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Manuel Valls s'impose en franc tireur à l'Intérieur

Manuel Valls, le ministre de l'Intérieur, s'est imposé depuis quatre mois comme l'un des hommes forts du gouvernement français tout en se singularisant par ses positions sécuritaires. /Photo prise le 6 septembre 2012/REUTERS/Charles Platiau

Manuel Valls, le ministre de l'Intérieur, s'est imposé depuis quatre mois comme l'un des hommes forts du gouvernement français tout en se singularisant par ses positions sécuritaires. /Photo prise le 6 septembre 2012/REUTERS/Charles Platiau - -

par Gérard Bon PARIS (Reuters) - Manuel Valls s'est imposé depuis quatre mois comme l'un des hommes forts du gouvernement français tout en se...

par Gérard Bon

PARIS (Reuters) - Manuel Valls s'est imposé depuis quatre mois comme l'un des hommes forts du gouvernement français tout en se singularisant par ses positions sécuritaires sur le dossier des Roms ou le droit de vote des étrangers.

Le ministre de l'Intérieur, qui incarne la droite du Parti socialiste, s'est encore démarqué mercredi en prônant l'abandon du projet de récépissé pour les contrôles d'identité pourtant annoncé durant l'été par le Premier ministre Jean-Marc Ayrault.

"Ce n'est pas une nouvelle, j'ai toujours été sceptique sur ce sujet", dit-il dans Libération, qui le présente comme un "opposant venu de l'Intérieur" tant il semble s'attacher à enterrer des promesses du candidat François Hollande.

Jean-Marc Ayrault a démenti le même jour toute friction avec son ministre de l'Intérieur, tout en prenant Manuel Valls à contre-pied, en particulier sur les "contrôles au faciès", que François Hollande a promis d'interdire.

"C'est un engagement fort et il sera tenu comme tous les autres. Le ministre de l'Intérieur cherche des solutions pour atteindre cet objectif", a-t-il assuré.

Alors qu'une partie de la gauche lui reproche d'emprunter beaucoup à son prédécesseur UMP Claude Guéant et surtout à Nicolas Sarkozy, Manuel Valls voudrait faire oublier par son discours de fermeté le prétendu "laxisme de gauche".

Comme ses prédécesseurs UMP, le ministre devait faire mercredi un événement médiatique de sa présentation de la politique de sécurité aux cadres de la police et de la gendarmerie.

Pour justifier sa stratégie de singularisation - certains de ses amis socialistes lui prêtent l'ambition d'accéder à Matignon - le ministre de l'Intérieur, âgé de 49 ans, se prévaut d'un fort soutien populaire.

Selon une récente enquête CSA, l'ancien maire d'Evry est devenu le ministre préféré des Français (48% d'opinions positives) et séduit les sympathisants de gauche (59%) tout en étant apprécié par ceux de droite (46%).

UN PARFUM DE SARKOZYSME

Il a également creusé son sillon au PS, étant le seul ministre à avoir été accueilli par une standing ovation à l'université d'été du parti à La Rochelle, où il a justifié au nom de "l'ordre républicain" ses penchants sécuritaires.

Arrivé avant-dernier de la primaire socialiste pour la présidentielle, où ses propos sur les 35 heures ou la TVA sociale ont créé la polémique, le trublion du PS a su se rendre indispensable pendant la présidentielle comme porte-parole et homme de confiance de François Hollande.

Plusieurs dirigeants de droite ont également décerné un satisfecit au ministre de l'Intérieur, louant son "pragmatisme" et son "réalisme".

Même si son zèle à démanteler des camps de Roms en plein mois d'août a suscité un malaise à gauche, Manuel Valls a bénéficié jusqu'à présent d'une relative mansuétude des associations de défense des immigrés.

Mais là encore, le ministre a dû être recadré par le Premier ministre qui, sous la pression de l'Union européenne, a annoncé des mesures en faveur de l'intégration des Roms.

Manuel Valls ayant depuis annoncé 7.000 reconduites hors du territoire de populations venues de Roumanie et de Bulgarie d'ici la fin du mois, la position du gouvernement sur la question semble particulièrement floue.

Si la ligne de fermeté incarnée par l'ancien candidat aux primaires est plutôt appréciée par les syndicats de police, qui attendent toutefois du concret, des voix commencent à s'élever à gauche sur le "parfum de sarkozysme" distillé par le ministre.

Dans le quotidien 20 minutes, daté de mardi, le Syndicat de la magistrature voit une "troublante continuité" entre les propositions de Nicolas Sarkozy après l'affaire Merah et le projet de loi anti-terroriste annoncé par manuel Valls.

Ce texte vise à faire en sorte que les Français partant s'entraîner au djihad en Afghanistan ou au Pakistan puissent être poursuivis en justice.

Edité par Yves Clarisse