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Steve Bannon peine à convaincre les nationalistes et populistes d'Europe

Steve Bannon - Image d'illustration

Steve Bannon - Image d'illustration - Tiziana Fabi - AFP

L'ancien directeur de campagne de Donald Trump veut rassembler populistes, nationalistes et divers partis d'extrême droite dans sa fondation "The Movement", en vue des élections européennes de mai 2019. Une initiative qui peine à convaincre les leaders desdits partis.

"La force politique qui naîtra des élections en Europe, c'est nous, et nous seuls, qui la structurerons": la réponse de Marine Le Pen à Steve Bannon est plutôt claire. L'ancien directeur de campagne de Donald Trump veut lancer une fondation, "The Movement", afin de fédérer les différents partis nationalistes et populistes en Europe à l'approche des élections de mai prochain.

"Il a suggéré la création d'une fondation qui vise à offrir aux partis souverainistes européens des études, des sondages, des analyses", a expliqué la présidente du Rassemblement national (ex-FN) ce lundi à Rome, lors d'une conférence de presse commune avec Matteo Salvini.

"Monsieur Bannon n'est pas issu d'un pays européen"

Mettant en avant le fait que Steve Bannon n'était "pas issu d'un pays européen", et "un Américain", Marine Le Pen s'est dite, au nom des "représentants des différents peuples en Europe", "attachée à (sa) liberté" et à "(sa) souveraineté".

"C'est nous autres, ensemble, (...) qui structurerons la force politique qui vise à sauver l'Europe. Que les choses soient extrêmement claires sur ce sujet", a-t-elle martelé.

Des propos plutôt étonnants, tenus au côté du ministre de l'Intérieur italien, alors que ce dernier avait indiqué en septembre son intention de rallier l'initiative de l'Américain.

Steve Bannon a multiplié les appels du pied ce dimanche dans une longue interview au Figaro, sans doute encouragé par les déclarations de Louis Aliot, vice-président du Rassemblement national, qui avait affirmé que son parti adhérerait "très certainement" au "Mouvement".

"Marine Le Pen a bien résumé l'opposition actuelle" en Europe, lance ainsi Steve Bannon dans les colonnes du quotidien, décrivant "ceux qui pensent que la nation doit être dépassée et l'autre camp, qui pense que la nation doit rester la base du système, le joyau à protéger et à polir". "Les partis qui parlent avec nous sont des partis eurosceptiques, mais cela ne veut pas dire qu'ils veulent casser l'Union Européenne", affirme-t-il.

L'ancien président du site d'extrême droite Breitbart News ne manque pas aussi de souligner "la montée de l'antisémitisme" en Europe, qu'il considère comme "un résultat de l'offensive des mouvements islamistes radicaux qui poussent leur idéologie du jihad avec la complicité de la gauche".

Un appel du pied à l'Italie

Se posant en fils d'ouvrier américain et défenseur des classes populaires (qui a "eu la chance de passer par Georgetown et Harvard"), Steve Bannon évoque aussi l'Italie, sa chute de natalité "car il n'y a pas de sécurité économique", et sa baisse des salaires. Un discours qui fait écho aux propos de Matteo Salvini ce lundi, qui a vanté à Rome la "lutte contre le travail précaire, le chômage" ou encore "les berceaux vides". 

Les autres partis sceptiques

Malgré ses allusions et ses compliments, l'ancien directeur de campagne de Donald Trump peine à s'immiscer dans le débat européen. En août dernier, le directeur de l'AfD allemande Alexander Gauland avait déclaré que "les intérêts des partis anti-système en Europe étaient assez divergents" et qu'"on n'(était) pas en Amérique ici", s'estimant par ailleurs sceptique sur la capacité de Bannon à les rassembler pour les élections. 

Le FPÖ autrichien s'est aussi montré peu disposé à collaborer avec lui. "Nous voulons forger des alliances en Europe mais nous le faisons indépendamment des USA, de la Russie ou de qui que ce soit", avait dit son secrétaire général, Harald Vilimsky.

Le Premier ministre hongrois national-conservateur Viktor Orban avait déclaré ne pas être "intéressé par des choses qui ne touchent pas la Hongrie". Et une rencontre entre Steve Bannon et le président tchèque Milos Zeman s'était conclue sur un "désaccord" au sujet des droits de douane américains contre la Chine.

Ce lundi soir sur BFMTV, le souverainiste Nicolas Dupont-Aignan ne s'est pas non plus montré convaincu par ces ambitions: "Je ne le connais pas. Moi je crois à une voie française, (...) je crois qu'il y a un projet français et européen à bâtir avec nos partenaires", a déclaré le président de Debout la France. 
Liv Audigane, avec AFP