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"S'il y va, il ira pour gagner": les confidences de l'avocat d'Éric Zemmour

Maître Olivier Pardo défend notamment Eric Zemmour devant les tribunaux. Réagissant aux révélations de Paris Match sur les manœuvres de son client en vue d'une éventuelle candidature à la présidentielle, il a assuré du sérieux de sa démarche.

"Je suis son ami, son avocat, pas son conseiller politique." Sur notre plateau ce mercredi soir, maître Olivier Pardo a planté le décor avant de commenter les ambitions présidentielles de son client, Éric Zemmour, détaillées en kiosques ce jeudi par Paris Match et Valeurs actuelles.

Malgré tout, il n'hésite pas à corroborer l'aspiration de ce dernier à l'élection suprême de 2022: "Éric Zemmour a été journaliste politique pendant 30 ans, il connaît par cœur. S’il y va, il n’ira pas en amateur et il ira pour essayer de gagner." À nouveau sur notre antenne ce jeudi matin, il a d'ailleurs varié sur le même thème: "S'il y va, il ira en professionnel, et pour gagner, pas pour témoigner."

"Il se dit qu'il y a un pas supplémentaire à franchir"

Olivier Pardo peut bien se permettre ce pronostic. Ces dernières années, en effet, Éric Zemmour a eu quelques occasions de se lier d'amitié avec son défenseur. "On a plaidé douze fois pour lui", a admis son avocat. Et l'essayiste a été condamné à trois reprises pour des faits relevant d'injures et d'incitation à la haine raciale. "Il a été condamné une fois car il n’a pas fait appel", a toutefois affirmé Olivier Pardo, poursuivant: "Il a eu une deuxième condamnation, qui est toujours pendante devant la Cour européenne des droits de l’Homme".

Éric Zemmour a bien été condamné en 2011 pour incitation à la discrimination raciale. En 2018, il s'est vu sanctionner par la justice pour provocation à la haine religieuse envers les musulmans. C'est pour cette affaire qu'il s'est pourvu devant la CEDH. Enfin, il a écopé d'une nouvelle sentence défavorable en 2020 sous le chef d'injure et provocation à la haine envers les musulmans, contre laquelle il a fait appel.

Pour l'avocat, cependant, il n'y a là rien de nature à arrêter Éric Zemmour, qui n'a jamais semblé si proche de prendre la tangente menant des studios de télévision à l'Élysée. Il ne fait en tout cas aucun doute que son client y aspire.

"Il suffit de l’écouter. Il dit : 'J’ai été journaliste, polémiste.'" "Aujourd’hui il est l’un des intellectuels qui comptent, que ça plaise ou non, car c’est autour de lui que se forme le débat intellectuel, politique et les polémiques en France", a développé Olivier Pardo, ajoutant: "Aujourd’hui, il se dit qu’il y a un pas supplémentaire à franchir, et il se dit que c’est un pas dans l’action."

Dans une chronique publiée dans Le Figaro en avril, puis dans un entretien accordé à la chaîne YouTube "Livre Noir", Éric Zemmour avait ainsi cité ces regrets de l'historien Jacques Bainville, y percevant un écho intime: "Pourquoi si bien prévoir et pouvoir si médiocrement?"

Le Floch-Prigent, Valeurs actuelles: un homme de rencontres

Il a désormais de quoi se rassurer: les secours affluent de tous côtés. Tandis que ses premiers pas en coulisses ont été pilotés par l'énarque Sarah Knafo, que le collectif "Génération Z" colle ses affiches, que l'association "Les Amis d'Éric Zemmour" en finance l'impression et se fait agréer par la Commission nationale des comptes de campagne, Paris Match révèle qu'il continue à engranger d'autres soutiens très concrets, dont celui de Loïk Le Floch-Prigent.

Pourtant issu du centre-gauche, l'ex-PDG de Elf - condamné notamment pour abus de biens sociaux dans le cadre de l'affaire à laquelle la société, avalée depuis par Total, a laissé son nom - lui rédige des notes et lui ouvre son carnet d'adresses. "Il rencontre beaucoup de gens, et beaucoup de gens viennent à sa rencontre", a confirmé a minima son avocat sur notre plateau.

Celui-ci a préféré s'attarder sur un autre profil de supporteurs. "Beaucoup de jeunes viennent vers lui, notamment tout un groupe autour des gens de Valeurs actuelles, des gens qui ne se retrouvent pas dans les partis traditionnels", a-t-il posé, expliquant bientôt le pouvoir d'attraction de son client:

"Parce qu’il a une notoriété. Cette notoriété, plus son aspect original, transgressif, attire des gens très différents." Selon Olivier Pardo, cette notoriété a une autre vertu... plus pratique: "Cette très forte notoriété fait que s’il fait campagne ça lui coûtera moins cher."

Lors de notre matinale ce jeudi, Olivier Pardo a encore loué le profil de son poulain:

"Beaucoup de choses sont intéressantes chez lui. D’abord son immense sincérité. C’est un homme qui ne tient pas deux discours, c’est le même en public et en privé, et parfois devant le tribunal même si ça peut heurter. Il est habité par une vraie conviction. Deuxièmement, c’est un intellectuel. Ça fait longtemps qu’on n’a pas eu un intellectuel libre, en-dehors des partis, voulant passer à l’action politique".

L'écueil des 500 signatures

Résumons. "Ses ennemis redoutent sa candidature, ses admirateurs la veulent ardemment, ses amis politiques l’organisent", a synthétisé Olivier Pardo. D'après Paris Match, même le nom d'une formation politique dévouée à la cause "zemmouriste" a été trouvé: Vox Populi (de la maxime latine, "vox populi, vox dei", soit en français "La voix du peuple est voix divine"). Il n'y aurait donc plus qu'à officialiser?

"Maintenant, manque un chaînon essentiel, c’est lui! Ce qui n’est pas une petite affaire", a tempéré l'avocat. Celui-ci craint d'ailleurs un autre écueil sur la route de son client: "Je pense que sa difficulté ce sera plutôt de trouver les 500 signatures."

Le Parti chrétien-démocrate pourrait l'y aider, toujours selon l'hebdomadaire. Mais son réseau d'élus n'est pas tout à fait infini. Et pas sûr que la notoriété suffise à déplacer des foules de démarcheurs dans le bureau des maires.

Robin Verner
Robin Verner Journaliste BFMTV