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À neuf mois des municipales, le RN s'appuie sur l'ex-LR Thierry Mariani pour séduire des élus de droite

L'eurodéputé RN Thierry Mariani, le 1er mai 2019 à Metz

L'eurodéputé RN Thierry Mariani, le 1er mai 2019 à Metz - AFP - Jean-Christophe Verhaegen

Misant davantage sur le qualitatif que le quantitatif, le parti de Marine Le Pen compte se concentrer sur une centaine de villes stratégiques, en nouant par ailleurs des alliances çà et là avec des maires sortants sans étiquette.

La carte de l'Europe peut être remise au placard; place, de nouveau, à celle de l'Hexagone. Après une campagne des européennes réussie, qui lui a permis d'arriver en tête du scrutin du 26 mai, le Rassemblement national prépare activement les municipales de mars prochain. Avec une idée en tête: l'efficacité.

Comme le rapportent France Inter et Le Figaro, le parti de Marine Le Pen rode une stratégie consistant à se concentrer sur une centaine de villes prenables, parmi lesquelles les 14 qu'il compte déjà dans son escarcelle. En plus des listes autonomes qui seront présentées sous la bannière RN, notamment dans les Hauts-de-France, le Grand-Est et le Sud-Est, des alliances plus spécifiques seront nouées avec des maires sortants sans étiquette. Dans cette mission délicate, l'ex-Les Républicains Thierry Mariani va jouer un rôle essentiel. 

"Élargir le mouvement"

Avec son compère Jean-Paul Garraud, l'ancien ministre de Nicolas Sarkozy va bientôt réactiver La Droite populaire, ce courant dont il était le chef de file au sein de l'UMP puis de LR. Une sorte de sas entre la droite classique, sérieusement amochée par la déroute électorale des européennes, et le parti à la flamme qui, à l'instar de La République en marche, a grand besoin de se créer un maillage territorial pour subsister. Un atout qui lui fait pour l'instant défaut. 

"Le Rassemblement national et Marine Le Pen sont indispensables, mais ils ne sont pas suffisants. Pour gagner, il faut élargir le mouvement et y associer d'autres personnes", a expliqué Thierry Mariani au Figaro

Cette logique, similaire à celle développée par Marion Maréchal, fonctionnera surtout dans les communes où peuvent être montées des listes dites "d'union". Soit avec des maires sortants, comme à Dourges (Pas-de-Calais), Aimargues (Gard) ou Le Thor (Vaucluse), soit avec des transfuges locaux de la droite. L'étiquette LR étant de moins en moins porteuse, il s'agira pour le RN de placer des candidats - pas forcément en tête de liste - de manière à maximiser son implantation.

Structure de contournement

Pour que l'opération fonctionne, aussi bien pour le RN que pour LaREM, il faut que le parti que dirigeait jusque récemment Laurent Wauquiez continue de s'affaisser. Ou, à tout le moins, que d'autres élus LR se rapprochent publiquement de Marine Le Pen dans les mois à venir, ce qui est loin d'être gagné. 

Erik Tegnér, ce jeune militant LR partisan d'une union des droites, voit néanmoins la manœuvre d'un bon œil: 

"Pour favoriser les alliances, il faut une structure indépendante statutairement du RN. Ça permet de contourner la question de l'exclusion de LR, de montrer qu'une convergence ne mène pas à une vassalisation. Par ailleurs il est amusant, à l'heure où le RN se définit comme ni de droite ni de gauche, de réactiver une structure qui s'appelle la "Droite" populaire... Il faut croire que les vieux clivages ne sont pas si morts que ça", ironise-t-il auprès de BFMTV.com

Impact limité?

Il faut toutefois nuancer la portée de l'opération. Si le parti à la flamme est en position de force dans des villes comme Perpignan, Lens, Tarascon ou Carpentras, la stratégie des alliances se heurtera à la volonté de certains maires de ratisser large. Par exemple en cherchant à compléter leur liste avec des élus de gauche, pour qui un rapprochement avec le RN serait inenvisageable. 

Contacté par BFMTV.com, l'un des cofondateurs de La Droite populaire, aujourd'hui toujours chez LR, estime que l'opération n'a "aucune" chance d'aboutir, "à part peut-être avec un ou deux qui iront à la gamelle par peur de perdre leur siège". "Mais cela vaut aussi pour ceux, plus nombreux d'ailleurs, qui sont partis chez Macron", ajoute-t-il. 

D'autant que ces élections municipales s'annoncent extrêmement compliquées en matière d'étiquettes. Beaucoup de choses vont se jouer au niveau local et la lecture des résultats se fera souvent au cas par cas.

D'après un tenant de l'union des droites, il faudra attendre le coup d'après pour que le fameux "sas d'accueil" porte ses fruits. "Le vrai test, ce sera au moment des régionales de 2021. Si Marine Le Pen est prête à laisser, dans certaines régions, la tête de liste à un transfuge de LR, ça peut avoir un véritable impact", estime cette source. Et de prédire: 

"Aux municipales, je pense que le RN vivra la même chose qu'aux européennes: un résultat positif en termes de score, mais des alliances revues à la baisse par rapport aux projections."
Jules Pecnard