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Impôts: les coulisses du revirement de Macron

Après l'annonce d'Edouard Philippe de reporter les mesures de baisses d'impôts, Emmanuel Macron a fait marche arrière.

Après l'annonce d'Edouard Philippe de reporter les mesures de baisses d'impôts, Emmanuel Macron a fait marche arrière. - ALAIN JOCARD / AFP

En l'espace d'une semaine, le président de la République a décidé d'engager la réforme fiscale dès 2018, contrairement à ce qu'avait annoncé Edouard Philippe lors de son discours de politique générale.

Le premier gros cafouillage de l'exécutif s'est fait en musique. Tout a commencé le 4 juillet quand Edouard Philippe, lors de son discours de politique générale, a cité Bob Dylan. "Combien de fois un homme peut-il tourner la tête en prétendant qu'il ne voit pas", a interrogé le Premier ministre, empruntant à la chanson Blowin in the wind du prix Nobel de littérature. Un emprunt par lequel il espérait justifier un recul majeur venant marquer les prémisses du quinquennat: la suppression de la taxe d'habitation pour 80% des Français, pierre angulaire du programme fiscal d'Emmanuel Macron, renvoyée à la fin du quinquennat, donc à 2022.

Idem pour la réforme de l'ISF, la face B des baisses d'impôts annoncées, qui prévoit de réduire cet impôt aux biens immobiliers, en sortant du dispositif le patrimoine immobilier, l'épargne et les placements financiers, afin d'encourager les plus riches contribuables à investir. Pour Edouard Philippe, ces reports sont justifiés par l'état des comptes publics et la volonté de maintenir le déficit sous la barre des 3%.

"Une énorme connerie"

Dès le lendemain de cette annonce, une autre petite musique est venue se substituer à la rengaine de Bob Dylan: celle des critiques et des inquiétudes, très vite parvenue à l'oreille d'Emmanuel Macron. Crainte des Français d'abord, d'être revenus à l'ère François Hollande, alors qu'Emmanuel Macron redoute plus que tout cette comparaison. Critiques des milieux économiques et patronaux ensuite, inquiets sur la question de l'ISF plus que de la taxe d'habitation, comme le soulignait lundi soir Bruno Jeudy, éditorialiste à BFMTV.

Dans les milieux économiques, parmi ceux qui ont murmuré à l'oreille du président lors de cette semaine cruciale, Mathieu Laine, un intellectuel proche d'Emmanuel Macron, à la tête d'une société de conseil. Très tôt, comme l'expliquent Les Echos ce mardi, celui qui échange très fréquemment avec le président l'alerte sur les réactions d'incompréhension qu'il constate autour de lui. Au Parisien il raconte aussi être "tombé de sa chaise". Pour lui, l'annonce d'Edouard Philippe est "une énorme connerie", comme le rapporte L'Opinion.

"On n’aura pas plusieurs fenêtres de tir. Au moment du Brexit et face à la nouvelle Amérique de Donald Trump, c’est tout de suite que la France a une carte à jouer, pas dans deux ans", explique-t-il au quotidien libéral. 

"Réagir très vite"

"La meilleure solution pour sortir de cette mauvaise passe était pour moi qu'il reprenne rapidement la main. Il m'a assuré dès vendredi qu'il le ferait", explique-t-il au Figaro. Le même jour Mathieu Laine partage d'ailleurs les engagements du président sur Twitter. 

"Emmanuel Macron doit réagir puissamment et très vite à la spirale de défiance créée par le discours de politique générale. Mieux: il va!", écrit-il. 

A partir de vendredi, le rythme s'est en effet accéléré. Alerté lui aussi, Bruno Le Maire a plaidé pour "aller plus vite, plus loin, plus fort", en marge du G20 d'Hambourg, où il accompagnait Emmanuel Macron, comme le raconte son entourage au Figaro. Dimanche, aux rencontres économiques d'Aix, il a poursuivi sur la même voie, expliquant qu'"aucune mesure définitive n'avait été arrêtée en matière de calendrier". 

Retour au calendrier initial

C'est dans la soirée de dimanche qu'Emmanuel Macron aurait décidé de faire marche arrière, après avoir échangé avec Edouard Philippe. "Le président de la République a décidé de mettre en application cette partie de son programme dès 2018", a fait savoir l'entourage de Bruno Le Maire à l'AFP lundi, confirmant une information de Franceinfo. Matignon a ensuite confirmé que le gouvernement voulait créer "un choc d'offre et de confiance". 

L'exécutif étudie les solutions pour "accélérer les baisses d'impôts et de charges dès 2018, notamment la réforme de la taxe d'habitation et de l'impôt sur la fortune (ISF)", et une "trajectoire" doit être présentée mardi aux commissions parlementaires des Finances. Le but est désormais de rassurer, en revenant au calendrier évoqué par Emmanuel Macron pendant la campagne: Bercy précise que cette réforme fiscale entrera en vigueur dès l'an prochain pour aboutir dans les trois ans. 

Charlie Vandekerkhove