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Des parlementaires demandent une commission d'enquête sur les liens entre le RN et Steve Bannon

Steve Bannon et Marine Le Pen à Lille, le 10 mars 2018

Steve Bannon et Marine Le Pen à Lille, le 10 mars 2018 - AFP - Philippe Huguen

La demande s'appuie sur un extrait dans un reportage de France 2 sur les liens entre le parti de Marine Le Pen et l'ancien stratège populiste de Donald Trump.

Plusieurs députés et sénateurs demandent une commission d'enquête parlementaire sur le Rassemblement national, après un reportage de France 2 sur les liens entre ce parti et Steve Bannon, l'ex-stratège de Donald Trump.

L'initiative est partie d'une "lettre ouverte" publiée sur Facebook par un ancien député et ministre sarkozyste, Frédéric Lefebvre. Vice-président du parti de centre-droit Agir, allié d'Emmanuel Macron, il accuse le RN de vouloir "participer à l'organisation d'une multinationale du nationalismes (...) pouvant constituer selon son ampleur, une haute trahison".

Les sénateurs Rachid Temal (PS) et Nathalie Goulet (UDI), ainsi que les députés Jean-Michel Mis (LaREM), Vincent Ledoux (Agir) et Bertrand Pancher (Libertés et Territoires), ont confirmé vouloir répondre à cet appel.

Réunions avec des hauts fonctionnaires

Dans le reportage réalisé par Envoyé spécial, on voit notamment les dirigeants RN Louis Aliot et Jérôme Rivière proposer à Steve Bannon d'assister à des réunions régulières entre Marine Le Pen, patronne du parti, et des hauts fonctionnaires français.

La séquence obtenue par France 2 est tirée de rushs non utilisés par la documentariste américaine Alison Klayman, auteure d'un film sur Steve Bannon.

Les deux figures populistes se sont rencontrées à plusieurs reprises. En mars 2018, Steve Bannon s'était rendu au congrès du Front national (pas encore rebaptisé) et y avait qualifié Marine Le Pen de "l'une des meilleures leaders politiques du monde".

"Petite manœuvre politicienne"

Contactée, Marine Le Pen a dénoncé "une pauvre petite manœuvre politicienne et électoraliste d'un mouvement qui est en train de perdre la première place dans les sondages", désignant ainsi La République en marche. Dans le dernier baromètre Harris Interactive du Figaro, le parti à la flamme est passé devant LaREM en recueillant 22,5% des intentions de vote pour les élections européennes du 26 mai.

"Il n'y a strictement rien à nous reprocher", a-t-elle fustigé, expliquant que le groupe évoqué dans le reportage est celui des Horaces, un collectif de hauts fonctionnaires, chefs d'entreprise et anciens membres de cabinets ministériels qui conseillent anonymement le RN. Confirmant l'invitation à les rencontrer lancée à Steve Bannon, elle a indiqué que cette rencontre n'avait pas eu lieu.

"Bannon est de très bon conseil"

Une autre séquence tirée d'une réunion à Londres entre Steve Bannon, Louis Aliot et Jérôme Rivière montre le polémiste américain évoquer les besoins financiers du RN.

Selon Marine Le Pen, "Bannon a proposé ses services pour tenter de trouver une banque européenne pour trouver un prêt (...) ce qu'il n'a d'ailleurs pas réussi à faire (...). Point barre. C'est juste un truc où il n'y a rien à dire."

La députée du Pas-de-Calais a été interrogée à nouveau sur le sujet ce dimanche sur notre antenne. "Il n'y a aucun financement américain organisé par Steve Bannon pour le Rassemblement national", a-t-elle précisé sur BFM Politique, en rappelant que les financements de partis politiques issus de banques extérieures à l'Union européenne étaient interdits par la loi. 

"En revanche, Steve Bannon est de très bon conseil pour pouvoir faire des levées de fonds, qui sont nécessaires, évidemment, auprès des Français", a-t-elle concédé.

"Intelligence avec une puissance étrangère"?

Selon le député Jean-Michel Mis, une commission d'enquête devrait "faire toute la lumière sur cette affaire, dont l'objet s'apparente à une conjuration internationale contre les intérêts de la France". Rachid Temal veut, pour sa part, vérifier la possible existence d'une "intelligence avec une puissance étrangère" réprimée par le Code pénal.

Frédéric Lefebvre a précisé avoir lancé son appel au nom de de l'observatoire international des nationalismes WNW (World Nationalism Watch), qu'il préside.

Jules Pecnard avec AFP