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35 heures: qui veut quoi au gouvernement?

Myriam El Khomri et Emmanuel Macron le 6 juillet 2015 à Marseille.

Myriam El Khomri et Emmanuel Macron le 6 juillet 2015 à Marseille. - Franck Pennant - AFP

Alors que Robert Badinter remet lundi un rapport sur les 35 heures à Manuel Valls, les ministres du Travail et de l'Economie s'affrontent sur le sujet.

Reviendra-t-on un jour sur les 35 heures? Cette question, soulevée à plusieurs reprises depuis l'arrivée de François Hollande au pouvoir, pourrait trouver une réponse lundi, avec la remise du rapport de Robert Badinter sur le code du travail.

L'ancien Garde des sceaux, âgé de 87 ans, doit faire une série de propositions, qui serviront à la ministre du Travail, Myriam El Khomri, pour réécrire la partie du code du travail consacrée à l'organisation du temps de travail. Dans son projet, l'idée de donner davantage de souplesse aux entreprises en leur permettant de négocier leur organisation du travail avec les syndicats.

Mais le sujet reste délicat. Car bien avant l'arrivée Myriam El Khomri au ministère du Travail, son collègue Emmanuel Macron s'était déjà emparé du sujet, et en a fait l'un de ses chantiers symboliques. Qui défend quoi au gouvernement? Revue de détails.

> Macron: la sortie des 35 heures

Le ministre de l'Economie ne cache pas son projet: il souhaite une sortie négociée des 35 heures. Pour cela, il veut réduire la majoration des heures travaillées au-delà de 35 heures. Actuellement, elles sont rémunérées à 25% lorsqu'il n'existe aucun accord, comme dans la métallurgie, et les patrons peuvent descendre à 10% lorsqu'il y a accord de branche ou d'entreprise. "On doit pouvoir aller plus loin", a dit le ministre au forum de Davos ce week-end. "La piste est (…) de passer en dessous de 10%", selon lui.

> El Khomri: les heures supp' restent majorées

Au contraire d'Emmanuel Macron, la ministre du travail ne souhaite pas toucher au plancher des 10%. "Les heures supplémentaires restent majorées", avait-elle répété lors de ses vœux, le 20 janvier dernier. Les 35 heures seraient donc maintenues. L'objectif est de donner " un plus grand champ à la négociation d’entreprise", rappelle-t-on du côté de Myriam El Khomri.

> Hollande: pour une "large part à la négociation"

Si Emmanuel Macron a affirmé à Davos que sa ligne correspondait "à la voie ouverte par le président de la République", François Hollande ne souhaite pas forcément revenir sur les textes existants sur les heures supplémentaires. Lorsqu'il avait évoqué le sujet dans ses vœux, le chef de l'Etat n'était pas rentré dans le détail du plancher. Il avait décrit l'accord d'entreprise comme un moyen de "fixer les modalités d'organisation du temps de travail (…) en permettant par exemple de fixer le taux de majoration et le nombre d'heures supplémentaires", tout en rappelant que les 35 heures figuraient dans les droits fondamentaux.

Le chef de l'Etat ne désavoue pas pour autant son ministre. Pour l'Elysée, il se contente de souligner "le schéma qui ouvre une large part à la négociation au sein des entreprises", rapporte Le Monde. "La 36e heure sera toujours payée davantage que la 35e", selon l'Elysée cité par le quotidien du soir.

> Valls: "Il y a des totems auxquels on ne dérogera pas"

Depuis quelques mois, le Premier ministre apprécie peu l'ombre que lui fait Emmanuel Macron par ses sorties, notamment sur les 35 heures. En août dernier, après une déclaration choc du ministre, Manuel Valls avait déjà dû rappeler la sanctuarisation des 35 heures, tout en annonçant une réécriture du code du travail. Il devrait s'exprimer dans la journée, à l'occasion de la remise du rapport de Robert Badinter.

Ses proches, eux, ont déjà commencé à prévenir: "Il y a des totems auxquels on ne dérogera pas", avertit ainsi Luc Carvounas, maire d'Alfortville, interrogé par L'Opinion.

https://twitter.com/ariane_k Ariane Kujawski Journaliste BFMTV