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"Il m’intéresse, m’intrigue et m’inquiète": Jospin sort du silence et tacle Macron

Lionel Jospin a quitté le Conseil constitutionnel en mars 2019

Lionel Jospin a quitté le Conseil constitutionnel en mars 2019 - JOEL SAGET / AFP

Dans une longue interview accordée à L'Obs à l'occasion de la parution de son nouvel ouvrage, l'ex-Premier ministre met aussi en cause les choix politiques de François Hollande, son ancien poulain.

La parole rare, il se l'applique. Très peu présent dans les médias, hormis pour quelques documentaires politiques, Lionel Jospin prend la parole ce mercredi à travers une longue interview accordée à L'Obs. Le nouvel ouvrage de l'ex-Premier ministre, Un temps troublé, doit paraître cette semaine. Dedans, il tente d'analyser les soubresauts qui ont secoué la France ce dernier quart de siècle et qui ont abouti, en 2017, à l'élection d'Emmanuel Macron à la présidence de la République.

Dans l'entretien, Lionel Jospin affirme "très peu" connaître le jeune locataire de l'Elysée. "Je le regarde agir et se comporter. Il m’intéresse, m’intrigue et m’inquiète", dit-il de lui, avant de mettre en cause sa façon de gouverner:

"Le logiciel du président est à mes yeux anachronique. Il a mené jusqu’ici une politique économique et sociale déséquilibrée. Sa méthode politique, celle de la verticalité, est également d’un autre âge."

"Extrême verticalité"

Selon l'ancien premier secrétaire du Parti socialiste (1981-1988), "le président a voulu court-circuiter les partenaires sociaux et les élus locaux, ce qui a provoqué de multiples tensions dans le pays".

"En 2018, une réplique est venue. À l’extrême verticalité du pouvoir a répondu l’absolue horizontalité du singulier mouvement des gilets jaunes. (...) Emmanuel Macron a aussi accentué la pente présidentielle de notre régime politique", estime Lionel Jospin.

Un indicateur de ce glissement? Le fait que chef de l'État ait imposé à son Premier ministre, Jean Castex, son directeur de cabinet, Nicolas Revel. Édouard Philippe avait réussi à y faire barrage, nommant son ami Benoît Ribadeau-Dumas à ce poste stratégique, qui permet désormais à Emmanuel Macron d'avoir un œil sur les travaux réalisés à Matignon. "Jamais le président François Mitterrand n’aurait agi ainsi", invoque Lionel Jospin.

L'ex-membre du Conseil constitutionnel, institution qu'il a quittée en mars 2019, reproche par ailleurs au mouvement macroniste, La République en marche, d'être "une structure vide".

"Les élections municipales récentes ont montré crûment combien ce mouvement était sans assise véritable dans le pays. Dans cet univers, le président est la mesure de toute chose et il ne participe en rien à un mouvement collectif. Sa position reste donc fragile alors qu’est venu le temps de la désillusion", développe-t-il.

Hollande et la dissolution de "l'identité socialiste"

Les flèches jospiniennes ne sont pas réservées qu'à Emmanuel Macron. D'une manière plus subtile, l'ex-locataire de Matignon tient François Hollande pour responsable, au moins en partie, de la désagrégation du socialisme français. Il constate que sa majorité s'était "défaite", notamment à cause des "frondeurs" du PS - phénomène que Lionel Jospin a réussi à éviter durant la quasi totalité de sa législature, de 1997 à 2002.

"Le consensus sur une politique s’est perdu. L’identité socialiste s’est dissoute dans l’infléchissement libéral", ajoute-t-il ensuite.

Pour Lionel Jospin, dont François Hollande a longtemps été le poulain politique, le dernier quinquennat socialiste est celui d'une boussole désorientée. L'ex-Premier ministre met d'abord le doigt sur le pacte de responsabilité, d'inspiration libérale, annoncé par le prédécesseur d'Emmanuel Macron à l'orée de l'année 2014.

"Ce changement de cap n’avait pas de justification objective. Les circonstances ne l’imposaient pas. Il a donc pris une dimension idéologique. Inspiré peut-être par Emmanuel Macron quand il était le conseiller économique du président, (...) ce tournant a contribué, avec les errements sur la question de la déchéance de nationalité, à la perte d’une identité politique."
Jules Pecnard Journaliste BFMTV