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Parallèle entre la Shoah et la guerre d'Algérie: LR et RN s'insurgent contre les propos de Macron

Emmanuel Macron au mémorial Yad Vashem, à Jérusalem, le 23 janvier 2020

Emmanuel Macron au mémorial Yad Vashem, à Jérusalem, le 23 janvier 2020 - AFP - Abir Sultan

Dans l'avion qui le ramenait de son voyage officiel en Israël, le chef de l'État a comparé les défis mémoriels posés par la guerre d'Algérie à celui auquel s'était confronté Jacques Chirac sur la déportation des juifs en 1995.

Dès qu'il met un pied dedans, Emmanuel Macron subit une attaque en piqué de la part de la droite et de l'extrême droite. Il s'agit évidemment de la guerre d'Algérie, sujet qu'a abordé le chef de l'État dans l'avion qui le ramenait jeudi de son voyage officiel en Israël. Et ce, en dressant un parallèle entre ce conflit et la reconnaissance par Jacques Chirac, en 1995, de la responsabilité de la France dans la déportation des juifs pendant la Seconde Guerre mondiale.

Ce samedi, plusieurs dirigeants Les Républicains et du Rassemblement national ont vivement condamné son propos, qualifié d'"obscène" et d'"irresponsable". Interrogé par trois journalistes, du Monde, du Figaro et de Radio J, Emmanuel Macron s'est dit convaincu que la France devait revisiter la mémoire de la guerre d'Algérie (1954-1962) pour mettre un terme au "conflit mémoriel" qui "rend la chose très dure en France".

"Amalgame"

"Je suis très lucide sur les défis que j'ai devant moi d'un point de vue mémoriel, et qui sont politiques. La guerre d'Algérie est sans doute le plus dramatique. Je le sais depuis ma campagne. Il est là, et je pense qu'il a à peu près le même statut que la Shoah pour Chirac en 1995", a-t-il ajouté. Durant la campagne présidentielle de 2017, le candidat Macron avait créé la polémique en qualifiant la colonisation de "crime contre l'Humanité".

"C'est de l'indécence. Après avoir qualifié la colonisation de 'crime contre l'humanité', il fait l'amalgame entre la guerre d'Algérie et le pire génocide de l'histoire humaine!", s'est ému samedi le chef de file des sénateurs LR, Bruno Retailleau, dans Le Figaro.

Accusant Emmanuel Macron de mettre "en péril" l'unité nationale, l'ancien filloniste dénonce une "double offense" de sa part: pour "les soldats français qui ont combattu en Afrique du Nord et qui se voient assimilés aux bourreaux de la pire espèce" et pour "les victimes de la Shoah puisque cet insupportable rapprochement revient à relativiser la monstruosité qu'a été l'Holocauste". Rappelons qu'à Jérusalem, le président de la République a participé à la commémoration du 75ème anniversaire de libération du camp d'Auschwitz.

"Bombe à retardement"

"Indécence absolue. Ces propos sont à la fois une folie pour l'histoire et la mémoire, et une bombe à retardement pour notre avenir", a abondé l'eurodéputé LR François-Xavier Bellamy sur Twitter.

"Comparer la Shoah à la guerre d'Algérie est obscène. Emmanuel Macron est en pleine dérive", a pour sa part estimé la présidente du RN Marine Le Pen.

Depuis le début de son quinquennat, le chef de l'État, né bien après la fin de la guerre d'Algérie, a déjà entrepris plusieurs incursions sur ce terrain historique si sensible, en honorant les harkis ou en reconnaissant que Maurice Audin, mathématicien pro-indépendance disparu en 1957, était bien "mort sous la torture du fait du système institué alors en Algérie par la France". Dans l'avion le ramenant d'Israël, Emmanuel Macron a regretté que seuls les historiens aient pu à ce jour travailler sur le sujet: 

"On n'en a pas parlé, on a écrasé. (...) Il n'y a pas eu un travail politique mémoriel", a-t-il dit, tout en admettant ne pas avoir "la réponse" pour y parvenir, admettant "tourner autour".
Jules Pecnard avec AFP