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L'idée d'une dissolution de l'Assemblée s'installe dans les esprits

François Hollande le 30 octobre 2014 à l'occasion d'une réunion sur la simplification de l'administration française.

François Hollande le 30 octobre 2014 à l'occasion d'une réunion sur la simplification de l'administration française. - Philippe Wojazer - AFP

Evoquée d'abord par le FN, puis par François Bayrou, l'hypothèse d'une dissolution de l'Assemblée nationale s'affirme de plus en plus au sein de la classe politique.

La dissolution, Alain Juppé "n'y croit pas". Sur BFMTV mardi, le candidat à la primaire en vue de 2017 l'a répété: "chaque fois qu'un gouvernement a essayé de se sauver en manipulant un mode de scrutin, il s'est planté (...) Ce n'est pas comme cela qu'on échappe à la pression populaire". D'ailleurs, le maire de Bordeaux le dit: "s'il y avait cohabitation, je n'irais pas".

Pourtant, si "avant l'été, la dissolution était essentiellement un jouet politique du FN, puis une projection contestée de certains analystes, elle relève aujourd'hui de la conversation politique courante", analyse le politologue Jérôme Sainte-Marie. 

Et selon un sondage BVA pour Orange, 55% des Français se disent favorables à la dissolution - même si 73% ne pensent pas que ce scénario se réalisera.

Le Pen prête à aller à Matignon

A la fin du mois d'octobre, François Bayrou avait évoqué frontalement le sujet sur Europe 1, à l'occasion d'un nouveau vote délicat sur le budget de la sécurité sociale, qui avait vu 39 députés socialistes s'abstenir. "Je ne suis pas sûr que François Hollande puisse tenir jusqu'en 2017 avec une majorité déchirée", avait-il asséné. Il est même allé plus loin, en suggérant que François Hollande serait contraint de nommer Premier ministre le vainqueur de l'élection à la présidence de l'UMP.

Dimanche encore, à quelques jours de la mi-mandat de François Hollande, Marine Le Pen martelait la nécessité d'une dissolution. "Quand il existe une aussi grande fracture entre le peuple et l'exécutif, il n'y a pas d'autre moyen pour purger le malentendu gigantesque né de la mise en œuvre d'une politique rejetée par l'immense majorité des Français", a-t-elle lancé dans le Journal du dimanche. Contrairement aux dirigeants de l'UMP, la présidente du FN est d'ailleurs la seule à se dire prête à gouverner en cas de cohabitation avec François Hollande.

Bruno Le Roux, président du groupe PS à l'Assemblée nationale, n'est pas d'accord: "Il faut quand même avoir beaucoup de temps pour parler sans cesse des institutions", s'est agacé le chef de file des députés PS. "Ces débats sur la dissolution, en réalité, n'existent pas. Ils sont faits pour porter sur le devant ceux qui veulent les mener".

Tomber, mais "dans l'honneur"

Mais François Hollande est loin d'avoir franchi le pas. Pour Jérôme Sainte-Marie, une dissolution, pour être acceptée par les Français, suppose "une crise parlementaire, comme en 1962, ou sociale comme en 1968." L'abstention des frondeurs socialistes "constitue l'amorce de la première. La défiance abyssale de l'opinion publique à l'égard du pouvoir politique" dessine la seconde, écrivait le politologue dans un article, deux jours avant les élections européennes du 25 mai dernier.

Autre obstacle: les députés socialistes. "En cas de dissolution, ils sont sûrs de perdre", affirme Alain Juppé sur BFMTV. "Je ne pense pas qu'ils prennent une telle décision", qui serait "suicidaire" à ses yeux. Sauf si certains ont déjà perdu tout espoir. Pour Jérôme Sainte-Marie, certains parlementaires, persuadés d'être vaincus en 2017, pourraient être tentés de "tomber, mais dans l'honneur".

Ariane Kujawski avec AFP