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Laurent Wauquiez peine à imposer ses vues chez LR

Laurent Wauquiez

Laurent Wauquiez - Christophe Archambault - AFP

Le président des Républicains se heurte à des prises de position internes, contraires à celles émises officiellement par le parti.

Comment apparaître comme la figure forte de l'opposition lorsqu'on est contredit en interne? La situation de Laurent Wauquiez, à la tête de LR, est complexe. Car depuis son élection, le chef de la droite a rencontré un certain nombre d'oppositions. Dernière en date, celle de Gérard Larcher sur la Syrie: sur RTL, le président du Sénat soutient l'action française, alors que Laurent Wauquiez l'a dénoncée la veille. Et il l'assume parfaitement: "On n'est pas sur la même longueur d'ondes. Il peut y avoir au sein de la même formation politique des sensibilités différentes sur des sujets aussi importants", revendique-t-il.

Après l'attentat de Trèbes, dans l'Aude, Laurent Wauquiez avait également fait une série de propositions sur la lutte contre le terrorisme, comme le rétablissement de l'état d'urgence ou encore l'expulsion des fichés S étrangers. Là encore, le malaise est exprimé par un membre de la direction de LR cité par Le Monde: "Le débat doit avoir lieu (…) Mais les solutions qu'on propose ne sont pas crédibles, pas assez travaillées".

Arnaud Danjean, eurodéputé LR et ancien agent de la DGSE, dénonce à son tour dans le JDD des propositions "qui n'amélioreraient pas les capacités opérationnelles" de l'antiterrorisme. "Nous avons déjà un arsenal législatif très élaboré. La question est moins de l'enrichir encore de nouvelles mesures que de l'appliquer avec une rigueur maximale", affirme-t-il encore. L'ancien directeur de la police nationale, le sarkozyste Frédéric Péchenard, ne ménage pas non plus ses critiques, notamment sur la fiche S.

"Les voix dissonantes, c'est normal"

Mais chez LR, on tient à dédramatiser: "sur chaque sujet, il y a aura toujours deux ou trois voix dissonantes, ça paraît tout à fait normal", tempère la porte-parole Laurence Sailliet. Elle décrit d'ailleurs la position de Frédéric Péchenard comme une position "technique", finalement loin d'un réel désaccord politique.

Au niveau politique pourtant, la parole de Laurent Wauquiez est régulièrement perturbée par les prises de position de sa rivale, Valérie Pécresse. L'exemple le plus récent concerne l'asile et l'immigration: la présidente d'Ile-de-France a dévoilé ses 11 propositions la veille de la convention de LR sur le sujet. Rien de mieux pour court-circuiter ses collègues, et surtout se poser en alternative à droite en lieu et place de son rival Laurent Wauquiez. Mais officiellement, cela ne pose aucun problème: "elle fait ses propositions avec son think tank. Qu'elle le fasse si elle le souhaite, nous on travaille collectivement. Et demain, tout le monde sera libre de prendre la parole", commente Laurence Sailliet.

Mais chez les proches de Valérie Pécresse, on ne se contente pas de formuler des propositions et de torpiller l'agenda. La stratégie de Laurent Wauquiez n'est pas épargnée: "c'est simple: jusqu'à la fin de l'année, tout ce que fait Macron, LR va être contre", dénonce son entourage. De son côté, Bruno Retailleau n'est pas en reste, et formule lui aussi ses propositions avec son mouvement Force Républicaine.

Des débuts difficiles

En difficulté, Laurent Wauquiez? Ses débuts à la tête de LR ont été agités. Il a ainsi été très contredit lorsqu'il a appelé au départ du gouvernement de Gérald Darmanin, visé par des plaintes pour agression sexuelle. Plusieurs cadres, comme la vice-présidente Virginie Calmels, ont préféré invoquer la présomption d'innocence.

Le président du parti a aussi perdu du terrain avec la diffusion d'enregistrements d'un cours donné devant des étudiants lyonnais, pendant lequel il avait ciblé Emmanuel Macron, Nicolas Sarkozy, Gérald Darmanin, Alain Juppé ou encore Valérie Pécresse. Ces révélations avaient été jugées très sévèrement en interne. "Un problème évident de leadership", juge un de ses détracteurs de l'intérieur. Mais l'intéressé compte bien ne pas se laisser faire. Comme pour déminer les tentatives d'opposition, il a chargé de mission plusieurs cadres, comme Virginie Calmels désormais chargée du projet avec Guillaume Peltier et Luc Ferry. Et il n'hésite pas à prévenir: "il n'y a pas de place pour une opposition dans l'opposition".