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Municipales: qu'est-ce que l'Union des démocrates musulmans français, dans le viseur de la classe politique?

L'Union des démocrates musulmans français (UDMF) présentera une cinquantaine de candidats aux prochaines élections municipales. Tandis que ses détracteurs l'accusent de "communautarisme", le président du parti assure vouloir représenter tous les citoyens.

"Beaucoup de personnes buguent par rapport au mot musulman", reconnaît Nagib Azergui, président de l'Union des démocrates musulmans français (UDMF), au micro de BFMTV. Ce dernier est à la tête d'une liste qui présentera une cinquantaine de candidats pour les élections municipales de mars prochain. Mais sa démarche est loin de séduire la classe politique. Du Rassemblement national aux écologistes, des voix s'élèvent pour interdire "les listes communautaires". "L'UDMF n'en est pas une", répète son président.

Sept défis capitaux

Créée en 2012, l'UDMF revendique actuellement 900 adhérents. Sur son site, le parti se définit comme "non confessionnel, laïc et profondément républicain". Son programme se présente sous forme de "sept défis capitaux", dans lesquels il dénonce à la fois la pollution plastique, l'évasion fiscale et la non-assistance aux migrants.

Parmi les mesures concrètes l'on trouve pêle-mêle: accorder le droit de vote aux étrangers, instaurer une loi qui "condamnera toute diffusion de discours de haine envers la communauté musulmane" (en l'occurrence, cette loi existe déjà) ou encore la mise en place d'un comité d'éthique pour contrôler la presse.

En 2014, l'UDMF présente son premier candidat à l'élection municipale de Bobigny (Seine-Saint-Denis). Kamal Moumni déclare au Parisien vouloir "faire parler la majorité silencieuse des musulmans", estimant qu'il y a "une vraie attente dans ces cités".

Le parti renonce à présenter une liste aux départementales de 2015, mais réussi à faire élire plusieurs conseillers pour les élections régionales de la même année. Au scrutin européen de mai dernier, ses idées ont séduit 29.000 électeurs, soit 0,13% des suffrages exprimés. L'UDMF a enregistré quelques belles avancées à l'échelon local, avec 7,43% des voix à Garges-lès-Gonesse (Val-d'Oise), 6,77% à Mantes-la-Jolie (Yvelines) et jusqu'à 40% dans un bureau de vote de Maubeuge (Nord). 

Intégrer "un pan de la communauté" discriminée

S'agit-il, comme l'accuse Bruno Retailleau, d'une liste "communautaire"? Au micro de BFMTV, Nagib Azergui assume volontiers que sa "force politique" doit "travailler sur le fait d'intégrer tout un pan de la communauté nationale qui a été beaucoup discriminé ces dernières années", à savoir, les musulmans.

Pour autant, il balaye les accusations de communautarisme, indiquant que l'UDMF a vocation à représenter tous les citoyens: "La valeur centrale [ndlr: du parti] est la citoyenneté". Ses membres comparent ainsi le parti à celui de Jean-Frédéric Poisson, le parti chrétien-démocrate ou bien celui d'Angela Merkel, l'Union Démocratique Chrétienne (CDU).

"Nous ne sommes pas là pour faire le grand remplacement de la République par la charia, c'est une caricature qui malheureusement nous colle à la peau", regrette le président de l'UDMF. Et d'ajouter: "Le problème c'est que le mot musulman renvoie aujourd'hui au prisme du communautarisme, du danger, du sectarisme".

Microphénomène

"On parle beaucoup de vouloir censurer l'UDMF sans nous laisser la possibilité de nous exprimer sur ce sujet", ajoute Nagib Azergui. Avec les scores aux dernières élections, les spécialistes s'accordent surtout pour dire qu'il s'agit d'un "microphénomène", qu'il convient de ne pas surestimer:

"Depuis les européennes de 2004 de telles listes essayent d'exister. Les résultats sont très faibles, quand elles réussissent à avoir des candidats et se présenter", note auprès de l'Agence France Presse Vincent Tiberj, professeur à Sciences-Po Bordeaux, en rappelant que le score de l'UDMF est de "0,13%" des voix aux européennes pour une population de 4 millions de musulmans en France." 
Esther Paolini avec AFP