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La plaidoirie de Sarkozy est un acte de candidature

Le Parti Pris d'Hervé Gattegno c'est tous les jours sur RMC à 8h25.

Le Parti Pris d'Hervé Gattegno c'est tous les jours sur RMC à 8h25. - Crédits photo : nom de l'auteur / SOURCE

N. Sarkozy sort de son silence pour répliquer aux soupçons qui le visent, par une longue tribune dans Le Figaro. Pour Hervé Gattegno, cette plaidoirie est un acte de candidature, même si l'ancien président dit l'inverse.

C’est vrai, mais c’est le point le moins crédible de son texte. N. Sarkozy dit qu’il ne demande pas mieux que de rester éloigné du jeu politique. Tout le monde sait que c’est l’inverse et de fait, sa réplique n’est pas celle d’un retraité mais d’un politique actif – et même d’un politique pressé. S’il était rangé, qu’il n’avait plus d’objectif, il pourrait attendre sagement que la justice conclue à son innocence (puisqu’il jure qu’il l’est). Ce serait une bataille pour l’honneur – au propre et au figuré – ça prendrait le temps que ça prendrait. En vérité, c’est pour le pouvoir qu’il se bat. Et ça lui imposait une réaction forte. Donc il plaide pour sa cause, mais il prend date pour la suite.

Autrement dit, il veut politiser sa défense... C'est un moyen d

C’est en tout cas une interprétation possible et de ce point de vue, il prend un risque. Simplement, il est clair que l’avalanche d’affaires qui lui tombe dessus menace d’abîmer durablement son image d’homme d’Etat, qui est son meilleur capital. C’est là qu’il y avait urgence à réagir. Il le fait comme le font les grands fauves politiques (comme Mitterrand et Chirac avant lui) : en attirant la justice dans l’arène politique, en accusant les juges de partialité ou d’« instrumentalisation » (il utilise le mot). Il tape fort, il grossit le trait ; il est accusé, il accuse. Du coup, ses adversaires réagissent et le débat n’est plus judiciaire mais politique. C’est-à-dire que N. Sarkozy choisit son terrain et son registre.

Sur le fond de son argumentation, il se pose en victime. Il dénonce un acharnement, une mobilisation exceptionnelle de la justice contre lui. Est-ce que c'est un argument qui peut porter ?

Dans l’électorat de droite uniquement. Pour le reste, c’est le retour du Sarkozy clivant, celui qui séduit ou qui révulse. Sa charge sur les droits de l’Homme est excessive, sa référence à la Stasi aussi. Mais dénoncer un complot, c’est une façon de dire que si on veut l’abattre, c’est qu’il est le meilleur pour 2017. Cela dit, que N. Sarkozy soit une cible pour des juges et certains médias, c’est évident. Comparez à Chirac : lui n’a jamais eu droit à un tel traitement (alors qu’il a été condamné). Ce qui explique ce feu nourri sur N. Sarkozy, ce n’est pas qu’il a été président mais bien qu’il risque d’être candidat. Ça ne veut pas dire qu’il y a une opération contre lui, mais une obsession, c’est évident.

Son intervention dans Le Figaro survient à deux jours des élections municipales. Est-ce que ça peut avoir un rapport, voire une influence sur le vote de dimanche ?

Ça lui posait surtout un problème de timing. Il voulait envoyer un signal fort et après l’élection, il aurait été difficilement audible – un comble pour quelqu’un qui est aussi écouté… Sa réaction peut avoir un effet (mesuré) sur la mobilisation des électeurs de l’UMP, qui auraient de quoi être démoralisés par les « affaires ». Maintenant, si la droite remporte ces élections – comme c’est probable – N. Sarkozy pourra même s’attribuer une part de la victoire et continuer à préparer la suite. On a beaucoup parlé dans ces affaires de la saisie de ses agendas ; pour l’instant, la justice ne l’a probablement pas fait changer de calendrier.

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Hervé Gattegno