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Municipales à Paris: à qui profite le retrait de Benjamin Griveaux?

L'abandon du candidat LaREM, qui avait opté pour une stratégie à droite pour sa campagne parisienne, pourrait profiter en premier lieu à la candidate des Républicains dans la capitale, Rachida Dati. Mais l'importance de ce report des voix dépendra de la nouvelle tête de liste de la majorité.

Les prochaines heures et les jours à venir seront ponctués par des réunions de crise chez La République en marche. Après le retrait de Benjamin Griveaux de la campagne des élections municipales de Paris, le parti de la majorité va devoir se choisir une nouvelle tête de liste dans la course à la mairie de la capitale. En attendant la désignation de celui ou celle qui acceptera cette lourde tâche - LaREM n'ayant pour l'instant pas les faveurs des électeurs parisiens -, l'abandon de Benjamin Griveaux rebat les cartes du scrutin de mars prochain.

On pourrait penser que ce rebondissement ferait les affaires d'Anne Hidalgo, pour l'instant en tête dans les sondages, ou celles de Cédric Villani, qui avait loupé l'investiture LaRem à l'été dernier, et qui était alors devenu candidat dissident.

Rachida Dati, grande gagnante?

Mais pour de nombreux observateurs, c'est au contraire Rachida Dati, principale challenger de l'actuelle maire de Paris, qui devrait logiquement récupérer un certain nombre d'électeurs de Benjamin Griveaux. Un calcul qui tient principalement au fait que l'ancien candidat avait choisi de se positionner sur le terrain de Rachida Dati pour ces élections municipales, en menant une campagne "très à droite", remarque Camille Langlade, chef du service politique de BFMTV:

Benjamin Griveaux se présentait "dans le 17e arrondissement, un arrondissement tenu par la droite aux dernières municipales, ce qui permettait de grignoter des voix à Rachida Dati. Cela confortait Anne Hidalgo. Aujourd'hui, sans Benjamin Griveaux et ce positionnement plutôt à droite, Dati peut récolter les voix de l'Ouest parisien, et regrignoter son retard sur Anne Hidalgo", juge-t-elle.

Le dernier sondage paru fin janvier plaçait Rachida Dati en deuxième position avec 20% des intentions de vote, juste derrière la maire sortante de la capitale, qui enregistrait une très courte avance (23%). En 3e position, 16% des intentions de vote étaient destinées à Benjamin Griveaux.

Alain Duhamel, éditorialiste politique BFMTV, est plus mesuré quant à ce possible report des voix de Benjamin Griveaux vers la cheffe de file des Républicains.

"Il est évident que Rachida Dati bénéficiera d'une partie des voix qui se seraient portées sur Benjamin Griveaux. Mais pas toutes, parce qu'elle représente la droite de la droite. Ce n'est pas une modérée, estime-t-il. C'est quelqu'un qui clive, elle ne recevra pas des voix de tout le monde très facilement."

Cédric Villani en arbitre?

La frange la plus modérée des électeurs de Benjamin Griveaux pourrait ainsi se rabattre sur Cédric Villani, que beaucoup perçoivent comme un potentiel arbitre du scrutin à venir.

"Quand on commencera a discuter des alliances pour le second tour puis pour le vote du maire, Cédric Villani retrouvera forcement un rôle important d'arbitre parce qu'il est vraisemblable que personne n'aura de majorité et qu'il faudra bien trouver l'appoint. Et l'appoint naturel, c'est Villani", estime Alain Duhamel.

Mais pour pouvoir peser dans les discussions, le député de l'Essonne, tête de liste dans le 14e arrondissement de Paris, doit réaliser un score suffisamment important.

"L'enjeu pour Villani, c'est de passer la barre des 10% dans un maximum d'arrondissements. Ce qui n'est pas garanti", juge l'éditorialiste Christophe Barbier. Mais "s'il arrive à franchir les 10%, soit dans une alliance soit en se maintenant, il devient un peu le faiseur de roi."

Qui pour mener LaREM à Paris?

La totalité des voix de Benjamin Griveaux n'ira cependant pas à Rachida Dati, Cédric Villani ou à un autre candidat à la Mairie de Paris. Il y aura en effet une liste LaREM dans la capitale "quoi qu'il arrive" aux municipales, a assuré ce vendredi la députée macroniste Olivia Grégoire.

Le taux de report des voix de Benjamin Griveaux vers un autre prétendant dépendra donc du candidat ou de la candidate qui portera les couleurs de La République en Marche à Paris. Plus la stratégie de celui ou celle à qui cette tâche incombera cette tâche sera dirigée vers la droite, moins le retrait de Benjamin Griveaux devrait profiter à Rachida Dati.

Juliette Mitoyen