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"On est dans un régime autoritaire": limogée, Royal dénonce un "pouvoir qui n'en fait qu'à sa tête" sur les retraites

Emmanuel Macron doit mettre fin aux fonctions de Ségolène Royal en tant qu'ambassadrice des pôles ce vendredi matin au cours du Conseil des ministres. L'ancienne ministre de l'Environnement a pris les devants sur Twitter en publiant une lettre envoyée il y a une quinzaine de jours.

Ségolène Royal a décidé de lâcher ses coups. Alors que le président de la République s'apprête à la limoger de ses fonctions d'ambassadrice des pôles, elle a déclaré au micro de BFMTV depuis Marseille: "J’ai été sommée de choisir entre ma liberté d’expression et le fait de garder cette responsabilité. J'ai choisi de garder ma liberté d’expression, d’abord parce que ce qu’il se passe en France est gravissime et ensuite parce qu’il est urgent de proposer d’autres solutions."

"Il y a beaucoup d'interrogations sur la nature du régime"

Tandis qu'Emmanuel Macron a fulminé, dans l'avion qui le ramenait d'Israël à Paris jeudi soir, contre des "discours extraordinairement coupables" laissant penser que la France n'était plus une démocratie, l'ancienne candidate à l'élection présidentielle de 2007 a affirmé: "On est en tout cas dans un régime autoritaire. Un régime autoritaire est un pouvoir qui n’écoute pas, qui n’en fait qu’à sa tête qui assiste sans réagir à la souffrance des citoyens."

"Je suis ici à l’hôpital de Marseille avec des gens qui souffrent depuis des mois car on leur a retiré des moyens de fonctionnement. Les Français sont très attachés à leur système de santé, et quand on voit dans le monde entier les images de violences de ce qu’il se passe en France dans la rue, il y a beaucoup d’interrogation sur la nature de ce régime.", a-t-elle poursuivi. 

Elle s'en est prise ensuite directement au projet de réforme des retraites et à l'attitude de l'exécutif. 

"On attendait de ce Conseil des ministres qu’il retire ce projet de réforme des retraites comme le souhaitent plus de 60% des Français puisque cette réforme a été très mal engagée de manière autoritaire, autocratique même puisque les débats parlementaires n’ont même pas commencé. Il y a donc un vrai problème de crise démocratique", a ainsi développé Ségolène Royal. 

Royal appelle Macron à "reprendre son sang-froid" 

"Essayez la dictature et vous verrez!" Tels sont les mots qu'Emmanuel Macron a employés à l'encontre de son opposition la plus véhémente. Son expression lui a valu une nouvelle remontrance de Ségolène Royal:

"Ces mots sont excessifs il faut vraiment qu’il reprenne son sang-froid. En démocratie, on peut réformer sans brutaliser. (…) Le système de protection sociale est aujourd’hui gravement menacé, on ne doit pas le détruire uniquement pour permettre aux assurances privées d’acheter ces droits aux Français de se retrouver solitaires, isolés, dressés les uns contre les autres."

Plus tôt, on avait en effet appris que le chef de l'Etat doit relever Ségolène Royal de ses fonctions d'ambassadrice des pôles ce vendredi matin au cours du Conseil des ministres. La décision a été confirmée en début de matinée sur BFMTV-RMC par Sibeth NDiaye, porte-parole du gouvernement, qui a expliqué: "Il y a quelques semaines nous avons fait des observations à madame Royal en tant qu’ambassadrice de la République française pour les pôles. Elle n’a pas souhaité y répondre, nous en tirons les conséquences."

Le gouvernement reproche à l'ex-candidate à l'élection présidentielle des critiques récentes à l'égard de sa politique. Par ailleurs, une enquête préliminaire a été ouverte pour examiner la gestion des moyens qui lui ont été alloués dans le cadre de ses fonctions.

"Je prends acte de mon limogeage" 

Quelques instants avant son intervention au vitriol depuis Marseille, Ségolène Royal avait pris les devants en réagissant sur Twitter.

"Je prends acte de mon limogeage car je choisis ma liberté de parole. Mais ne pas laisser dire que je n’ai pas répondu. Ci-dessous ma lettre restée sans suite. Ni appel, ni rendez-vous. Peu importe c’est du passé. J’ai adressé à Jean-Yves le Drian et au PR (président de la République, NDLR) le compte-rendu de mission", a-t-elle écrit en préambule, avant de publier les photos d'une lettre, rédigée il y a près de quinze jours, où elle défend le ton adopté durant la durée de son ambassade. 

"Comme vous le savez, j’étais une femme politique engagée avant ma nomination et il ne m’a jamais été demandé de renoncer à mes convictions", fait-elle notamment valoir. 

Robin Verner