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Le gouvernement part en croisade anti-Gattaz

Pierre Gattaz, le patron du Medef, avec Manuel Valls le 27 août lors de l'université d'été du mouvement patronal.

Pierre Gattaz, le patron du Medef, avec Manuel Valls le 27 août lors de l'université d'été du mouvement patronal. - Fred Dufour - AFP

Face aux déclarations polémiques du dirigeant du Medef, le gouvernement hausse le ton et multiplie les remarques acides visant Pierre Gattaz. 

Il est loin, le temps des déclarations d'amour de Manuel Valls à l'entreprise, lors de l'université d'été du Medef. Suppression de l'ISF, Smic jeunes, seuils sociaux…Le patron des patrons, Pierre Gattaz, multiplie les sorties polémiques, et le gouvernement apprécie peu. La manifestation des patrons de la CGPME lundi n'a rien arrangé. Le divorce est-il consommé entre le gouvernement et le patron des patrons? Dès dimanche, Stéphane Le Foll a lancé l'offensive. "Il y a un problème Gattaz", a-t-il martelé sur France 5, estimant cette manifestation "incompréhensible".

Mardi matin, Emmanuel Macron, pourtant très offensif en matière de réformes, a pris le relais. "Dans le pacte de responsabilité, il y a le mot 'responsabilité'", a rappelé le ministre de l'Economie sur Radio Classique. "Aujourd'hui il y a très peu d'accords de branche qui sont signés, c'est un échec et aujourd'hui c’est aussi le sien", a-t-il affirmé en évoquant Pierre Gattaz. Une phrase qualifiée "d'extrêmement politicienne, incohérente et incompréhensible pour les chefs d'entreprise", par Thibault Lanxade, membre de la direction du Medef.

Valls mène la bataille à l'Assemblée

Mardi après-midi, Manuel Valls a enfoncé le clou à l'Assemblée. Durant les questions au gouvernement, il s'est montré particulièrement offensif. "(…) Chacun doit être à la hauteur de ses responsabilités. Je le dis notamment aux dirigeants du patronat, un certain nombre de propositions, de provocations, de propos aujourd'hui ne sont pas à la hauteur de cette responsabilité", a-t-il lancé devant les députés.

Une façon pour le Premier ministre d'adresser un message à une partie de la majorité, qui s'est sentie heurtée par nombre de ses déclarations depuis quelques semaines.

Le Medef calme le jeu

Jean-Christophe Cambadélis a d'ailleurs relayé l'offensive, en accusant mardi le Medef d'avoir "pris la tête de l'opposition au gouvernement à la place de l'UMP". "Je regrette le manque de culture du compromis chez les organisations patronales: elles veulent leur gain tout de suite, indépendamment de l'intérêt général", estime le secrétaire général du PS.

Certains membres du gouvernement pourraient se faire un plaisir de lancer encore quelques piques mercredi, alors que le Medef tient un meeting commun mercredi soir à Lyon, avec l'UPA et la CGPME. A la sortie du conseil des ministres, Emmanuel Macron a d'ailleurs expliqué ses propos: "le pacte n'est pas menacé. Mais mon objectif était d'accroître la pression sur les responsables patronaux parce que nous leur avons fait confiance: le Président dès le début d'année, le Premier ministre en avril dernier. Maintenant, ils doivent mener des discussions de branche. Il faut que ces accords débouchent", selon le ministre.

Mais l'organisation menée par Pierre Gattaz n'a pas intérêt à aller jusqu'à la rupture, et le gouvernement non plus. Mercredi, le Medef a tenté de faire passer un message d'apaisement. Pierre Gattaz, décidé à faire siffler le gouvernement par les patrons à Lyon, a finalement renoncé, pour ne pas jeter de l'huile sur le feu.

Ariane Kujawski