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Européennes: des écolos à Raffarin, Macron tente de refaire le grand écart de la présidentielle

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Macron - AFP

Depuis une semaine le chef de l'État engrange les ralliements de personnalités hétéroclites telles que Jean-Pierre Raffarin ou l'écologiste Pascal Durand. Un signe de dynamique positive pour ses soutiens, même si les centristes de l'UDI manquent toujours à l'appel.

Les astres semblent plus favorables, les troupes rassérénées. Qu'importe si le dernier baromètre de l'Ifop-Paris Match marque un coup d'arrêt à la timide remontada d'Emmanuel Macron dans l'opinion. La crise des gilets jaunes s'estompe petit à petit et La République en marche est au coude-à-coude avec le Rassemblement national pour les élections européennes à venir. Aux yeux de ses soutiens, le chef de l'État paraît en mesure de conjurer le sort réservé, depuis des décennies, aux partis au pouvoir aux élections intermédiaires.

Quoi de mieux, dans ces circonstances, que d'agréger au compte-gouttes des soutiens en apparence hétéroclites? De l'ancien Premier ministre de droite Jean-Pierre Raffarin à l'écologiste Pascal Durand, Emmanuel Macron rejoue le coup du grand rassemblement. Comme celui de la présidentielle, en moins spectaculaire, lorsque l'intéressé ratissait de Robert Hue à Alain Madelin.

Optimisme

"On est optimiste. Le président a adopté le bon ton dans sa tribune, il fédère, entre Raffarin, les troupes de Franck Riester (ministre de la Culture et président d'Agir, NDLR), Pascal Durand... Je pense qu'on peut faire un bon score. Et surtout, nos adversaires ne font pas rêver", se réjouit auprès de BFMTV.com Hervé Berville, porte-parole du groupe La République en marche à l'Assemblée nationale.

L'annonce du soutien de Jean-Pierre Raffarin à la liste LaREM, même si elle n'a surpris personne, perpétue l'attrait de la frange modérée des Républicains pour la macronie. Quand bien même de nombreux cadres de LR martèlent combien il s'agit d'un non-événement.

Des caciques de LR séduits

L'ancien Premier ministre de Jacques Chirac n'est pas le seul cacique du parti de Laurent Wauquiez à avoir donner quitus à Emmanuel Macron sur la question européenne. Trois jours après la parution de l'interview de Jean-Pierre Raffarin dans Le Figaro, le maire de Toulouse, Jean-Luc Moudenc, a dit "se reconnaître" dans la tribune écrite par le chef de l'État, sans pour autant soutenir officiellement la liste LaREM. Idem pour Jean-François Copé, qui sur Sud Radio a regretté qu'un tel texte n'ait pu émané de sa famille politique. 

Pendant ce temps-là, Édouard Philippe continue d'accomplir une partie de sa feuille de route, à savoir séduire ce qu'il reste de juppéistes chez LR. "Ça va continuer à bouger", a-t-il prédit sur notre antenne mercredi.

Le sénateur UDI Hervé Marseille ne s'y trompe pas: "On voit bien la manœuvre, Macron publie sa tribune puis recueille des soutiens perlés, alors que derrière il n'y a pas vraiment de troupes. C'est malin."

Agir ne voulait pas "finir comme Benoît Hamon"

À l'instar de la gauche plurielle à la fin des années 1990, le parti présidentiel vise donc à esquisser l'image d'un "centre pluriel", vieux rêve de Valéry Giscard d'Estaing. Les élections européennes, grâce au système des listes et au retour à la circonscription nationale unique, représentent l'occasion idoine. 

Pour ce faire, Emmanuel Macron n'a pas fait l'économie de quelques choix tactiques, comme par exemple inviter Franck Riester, président du parti de centre-droit Agir, à rejoindre le gouvernement en octobre. Qui plus est à un poste prestigieux. Au lendemain de la parution de la tribune du président, le ministre de la Culture a annoncé que sa formation rejoindrait la liste LaREM, qui compte par ailleurs l'allié historique du parti, le MoDem.

"Ça n'allait pourtant pas de soi", rappelle la députée Agir Laure de La Raudière.

"On a toujours soupesé trois scénarios: y aller seuls, avec l'UDI ou dans une grande liste de rassemblement. Seuls, cela n'aurait pas été très sérieux, à moins de vouloir finir avec le score de Benoît Hamon. Quant à l'option UDI, on en a longuement discuté après la déclaration de candidature de Jean-Christophe Lagarde (président de l'UDI, NDLR). On en a conclu qu'on voulait absolument que la liste pro-européenne arrive en tête du scrutin", raconte l'élue d'Eure-et-Loir. 

"Position centrale"

L'efficacité doit primer, donc. Et, avec, l'idée de donner du souffle à la liste présidentielle, chapeautée dans les faits par Emmanuel Macron lui-même, grâce notamment à ses multiples déplacements dans le cadre du grand débat national.

"Je pense qu'il y a une conscience très forte, comme pendant la présidentielle, qu'il y a urgence à se rassembler face aux extrêmes, à trouver des solutions communes au plan européen", affirme Laure de La Raudière.

La même logique a été invoquée par Pascal Durand, ancien secrétaire national d'Europe Écologie-Les Verts, lorsqu'il a annoncé dans L'Obs son soutien à la liste LaREM (sans pour autant rejoindre le parti).

"Emmanuel Macron est le passage obligé pour défendre (ma) vision de l'Europe, comme l'ont été avant lui Jacques Delors, Simone Veil ou Daniel Cohn-Bendit. (...) Mon choix, c'est celui de la position centrale, plutôt que de la marge", y déclare l'eurodéputé. 

L'UDI en voie solitaire

Ce week-end, la liste présidentielle devrait engranger le soutien de Laurent Hénart à l'occasion du congrès du Mouvement radical (MRSE). Une "clarification nécessaire et logique", selon le député LaREM Bruno Questel, également membre du Parti radical de gauche (dont une partie vient d'ailleurs de refaire scission avec l'allié valoisien). Ces mouvements de troupes peuvent paraître epsilonesques, mais ils ont leur importance en termes d'image.

Reste le cas de l'UDI. Son patron, Jean-Christophe Lagarde, maintient pour l'heure sa liste autonome, convaincu qu'il peut attirer des centristes pro-européens déçus d'Emmanuel Macron. "On est les seuls à avoir un tissu d'élus. Chez Agir, il faut utiliser un compteur Geiger pour en trouver, et le MoDem n'a que des députés", se persuade un cadre du parti, d'après qui LaREM a absolument besoin de l'UDI pour sortir en tête le 26 mai. 

Du pipeau, selon un pilier de la majorité à l'Assemblée nationale: "Emmanuel Macron a peu d'estime pour Jean-Christophe Lagarde. Il trouve que c'est un petit personnage, qui voulait absolument être ministre et n'a jamais digéré le fait que Riester le soit à sa place."

Philippe Vigier, ex-UDI devenu patron du groupe Libertés et territoires (LT) au palais Bourbon, craint que son ancien camarade ne "s'expose à des temps très difficiles" en choisissant la voie solitaire.

Raison de plus pour garder le sourire. Le même cadre du groupe LaREM sent que le grand débat national donne du fioul à la dynamique du chef de l'État. "Franchement, avec tout ce qu'on a fait, les meetings, les déplacements, l'intérêt suscité, je pense qu'on peut atteindre les 25-26%", s'avance-t-il. Avant de préciser: "Si on est cynique, il nous faudrait aussi une grosse abstention le jour J..."

Jules Pecnard