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Loi "sécurité globale", évacuation violente: Darmanin contesté jusqu'au sein de LaREM

Le vote solennel de la loi "sécurité globale" doit avoir lieu ce mardi à l'Assemblée nationale, mais son texte est toujours aussi contesté. La protestation redouble encore après la diffusion des images de l'évacuation violente d'un camp de migrants Place de la République à Paris lundi soir.

Les contestations pleuvent sur la tête du ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin. Mardi et samedi derniers, l'article 24 de la loi "sécurité globale" voulue par le gouvernement, dont le vote solennel doit se tenir ce mardi après-midi à l'Assemblée nationale, a soulevé de grandes manifestations dans le pays. Le texte en question vise à pénaliser la diffusion "malveillante" d'images des forces de l'ordre.

Outre une large partie des journalistes craignant que cette disposition porte atteinte au libre exercice de leur métier, celle-ci se trouve en butte à l'opposition de la gauche, d'institutions internationales mais aussi de la défenseure des droits, Claire Hédin, qui fustige des "risques considérables" pour le droit d'informer.

Ces critiques et inquiétudes ont été encore renforcées par les vidéos tournées lundi soir lors de l'évacuation d'un camp de migrants installé provisoirement Place de la République à Paris par l'association Utopia, qui souhaitait appuyer la nécessité de leur relogement.

Des violences policières qui "choquent" la Place Beauvau

Les captations montrent des violences de policiers à l'égard des migrants - dont des coups de matraques mais aussi un croche-pied d'un agent des forces de l'ordre à l'encontre d'un homme qui prenait la fuite -, mais aussi des tensions avec des reporters parfois empêchés de faire leur travail. L'un d'entre eux, Remy Buisine, a même été frappé. Des élus et des avocats venus sur place ont aussi protesté contre le traitement qu'il leur a été réservé.

Le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, a dû s'emparer de la controverse dès la fin de la soirée. "Certaines images de la dispersion du campement illicite de migrants place de la République sont choquantes. Je viens de demander un rapport circonstancié sur la réalité des faits au Préfet de police d’ici demain midi. Je prendrai des décisions dès sa réception", a-t-il tweeté peu avant minuit.

Confirmation pour l'opposition

Ce rapport de la préfecture lui a été remis à la mi-journée. Elle a préconisé de saisir l'Inspection générale de la police nationale pour plusieurs faits, requête à laquelle le ministre a accédé. Mais avant même la présentation de ce rapport, l'opposition a vu dans les propos du ministre la confirmation du bienfondé de ses préoccupations.

"Exactement Gérald Darmanin ce sont bien des images qui ont donné l’alerte. Et les policiers qui ont opéré cette dispersion l’ont fait sur ordre", a réagi le patron du Parti socialiste Olivier Faure.

Jean-Luc Mélenchon, président du groupe de La France insoumise à l'Assemblée nationale et candidat à la présidentielle, a lui commenté les images:

"Ce sont des images d'une rare barbarie et qui signalent un basculement dans un régime autoritaire assumé par le président de la République. Les excuses pitoyables de monsieur Darmanin sont bien entendu les bienvenues. Elles signales l'erreur fondamentale de sa loi. J'espère que les députés La République en marche vont se comporter cet après-midi à hauteur de leur dignité de personnes et d'êtres humains avant l'engagement et la discipline politiques qui pourraient leur être demandés".

"Darmanin est en train de se rendre compte qu'ils ont enfanté un monstre", a-t-il encore affirmé.

L'appel aux représentants de la majorité

Matthieu Orphelin, député élu dans le Maine-et-Loire, qui a déjà rompu avec La République en marche sans se couper de la majorité, a abondé dans le même sens: "J'espère que les députés LaREM, Les Républicains et Rassemblement National penseront à ces images cet après-midi au moment d'appuyer sur le bouton pour voter la loi".

Selon les informations de BFMTV ce mardi, plusieurs députés de La République en marche ont discuté entre eux de l'intervention policière de la veille, se promettant, en conséquence, de s'abstenir lors du vote, voire de ne pas y assister. Nathalie Sarles, députée élue dans la Loire, a déjà indiqué ce mardi dans la matinale de RMC que sa voix manquerait cette fois à l'exécutif:

"Le risque que nous prenons avec le texte de loi que nous avons étudié la semaine dernière et que nous allons voter aujourd’hui, c’est que dans la mesure où on parle aujourd’hui d’un encadrement très strict de la captation d’image, c’est le risque d’aller vers un état plus autoritaire. Je ne dis pas que l’Etat actuel est un état autoritaire, je dis que le risque existe".

L'émotion du gouvernement

Ce souci déborde la seule Assemblée nationale pour toucher l'ensemble de la majorité parlementaire. Sans évoquer spécifiquement le texte de loi, Xavier Iacovelli, sénateur LaREM des Hauts-de-Seine et vice-président du Sénat, s'est ému mardi sur BFMTV des scènes de la veille Place de la République:

"Ces images sont insupportables. Je ne comprends pas la logique de déloger des migrants qui, certes, ont une utilisation illicite de l’espace public donc il faut y remédier mais on parle d’êtres humains, de 500 personnes, qui aujourd’hui ne sont pas mises à l’abri en période de Covid et de grand froid".

Ses paroles trouvent un écho plus haut placé encore, et plus proche de Gérald Darmanin. Emmanuelle Wargon, ministre déléguée au Logement, et Marlène Schiappa, ministre déléguée à la Citoyenneté, et qui relève du ministère de l'Intérieur, ont signé un communiqué commun pour dénoncer la situation.

La première a jugé sur Twitter: "Les images d'hier soir ne reflètent pas la politique du Gouvernement en matière de mise à l'abri des personnes à la rue." La seconde a appelé à traiter les migrants avec "humanité et fraternité".

Marine Le Pen, à contrepied

Accablé de toutes parts, Gérald Darmanin n'obtient décidément pas l'indulgence de grand monde ce mardi matin. Marine Le Pen, présidente du Rassemblement national, a ainsi demandé, à rebours de l'opinion générale de la classe politique et sans doute avec un peu de sarcasme: "A quoi sert de faire voter une loi pour protéger les policiers, si c’est pour les désavouer collectivement au moindre incident ou à la moindre provocation d’extrême gauche?"

Robin Verner
Robin Verner Journaliste BFMTV