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Réunions non-mixtes: les propos d'Audrey Pulvar sèment le trouble à gauche

Depuis que la tête de liste socialiste aux régionales en Île-de-France a dit comprendre que les Blancs puissent se taire lors de réunions non-mixtes, elle a essentiellement reçu le soutien d'EELV et de LFI.

Depuis 24 heures, son compte Twitter est alimenté à une cadence plutôt relevée. Dès lors qu'une personnalité issue de la gauche lui témoigne de son soutien, Audrey Pulvar relaie son message et l'en remercie. La candidate du Parti socialiste pour les régionales d'Île-de-France est toujours sous le feu des critiques après ses propos sur BFMTV au sujet des réunions non-mixtes.

"Si vient à cet atelier une femme blanche ou un homme blanc, il n'est pas question de le ou la jeter dehors, en revanche on peut lui demander de se taire, d'être spectatrice ou spectateur silencieux", déclarait-elle samedi.

Le PS discret

Parmi les figures qui ont publiquement - et sans qu'on les sollicite - défendu l'ancienne animatrice de télévision, celles provenant du PS sont peu nombreuses. On y compte l'eurodéputé Raphaël Glucksmann, le maire de Bourg-en-Bresse Jean-François Debat, le président de Seine-Saint-Denis, Stéphane Troussel, ou encore le maire du XXe arrondissement de Paris, Eric Pliez, membre de la majorité municipale d'Anne Hidalgo.

Le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, l'a soutenue de manière indirecte dans les colonnes du Monde ce week-end, affirmant n'avoir "aucun problème" avec "les groupes de parole qui permettent de libérer la parole des victimes de racisme ou de sexisme". Des mots pondérés, qui complètent ceux d'un entretien accordé récemment au Figaro, dans lequel le député de Seine-et-Marne réagissait à la polémique déclenchée par l'Unef sur la même thématique des réunions non-mixtes.

Interrogé sur les raisons de cette apparente discrétion, un poids lourd du parti invoque une forme de lassitude. Comment a-t-il réagi en écoutant les propos de la candidate? "Je me suis dit, 'voilà, on a une semaine de polémique à gérer'", grogne-t-il.

Les soutiens les plus nets proviennent d'autres familles de la gauche. Sur France Inter, l'eurodéputé écologiste Yannick Jadot a jugé l'expression d'Audrey Pulvar "très maladroite", mais trouve "totalement aberrant" que les macronistes, la droite et l'extrême droite l'accusent d'être raciste.

Invité ce lundi de BFMTV et RMC, le maire EELV de Grenoble Eric Piolle a appelé la gauche à ne pas se laisser entraîner "dans les débats de l’extrême droite, qui sont alimentés par certains membres du gouvernement".

"Pulvar n'est pas raciste", selon LFI

Les insoumis, qui se veulent à l'avant-garde des luttes contre les discriminations raciales et sexistes, ont claironné encore plus haut leur soutien à Audrey Pulvar, faisant presque oublier la course à trois qui se joue actuellement en Île-de-France entre l'ex-présentatrice, Julien Bayou et Clémentine Autain.

Le député LFI de Seine-Saint-Denis Eric Coquerel par exemple, a expliqué ce lundi sur LCI que le concept de réunions non-mixtes était "vieux comme le mouvement féministe". "En fait, ce qui dérange, c’est quand ça concerne des noirs et des arabes", a-t-il résumé dans un tweet, relayé d'ailleurs par Audrey Pulvar, qui a remercié le parlementaire insoumis.

"N'inversons pas les choses: Madame Pulvar n'est pas raciste", a abondé son camarade Alexis Corbière sur CNews. "Le fond du problème, ce ne sont pas les propos d'Audrey Pulvar, c'est le racisme, la discrimination dans ce pays, le sexisme aussi".

Des figures de la société civile, comme le patron de SOS Racisme Dominique Sopo ou le sociologue Eric Fassin, engagé à gauche et défenseur du concept d'intersectionnalité des luttes, ont également affiché leur soutien à la candidate PS.

Le spectre de la sortie de route de Bartolone

Tous les yeux sont désormais tournés vers Anne Hidalgo, qui a fermé les écoutilles depuis deux jours. Sollicité ce lundi par BFM Paris, son entourage affirme toutefois que les deux femmes se sont parlé et que l'édile a exprimé son soutien à la candidate.

"Anne Hidalgo sait parfaitement qu’Audrey Pulvar n’est pas raciste et qu’elle ne le sera jamais", insiste-t-on. Pour l'heure, la maire de Paris "ne veut pas participer à un débat qui n'a pas lieu d'être", selon Dieynaba Diop, porte-parole d'Audrey Pulvar.

Il n'empêche que la maire de Paris sait que cette nouvelle polémique, aussi dérisoire puisse-t-elle paraître, survient au plus mauvais moment. Tenante d'une position stricte sur la laïcité et sur l'universalisme, au prix de très fortes tensions avec la composante écolo de sa majorité au Conseil municipal, Anne Hidalgo est aussi une proche d'Audrey Pulvar.

Or, ce nouveau brouillage des lignes complique la donne, alors même qu'une bonne partie du PS se veut intransigeante sur ces questions - à commencer par Olivier Faure. Dans la perspective de la campagne présidentielle, mais pas que: beaucoup de socialistes gardent en tête la défaite de Claude Bartolone en 2015 en Île-de-France, après une sortie où celui-ci accusait Valérie Pécresse de défendre "la race blanche". Inutile de dire que beaucoup d'entre eux veulent éviter de rééditer ce scénario.

Terme malvenu

Pour l'instant, l'entourage d'Anne Hidalgo se borne à reconnaître que le terme choisi par l'ancienne animatrice était malvenu et qu'il aurait été préférable de lui substituer, par exemple, "assister aux groupes de parole mais simplement écouter". On souligne par ailleurs que la candidate ne défend pas, à titre personnel, l'organisation de réunions non-mixtes.

"Il n’est donc pas question de légitimer les réunions non-mixtes de l’Unef. La droite s’est jetée sur la polémique en faisant un raccourci", se rassure-t-on autour d'Anne Hidalgo.

La maire de Paris devrait donner un avis plus clair sur les propos d'Audrey Pulvar dans les prochains jours. "Ça viendra", nous indique son entourage sans plus de précision. Anne Hidalgo sera l'invitée de BFMTV et RMC mercredi matin.

Par Jules Pecnard avec Alexia Elizabeth