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Affaire Baupin: cinq nouvelles femmes accusent le député

Ces nouveaux témoignages recueillis par Mediapart et France Inter ne concernent pas que des militantes écologistes et portent sur des faits commis entre 1998 et 2014.

Ce ne sont plus huit mais désormais treize femmes qui accusent le député écologiste Denis Baupin de faits pouvant être qualifiés d'harcèlement et agression sexuels. Trois semaines après la publication d'une enquête qui a provoqué un séisme politique, Mediapart et France Inter publient cinq nouveaux témoignages lundi, recueillis auprès de femmes que les premières révélations ont convaincues de parler. Les faits relatés ont été commis entre 1998 et 2014 et ne concernent pas que des militantes écologistes.

Aujourd'hui à la retraite, Geneviève Zdrojewski était employée au ministère de l'Environnement quand Dominique Voynet y nomme comme conseiller Denis Baupin. "A deux reprises, entre 1997 et 1998 monsieur Denis Baupin m’a sexuellement agressée", témoigne-t-elle aujourd'hui. A Mediapart et France Inter, elle raconte:

"Une fois (...) Monsieur Baupin est rentré dans mon bureau de façon tout à fait inattendue et s’est jeté sur moi. Donc je me suis mise à crier, il m’a dit ‘arrête de crier ta secrétaire va nous entendre’. Il est sorti et une deuxième fois il a essayé de m’agresser sexuellement dans les lavabos et là il m’a plaquée contre le mur, prise sur les seins et a essayé de m’embrasser." 

Geneviève Zdrojewski explique ne pas en avoir parlé à sa hiérarchie. "Il y a 20 ans de cela je n’ai pas eu l’idée d’en parler à quiconque si ce n’est beaucoup à mes amis. C’est très humiliant", a-t-elle confié aux deux médias. 

"C'est une pieuvre qui m'a sauté dessus"

Restée anonyme, une autre femme raconte un fait d'agression datant de la même époque. La scène se passe lors d'un repas réunissant la comité exécutif du parti des Verts, que Denis Baupin a récemment quitté"Il me faisait du pied. Il a même enlevé sa chaussure pour atteindre mon entrejambe", raconte la victime. Denis Baupin aurait ensuite prétexté l'arrivée d'un fax pour demander à la jeune dirigeante du parti de le suivre dans son bureau. Elle raconte la scène qui s'est déroulée à peine entrée:

"C’est une pieuvre qui m’a sauté dessus. Il a essayé de m’embrasser par tous les moyens. Je me suis débattue… Et bien sûr, il n’y avait pas de fax…" 

Des témoins ont vu la jeune femme sortir du bureau. "Très émotionnée et en pleurs", elle leur aurait demander "de la protéger des avances de Denis Baupin", a raconté à France Inter et Mediapart l'un d'entre eux. Après discussion, les témoins auraient conclu que "c’était une attitude assez constante de la part de Denis Baupin, pas seulement vis-à-vis d’elle mais y compris au sein du collège exécutif."

"Sa main gauche sous mon sein droit"

La troisième femme parle d'une "caresse sur la nuque", "un geste intime" que lui aurait fait Denis Baupin quelques années plus tard, après son élection comme maire-adjoint à Paris, mairie où elle travaillait. 

Les deux derniers témoignages publiés lundi renvoient à des faits plus récents. Le premier se déroule lors des législatives de 2012 à Paris. Une jeune militante d'Europe Ecologie les Verts croise Denis Baupin à une conférence de presse. Et raconte aujourd'hui:

"Denis est arrivé. Il m’a fait la bise en appliquant sa main gauche sous mon sein droit". Un "geste déplacé" auquel elle aurait réagi en lui lançant "ça va pas Denis?" et de se voir répondre: "C’est pour faire réagir ton compagnon”, lui aussi membre d'EELV.

Enfin, France Inter et Mediapart ont recueilli le témoignage d'une journaliste radio à qui Denis Baupin aurait envoyé des SMS insistants en décembre 2014. "Ce n’étaient pas des messages sexuels mais du type: 'Vous travaillez jusqu’à quelle heure?', 'Ah mais vous travaillez tard…'", raconte la jeune femme, parlant de messages reçus "jusqu’à 21h ou 22h" et "le 31 décembre". Ce n'est qu'après avoir répondu qu'elle était "en famille" et "travaillai[t] dans les médias" que Denis Baupin aurait cessé. 

Ces nouvelles révélations viennent alimenter un scandale qui secoue toute la sphère politique. Après les huit premiers témoignages, Denis Baupin a démissionné de la vice-présidence de l'Assemblée nationale, tout en conservant son mandat de député et en portant plainte pour diffamation. Mais la parole semble se libérer en partie. 17 anciennes ministres ont d'ailleurs publié une tribune dans laquelle elles assurent: "Nous ne nous tairons plus".

Ma. G.