dans une brasserie de la rue Faidherbe, au coeur de la circonscription qu'il brigue.

"Au début on était une petite dizaine au premier QG. Ensuite, à la Tour Montparnasse, j'ai été en charge de la structuration d'En Marche, je me suis occupé du recrutement des référents départementaux et du lancement de la plateforme qui a permis la création de 3.000 comités locaux", énumère le trentenaire. "Chaque adhérent pouvait être responsable d’un comité local, ce qui à mon avis est un ingrédient du succès de la campagne et de l’élection", analyse-t-il. 

Des méthodes héritées de l'entrepreneuriat

Les adhérents étaient alors à 80% inexpérimentés en politique, et ont pu être formés grâce à des ateliers thématiques, lancés à partir du mois de novembre 2016. Sur ce point, Pacôme Rupin s'est inspiré de ses expériences passées. "J’avais travaillé en amont - dans une association - les méthodes d’intelligence collective. J'ai repris cette méthode en la simplifiant pour la généraliser et permettre aux adhérents de participer à l’élaboration du mouvement", poursuit-il. La possibilité de s'impliquer dans la genèse du mouvement a été selon lui l'une des clés du succès. Mais pas seulement.

"Ce qui m’avait choqué au PS, c’est qu’on faisait beaucoup de réunions sans aucun compte-rendu, sans garder de trace de la richesse des échanges", estime-t-il. Au sein d'En Marche, tout avait une trace écrite. Comme dans une entreprise. 

Elaboration du programme

A partir du mois de janvier, Pacôme Rupin a été responsable de la campagne de terrain, à la tête une équipe de 20 personnes, dédiée à la logistique, l'animation et la communication des volontaires. La start-up d'Emmanuel Macron se met en place. Là encore, entre le QG parisien et le terrain, la communication est permanente.

"Une équipe de bénévoles téléphonait chaque jours aux animateurs locaux, pour connaître les réactions des citoyens. Cela a été extrêmement utile pour piloter la campagne et se mettre au diapason du citoyen". 

Près de 3000 ateliers thématiques ont été mis en place, par exemple sur le thème du travail. Des fiches thématiques présentant d'un côté le "diagnostic", de l'autre les premières orientations programmatiques, étaient alors utilisées. Une série de questions étaient posées aux volontaires, appelés à donner leur avis sur ces propositions. Une professionnalisation de la réunion façon section du Parti socialiste que Pacôme Rupin a pu connaître par le passé. 

"Ils travaillaient d'abord en petits groupes, puis se mettaient d'accord sur la positon du comité local. Cela permettait que la meilleure idée possible émerge. Ils remplissaient ensuite un formulaire numérique qui remontait au QG", explique Pacôme Rupin. Depuis Paris, tous les travaux locaux sont ainsi remontés, et ont été synthétisés. Le résultat est encore aujourd'hui sur le site d'En Marche. 

"On a changé en permanence"

Depuis son investiture aux législatives, Pacôme Rupin a gardé sa fonction au sein d'En Marche mais bénévolement, après avoir été salarié de septembre à mai.

"En coulisses, ça ressemblait à un projet entrepreneurial. On ne s’attendait pas à un tel engouement, on avait les problèmes de nos succès", concède aujourd'hui le trentenaire, pour qui l'inexpérience des adhérents a été une richesse plutôt qu'un frein. 

"On partait du principe qu’on pouvait toujours s’améliorer, comme les start-ups aujourd’hui. Elles sont très à l’écoute de leur marché. On a changé en permanence. Chaque semaine, presque, je changeais d’organisation dans mon équipe", assure-t-il. 

"On a réinventé les débats, la manière de faire de la politique", se félicite le jeune homme, qui revendique une rupture "dans l'approche", à l'image de celui dont le nom revient très régulièrement dans la conversation: "Emmanuel Macron. "C'est la rupture dans la méthode, pas forcément une rupture idéologique forte", poursuit-il. "Il a mis au centre du jeu cette approche d'écoute et de bienveillance".

La même voix qu'Emmanuel Macron

Pacôme Rupin ne cache pas son admiration pour le nouveau président. Il l'a rencontré dès septembre 2016, après sa démission du ministère.

"Un membre de son équipe qui me connaissait m’a sollicité pour que je m’occupe de la Grande marche. Ce que j’ai beaucoup apprécié en premier lieu c’est son humanité, sa manière d’être. C’est quelqu’un avec qui on apprend". 

Comme on le lui a plusieurs fois fait remarquer, sa voix ressemble d'ailleurs à s'y méprendre à celle du fondateur d'En Marche. Mais plus qu'un simple timbre, il partage avec lui des expressions - "j'ai pris mon risque", lance-t-il avec un accent macronien pour parler de sa venue à En Marche! - et une élocution, faite de pauses qui entrecoupent ses phrases et d'une liaison appliquée entre les mots.

"C'est sûr, il m'a beaucoup influencé. J'ai beaucoup d'admiration pour un homme qui a réussi en très peu de temps à changer le système politique", ajoute Pacôme Rupin, qui jure avoir gardé son indépendance "depuis le début".

Au sein du mouvement, son indépendance est valorisée, assure-t-il. Il balaie l'idée de se "perdre" dans cette admiration et préfère moquer ceux qui qualifient En Marche de secte. "En Marche!, c’est l’anti-sectarisme".

Charlie Vandekerkhove