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Grève SNCF: Macron veut remporter la bataille de l'opinion

Emmanuel Macron en visite en Grèce, ce jeudi 7 septembre.

Emmanuel Macron en visite en Grèce, ce jeudi 7 septembre. - Yorgos Karahalis - AFP

Le gouvernement affiche sa détermination, alors que les cheminots lancent un mouvement de grève qui s'annonce long. Mais la bataille de l'opinion reste encore indécise.

Entre les cheminots et le gouvernement, le bras de fer s'engage. Une confrontation sans précédent pour la majorité, qui s'apprête à affronter un mouvement de grève long et suivi. L'enjeu est de taille pour l'exécutif. "Macron veut faire de la SNCF le symbole de sa volonté réformatrice", explique l'un de ses proches, cité par Le Figaro. "S'il veut accrocher un scalp à sa ceinture, il n'y a pas mieux."

Un proche de Macron dénonce "la gréviculture"

Pas question donc de reculer, sous peine de rappeler l'échec d'Alain Juppé en 1995. S'il ne parvient pas à ses fins avec la SNCF, Emmanuel Macron risque de voir la suite de son quinquennat se compliquer. Le président s'affiche donc serein même lorsqu'un passant l'apostrophe au Touquet pendant le week-end pascal.

Et ses proches ont bien l'intention de faire de même. Dimanche, Gérald Darmanin a réaffirmé "la détermination tranquille et totale" du gouvernement. On affiche également une "incompréhension" face au mouvement: "Personne ne peut comprendre, alors qu'on est à mi-chemin de la concertation et que j'ai annoncé des avancées importantes vendredi, que les syndicats ne bougent pas", a lancé Elisabeth Borne sur BFMTV et RMC.

Depuis une semaine, la ministre des Transports avance ses pions. Dimanche, elle brandit dans une interview au Parisien la perspective pour les Français de "subir trois mois de galère que rien ne justifie". Objectif: monter l'opinion contre le mouvement. Même tentative chez Gabriel Attal, porte-parole de la République en marche et proche d'Emmanuel Macron, qui s'attaque lundi à "la gréviculture" française. "Je ne comprends pas cette grève", qui va "être dure pour les Français", ajoute-t-il. Mais le combat n'est pas gagné: selon un sondage Ifop pour le Journal du dimanche, le soutien à la grève progresse dans l'opinion même s'il n'est pas majoritaire: 46% de Français trouvent le mouvement "justifié".

Le risque du trop-plein

Pour éviter que le chiffre s'emballe, le gouvernement tente tant bien que mal de souligner les quelques concessions faites depuis l'annonce de la réforme. Le recours aux ordonnances, annoncé par Edouard Philippe, est finalement atténué et "des garanties de haut niveau", selon les termes de Gabriel Attal, ont été apportées aux cheminots, notamment sur l'ouverture échelonnée à la concurrence et "la portabilité des droits" sociaux en cas de transfert du salarié à une autre entreprise ferroviaire.

Jean-Baptiste Djebbari, rapporteur LaREM de la réforme ferroviaire à l'Assemblée, concède de son côté que "les cheminots se sont sentis humilités, ont senti un 'SNCF Bashing' qui aujourd'hui les radicalise un peu".

Derrière ces concessions, le message reste le même: "ni recul, ni frein", affirme le député LaREM Sylvain Maillard. "Nous avons été élus pour réformer, c'est cela que les Français apprécient". Pourtant, loin des micros, certains expriment leur crainte de la stratégie du "carpet bombing", ce "tapis de bombe" représenté par la multiplicité des réformes portées en même temps par le gouvernement. "Une réforme tous les trois jours, c'est brouillon et illisible", confie un ministre à RTL. "Si les gens ne sentent pas les résultats très vite, ils auront l'impression que tout ça c'est du vent".

Emmanuel Macron, lui, tient le cap. "Ne vous inquiétez pas", a répondu le chef de l'Etat dimanche au Touquet, lorsqu'un passant lui a demandé de "ne rien lâcher". Pour ne pas dramatiser le mouvement, le chef de l'Etat va tenter de se tenir à distance. Seul le Premier ministre Edouard Philippe prendra la parole en ce premier jour de grève. Ce sera à l'Assemblée nationale lors des questions au gouvernement.

Ariane Kujawski