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Les dessous du départ de Christiane Taubira

François Hollande et Christiane Taubira, le 1er août 2014.

François Hollande et Christiane Taubira, le 1er août 2014. - Dominique Faget - AFP

Le départ de la garde des Sceaux du gouvernement a été décidé samedi, après quelques semaines d'hésitation. Quelques heures avant, elle avait confié son envie de claquer la porte à un journaliste de Canal +.

Cela faisait plusieurs semaines que Christiane Taubira songeait à son départ. Peu de temps avant Noël, le 22 décembre, la ministre assure sur une radio algérienne que la déchéance de nationalité pour les binationaux sera abandonnée… Pour finalement être désavouée le 23 décembre, lorsque François Hollande confirme le maintien de la déchéance de nationalité dans la réforme constitutionnelle à la sortie du conseil des ministres.

Que faire, sinon partir? Lors de leurs entrevues, le chef de l'Etat temporise, et lui confie son envie de la voir rester au gouvernement. Il lui aurait même fait miroiter un arrangement sur la révision constitutionnelle, selon Le Monde. La ministre est devenue une icône de gauche, et François Hollande préfère la savoir au gouvernement qu'à l'extérieur.

Christiane Taubira passe les fêtes en Guyane, et en profite pour réfléchir à son avenir. Doit-elle démissionner dès son retour? Elle patiente d'abord, espérant que la version finale du texte serait "acceptable". Elle travaille sur son voyage aux Etats-Unis qui devait démarrer mercredi - et est finalement maintenu, même après sa démission.

"La réponse, je l'ai déjà"

Mais la garde des Sceaux comprend finalement que le compromis final ne penchera pas vers la gauche, et refuse d'apparaître muette sur le banc des ministres lors de la présentation du texte devant la commission des lois. Elle prend cette fois la décision de partir, et en informe le chef de l'Etat samedi après-midi à 17 heures, juste avant son départ pour l'Inde. Manuel Valls est mis au courant seulement quelques heures plus tard.

Quelques heures auparavant, la ministre a confié sa décision à Michel Denisot, lors du tournage de l'émission Conversation secrète sur Canal +.

"Comment, garde des Sceaux, chargée de la Constitution, comment est-il possible d'être là quand une disposition à laquelle on s'oppose est introduite dans la Constitution?", demande-t-elle à haute voix. "La réponse, je l'ai déjà".

François Hollande rentre d'Inde mardi soir. Manuel Valls l'attend sur le tarmac pour finaliser les changements sur la déchéance de nationalité, et par la même occasion évoquer le cas de Christiane Taubira. Les manœuvres s'accélèrent pour rédiger le communiqué. Mercredi à 8h45, Jean-Jacques Urvoas est prévenu par SMS de sa nomination, alors qu'il est en plein travail parlementaire avec la commission des Lois. Rivé à son téléphone, il lance à ses collègues députés: "excusez-moi les gars, Christiane a démissionné et je suis nommé garde des Sceaux". En toute simplicité.

A. K.