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Régionales: à qui devrait profiter l’abstention?

En 2010, lors du précédent scrutin, un peu moins d'un électeur sur deux s'était rendu aux urnes.

En 2010, lors du précédent scrutin, un peu moins d'un électeur sur deux s'était rendu aux urnes. - Alain Jocard - AFP

A trois jour du premier tour des élections régionales, l'abstention s'annonce une nouvelle fois élevée: moins d'un électeur sur deux devrait se rendre dans son bureau de vote. 

Vers une "marée FN" aux régionales? A trois jours du premier tour, le parti d’extrême droite aborde l’élection en position de force: les récents sondages le placent au coude à coude avec les Républicains, avec environ 28% d'intentions de vote pour le scrutin du 6 décembre, loin devant le PS à 22-23%. Une enquête Ipsos/Sopra Steria pour le Cevipof et Le Monde publiée ce jeudi le donne d’ailleurs en tête des intentions de vote pour le premier tour dans six régions métropolitaines sur douze (hors Corse).

Si pour beaucoup, Marine Le Pen semble déjà avoir gagné, le taux de participation fait figure de principale inconnue du scrutin. A qui pourrait-elle profiter, et qui devrait en pâtir? Eléments de réponse.

> Un contexte particulier

Les élections régionales 2015 se déroulent dans un contexte particulier, qui pourrait avoir une incidence sur la participation. En premier lieu à cause de la réforme territoriale: on passe de 22 à 13 grandes régions métropolitaines, et quatre régions et territoires outre-mer. Certaines des régions redécoupées n’auront d’existence officielle qu’au 1er janvier 2016 (d’où pour celles-ci une élection tardive des présidents de régions), les électeurs vont donc voter avant même que n’aient été arrêtés les noms des futures régions et des capitales régionales. La date de leur tenue est elle aussi inédite: elle a été repoussée pour cause de fusion des régions, et comme le souligne RTL, jamais depuis 1965 les électeurs ne se sont rendus aux urnes en décembre.

Mais surtout, les régionales du 6 et 13 décembre se tiennent moins d’un mois après les funestes attentats qui ont ensanglanté Paris et Saint-Denis le 13 novembre. Immédiatement, le drame a bouleversé (et écourté) la campagne: les enjeux locaux -comme les compétences des futures grandes régions- ont été balayés au profit de débats nationaux, notamment la sécurité et la crise des migrants. Les intentions de vote pour le FN ont progressé dans les sondages, et la cote de popularité de François Hollande a connu un spectaculaire rebond.

> Le taux d'abstention estimé à 54%

Se pose donc aujourd’hui la question d’un possible "effet attentats" sur le scrutin. Selon plusieurs politologues, les attaques devraient avoir pour premier effet de remobiliser au moins une partie des électeurs.

"On s’achemine vers un sursaut de la participation", explique à Europe 1 Pascal Perrineau, directeur du Cevipof, le Centre de recherches politiques de Sciences-Po.

Un sondage Ifop pour le JDD publié dimanche estimait à 54 % l’abstention pour le premier tour. "C’est un score en hausse par rapport aux enquêtes réalisées avant les attentats", souligne Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l’Ifop.

Ce taux serait proche de celui des dernières élections régionales, en 2010, lors desquelles moins d’un électeur sur deux s’était rendu aux urnes (53,6% d'abstention au 1er tour). Plus que d’un véritable "rebond" de la participation, il faudrait donc plutôt parler d’un frein à la constante montée de l’abstention lors de ce scrutin (22,1% en 1986 (élection à un seul tour), 31,4% en 1992 (un seul tour), 42,3% en 1998 (un seul tour), 39,16% au premier tour en 2004, 53,6% au premier tour en 2010).

> Les électeurs FN devraient être plus mobilisés

Or, d’après l’enquête Ipsos/Sopra Steria pour le Cevipof et Le Monde, publiée après les tueries, l’électorat d'extrême droite est plus enclin que les autres à se mobiliser: l’indice de participation des sympathisants du FN est estimé à 58%, contre 55% pour les sympathisants de la droite et du centre et 50% pour les électeurs de gauche. Pour le directeur général délégué d’Ipsos Brice Teinturier, cité par Le Monde, si les attentats ont un effet sur la mobilisation des électeurs, ce sera donc d’abord au profit du FN. D’où, sans doute, les efforts des autres partis pour remobiliser leur électorat. "La priorité, c’est d’aller voter pour répondre aux terroristes", insiste par exemple Christophe Borgel, secrétaire national du PS aux élections.

Pour autant, pour les spécialistes, si l'"effet attentats" a lieu, il ne devrait pas bouleverser le scrutin.

"L'élection s'annonçait comme une sanction pour le pouvoir en place, avec une forte abstention à gauche et un effet FN qui s'annonçait considérable", note le directeur d'Ipsos Jean-François Doridot, cité par l’AFP, selon qui "ces effets vont être confirmés et accentués par les événements".

"A la différence des départementales (qui s’étaient tenues deux mois après les attentats de janvier, Ndlr), les électeurs de gauche ne semblent pas sur le point de se remobiliser", abonde auprès d’Europe 1 Frédéric Dabi, assurant qu'"un éventuel sursaut de la participation profiterait donc aux partis capables de mobiliser actuellement, à savoir la droite et le Front national."

Mais le directeur général de l’Ifop de conclure: "Quoi qu’il arrive, même en cas de regain de la participation, le premier parti de France sera une nouvelle fois l’abstention".

Violette Robinet