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Jean Castex à Matignon, un choix qui divise la classe politique

Jean Castex

Jean Castex - Ludovic Marin

Edouard Philippe quittant Matignon, c'est donc Jean Castex qui le remplace. Elu des Pyrénées-Orientales, maire de Prades, la nomination de cet homme de droite a suscité les réactions des politiques ce vendredi.

Surnommé "Monsieur déconfinement" depuis le 2 avril dernier, car il avait été chargé par le gouvernement de coordonner les stratégies de levée de quarantaine dans le pays, Jean Castex est devenu ce vendredi le nouveau Premier ministre des Français. Celui-ci avait jusqu'ici mené une carrière politique très discrète, le conduisant à devenir conseiller départemental des Pyrénées-Orientales et maire de Prades, commune de 6000 habitants environ.

Au bon souvenir de Nicolas Sarkozy

Jean Castex, longtemps militant UMP puis "Les Républicains", auxquels il n'émarge cependant plus selon nos informations, est en revanche bien inséré à droite. C'est d'ailleurs auprès de Nicolas Sarkozy qu'il avait décroché la place la plus prestigieuse qu'il ait occupée précédemment: le secrétariat général adjoint de l'Elysée. L'entourage de l'ex-chef de l'Etat a vite réagi auprès de BFMTV à la formation d'un gouvernement sous l'égide de Jean Castex:

"Jean Castex est quelqu’un pour lequel Nicolas Sarkozy a beaucoup de respect, d’amitié, et même d’affection. Jean Castex a appelé Nicolas Sarkozy juste après sa nomination."

Plus largement, nombreuses sont les personnalités de droite à avoir dit leur mot. "Je connais et j’apprécie les qualités de serviteur de l’Etat de Jean Castex. Elles seront indispensables dans les moments difficiles que nous allons connaître… Puissent-elles corriger les mauvais choix du Président de la République", a ainsi tweeté Xavier Bertrand, président du Conseil régional des Hauts-de-France.

Valérie Pécresse, présidente du Conseil régional de l'Île-de-France, a rendu un hommage similaire: "Je félicite Jean Castex de sa nomination à Matignon alors que notre pays traverse une crise inédite économique et sociale mais aussi d’autorité. Souhaitons qu’elle traduise un virage politique d’Emmanuel Macron vers plus de fermeté, de lutte contre les fractures et de décentralisation".

Railleries

Il est vrai que d'autres voix ont pris, à droite, des accents plus critiques... sans pour autant s'en prendre directement à Jean Castex. Nicolas Dupont-Aignan, député élu dans l'Essonne a toutefois laissé entendre que le personnage avait quelque chose de falot: "En nommant Jean Castex à Matignon, Emmanuel Macron transforme définitivement la fonction de Premier ministre en simple collaborateur... Macron s'accapare tous les pouvoirs pour le pire!"

Eric Ciotti, député élu dans les Alpes-Maritimes, n'a pas hésité à évoquer une "dérive autoritaire", recouvert par le nom de Jean Castex. "En nommant Jean Castex dont la seule légitimité est technocratique, Emmanuel Macron dissout Matignon. Menacé par la popularité d’Édouard Philippe, il dérive désormais de plus en plus vers un pouvoir totalement personnel et autoritaire", a-t-il écrit sur Twitter.

Julien Odoul, cadre du Rassemblement national, a raillé: "Jean Castex Premier ministre! Voilà le grand choc démocratique tant attendu et l’époustouflante réinvention du Président de la République!!!"

Le MoDem élogieux

Le ton est beaucoup plus compassé du côté du MoDem. Le mouvement centriste, principal allié de La République en marche, a ainsi lancé dans un communiqué: "Le groupe MoDem félicite Jean Castex, dont le 'sens de l’État, sa connaissance des collectivités et ses racines territoriales, méritent la confiance des Français', et remercie Edouard Philippe et les membres de son gouvernement pour leur engagement sans faille au service du pays".

La gauche amère

A gauche, bien sûr, Jean Castex reçoit des suffrages plus acerbes. "Fin d'un faux suspens, à un homme de droite succède un homme de droite, qu'on n'a jamais entendu sur l'écologie. Le Président veut être seul visible, et plutôt que préparer le pays à l'avenir, prépare sa candidature. Cela ne fait pas un projet pour le pays", a décoché l'écologiste Julien Bayou.

Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste, a développé la même analyse: " Avec la nomination de Jean Castex le Président de la République confirme sans surprise son cap. Le jour d’après sera de droite comme le jour d’avant. Salutations républicaines à l’ancien et au nouveau Premier ministre".

La députée européenne "France insoumise" Manon Aubry a évoqué un simple "ravalement de façade" de la part du gouvernement et déclaré, en commençant par une référence au Guépard de Giuseppe Tomasi di Lampedusa : "Tout change pour que rien ne change! Un homme de droite remplace un homme de droite pour mener la même politique anti-sociale et anti-écologique."

Son confrère de la France insoumise, député élu dans le Nord, Adrien Quatennens, s'est quant à lui fendu d'un lapidaire: " Emmanuel Macron, Premier ministre."

Robin Verner
Robin Verner Journaliste BFMTV