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Le FN de Charente accusé d'avoir instrumentalisé un SDF pour défendre la "préférence nationale"

Un SDF à côté du périphérique parisien en août 2016

Un SDF à côté du périphérique parisien en août 2016 - Philippe Lopez-AFP

Par deux annonces postées sur Le Bon Coin, un SDF appelait à l'aide, évoquant "les autres", "une demande d'asile" qui lui serait plus profitable et déclarant: "je suis Français, dommage pour moi". Une démarche orchestrée par le Front national de Charente, qui se défend de toute manipulation.

Franck, 51 ans, qui a "toujours vécu en France", se présentait comme un sans domicile fixe et appelait à l'aide. L'homme regrettait que les services sociaux s'appliquent à aider "les autres". Et ajoutait: "Je me demande si la meilleure solution pour moi, c'est de déchirer ma carte d'identité française et de faire une demande d'asile".

Cette annonce, faisant référence à l'accueil des migrants et à la "préférence nationale" sans les nommer, a été postée début décembre sur Le Bon Coin. Seconde annonce le lendemain. Cette fois, Franck, qui souhaite "passer Noël à l'abri", assure bénéficier du RSA et des APL. Et commente à nouveau: "Les services sociaux ont d'autres préoccupations que mon cas, on ne me donne même pas une couverture... je suis Français, dommage pour moi?" 

"Ils lui ont dit: 'la seule solution, c'est de voter FN'"

Deux annonces qui ont alerté les journalistes de Charente libre. Ces derniers ont découvert que l'antenne charentaise du Front national se trouvait derrière cet appel à l'aide. En réalité, la situation de Franck n'est pas celle décrite par les deux annonces. L'homme, sous curatelle, a participé à un chantier d'insertion à Angoulême, comme le rapporte le quotidien régional. Ces deux dernières années, il était hébergé par une association mais en a volontairement claqué la porte.

Une habitante d'Angoulême, qui a répondu à l'annonce et recueilli Franck durant une dizaine de jours, assure à Charente libre que les membres du FN ne le quittaient pas. "Ce qui m'a étonné, c'est qu'ils l'encadraient toujours et ne lui parlaient que de politique. À une réunion, ils lui ont dit: 'la seule solution, c'est de prendre sa carte d'électeur et de voter FN'."

Briefé par ses "amis" du FN

Rencontré par Charente libre, Franck a déclaré avoir été briefé par ses "amis" du FN avant son rendez-vous avec les journalistes. S'il assure que c'est lui qui a frappé à la porte de la permanence locale du parti d'extrême droite, il reconnaît qu'il n'est pas l'auteur des annonces.

Geoffray Gourré, secrétaire à la communication du FN de Charente, se défend de toute manipulation ."Franck a frappé à notre porte pour qu'on lui vienne en aide le 8 novembre, a-t-il expliqué à BFMTV.com. Nous avons contacté associations, 115 et compagnie sans réponse. Je me suis lancé dans un buzz, je l'avoue. Mais c'était pour interpeller les gens afin de trouver une solution, et ça a marché."

"Est-ce que j'ai essayé de le convaincre? Oui"

Il assure héberger Franck depuis deux semaines. Et regrette que "pour faire du mal au Front national, on déglingue un SDF". Aux accusations de l'avoir "briefé", le secrétaire à la communication répond: "C'est simple, on a reçu des mails, dont un de Charente libre. J'ai réussi à joindre Franck, il était d'accord pour rencontrer les journalistes mais souhaitait être accompagné." Selon Geoffray Gourré, ce n'est pas un adhérent du FN qui s'est joint à lui mais "une connaissance".

"Est-ce que j'ai eu une discussion avec Franck sur le FN? Oui. Est-ce que j'ai essayé de le convaincre? Oui, quand on discute, on essaie de convaincre. Est-ce que j'ai essayé d'en faire une figure de proue du FN? Jamais. Est-ce que j'ai essayé de récupérer son vote? Comme j'essaierai de récupérer le vote d'un ami. Mais de toute façon, Franck n'a même pas de carte d'électeur. Mais il me l'a dit, s'il pouvait voter, il voterait FN."

Céline Hussonnois-Alaya