BFMTV

Les ambitions secrètes de Marion Maréchal

Retirée de la vie politique depuis mai 2017, Marion Maréchal reste pourtant présente dans le débat public et sur la scène médiatique. Une manière de construire de loin le futur chemin que pourrait prendre le Rassemblement National.

En mai 2017, celle qui s'appelait encore Marion Maréchal-Le Pen annonçait qu'elle quittait la vie politique. Quelques mois plus tard, elle créait l'Issep (Institut de sciences sociales, économiques et politiques), une école implantée dans le quartier flambant neuf de Confluence à Lyon, qui a fêté sa première année cet été. Mais ce personnage médiatisé de directrice d'école cache-t-il une stratégie afin de revenir sur la scène politique?

L'Issep: une stratégie politique?

Les équipes de BFMTV se sont rendus dans les locaux de l'Institut, aux débuts modestes. Avec quatre pièces au rez-de-chaussée d'un immeuble, douze inscrits et une bibliothèque encore parsemée, l'école est plus un succès médiatique qu'économique pour le moment.

"En terme de stratégie politique de sa part ce n'est pas totalement idiot, je pense que cette école a d’abord cet objectif là de fabriquer un groupe de jeunes et de moins jeunes qui vont probablement l’aider à avancer dans ses ambitions politiques", nous déclare Pierre Mathiot, directeur de Sciences Po Lille.

Si aucune étiquette partisane n'est affichée au sein de l'Issep, plusieurs personnes liées à l'école ont un passif identifié à la droite et l'extrême droite comme Éric Zemmour, essayiste marqué très à droite, ou encore Jean-Frédéric Poisson, qui préside le Parti chrétien-démocrate. Ils ont été intervenants au sein de l'institut. Difficile donc de ne pas relier le présent éducatif de Marion Maréchal - qui a abandonné en 2018 le nom de "Le Pen" - et son passé au Rassemblement National, à un possible retour dans la vie politique.

Un projet d'union des droites

Surtout que Marion Maréchal dessine depuis plusieurs mois maintenant le futur qu'elle souhaiterait pour l'extrême droite. "Le rassemblement national est indispensable à la vie politique mais il n’est pas suffisant: il faut permettre qu’il puisse y avoir d’autres voix qui s’expriment à travers d’autres mouvements", avait-elle déclaré sur LCI quelques jours après les élections européennes.

Son but ne serait toutefois pas de reprendre le parti du Rassemblement National, mené par sa tante, selon le journaliste politique Renaud Dély: "Elle mise plutôt sur un contournement du Rassemblement National pour rassembler plus large extrême droite et droites extrêmes demain pour bâtir une alternative politique."

L'alliance avait montré un début de visage fin juin, quand Marion Maréchal et une vingtaine d'élus LR avaient dîné ensemble. Une rencontre au cours de laquelle il fut d'abord question d'échanges de points de vues et de convergences d'idées.

"Je ne rentrerai jamais dans le jeu d’un conflit avec Marin Le Pen"

Marion Maréchal "pense que Marine Le Pen va s’user, s’étioler et faillir d’elle-même", selon Renaud Dély, "donc il s’agit juste de ne pas se faire oublier, d’être toujours en place, en coulisses, être capable de rassembler et de récupérer la mise, mais sans être elle-même responsable de la chute et de l’échec de sa tante".

Car malgré un retrait de la vie politique annoncé, Marion Maréchal continue d'être visible. Présente au congrès conservateur américain en février 2018 ou encore au Forum économique international de Yalta en Crimée, en avril dernier, elle conserve sa place dans le débat politique. Mais la jeune femme assure de son côté se consacrer à son école, et ne pas chercher à concurrencer sa tante:

"Je ne rentrerai jamais dans le jeu d’un conflit avec Marine Le Pen", nous assure-t-elle, "je le dis d’autant plus sereinement que moi j’ai vu la politique atomiser ma famille à toutes les générations, donc que ce soit d’un point de vue politique - où je trouverai ça totalement détestable eu égard à la situation des Français - mais aussi d’un point de vue personnel je n’ai aucune envie de vivre cela."

"L’impression qu’elle lui fait des croche-pattes en permanence"

Florian Philippot, ex-cadre du Rassemblement National, dont les relations avec Marion Maréchal sont connues pour être tendues, va plus loin: "Marine Le Pen a besoin d’argent, au même moment Marion Maréchal lance une campagne de dons pour son école, Marine Le Pen change le nom de son parti le même jour ou la veille Marion Maréchal inaugure son école… J’ai l’impression qu’elle lui fait des croche-pattes en permanence."

La nièce de Marine Le Pen participera fin septembre à une "convention de la droite" sur le thème de "l'alternative au progressisme", un rendez-vous dont l'introduction sera confiée par l'essayiste Éric Zemmour. Il s'agira alors d'une "déclaration d'indépendance de la droite", "visant à "rompre avec les erreurs des 30 dernières années" et à "réarmer intellectuellement la droite". De quoi poser de nouvelles bases pour l'avenir politique de Marion Maréchal?

Nicolas de Labareyre, Guillaume Bernhard, Benjamin Chambost, Simon Terrassier et Salomé Vincendon