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Juin ou janvier 2021? Le casse-tête du calendrier des municipales

Le casse-tête reste entier pour l'exécutif, qui n'a "que des coups à prendre" et ne peut s'appuyer pour trancher sur aucun consensus politique, ni sur une opinion publique aujourd'hui fragmentée.

Le gouvernement cherche encore la martingale pour en finir avec les élections municipales de 2020. La date du 28 juin pour l'organisation du second tour semblait tenir la corde, mais les appels à un report plus lointain se multiplient. Le casse-tête reste donc entier pour l'exécutif, qui n'a "que des coups à prendre" et ne peut s'appuyer pour trancher sur aucun consensus politique, ni sur une opinion publique fracturée. Édouard Philippe résumait la situation dans une formule mi-amusée mi-fataliste fin avril à l'Assemblée nationale:

"En ce moment, je choisis entre de mauvaises décisions."

Ce temps n'est pas épuisé. Car le chef du gouvernement doit arbitrer "dans les jours à venir" et avant mercredi la possibilité de tenir ce deuxième tour en juin, très probablement le 28. 

Pas de consensus politique

Après avoir reçu un avis fort prudent du Conseil scientifique lundi, il doit remettre vendredi, voire samedi matin, un rapport au Parlement dans lequel figurera a minima "une option privilégiée", selon son entourage.

En attendant, Emmanuel Macron et son Premier ministre consultent à tout va, en espérant aboutir à un accord général: présidents de l'Assemblée et du Sénat, responsables de la majorité, maires et associations d'élus mardi depuis l'Elysée, représentants de partis à Matignon mercredi. À ces derniers, Édouard Philippe a assuré qu'aucune décision n'était encore prise mais que janvier 2021 serait la date butoir du report. Il a toutefois semblé écarter l'automne.

L'urgence est d'éviter de rejouer la cacophonie du premier tour le 15 mars, finalement tenu après moult tergiversations et injonctions contradictoires des oppositions. Mais "ça ne sert à rien de chercher un consensus politique car il n'y en a pas", rétorque un proche du président.

"C'est très partagé, dans tous les partis. Chez nous, c'est du 50/50", confirme le secrétaire général du Parti communiste Fabien Roussel.

La fracture traverse aussi la majorité: le président de l'Assemblée nationale Richard Ferrand plaide pour un report, quand le patron du MoDem François Bayrou, comme le Premier ministre, qui est impliqué personnellement au Havre, est favorable à un scrutin avant l'été.

Qui-vive

Chaque argument pèse lourd. Chez les tenants d'un scrutin en juin, on fait notamment valoir la nécessité d'installer les exécutifs locaux qui ont la main sur la commande publique, cruciale dans la relance du pays. De plus, un report obligerait à reprogrammer l'intégralité du scrutin (premier et second tours) dans les 5000 villes concernées, sans garantie sur l'évolution de l'épidémie.

Les détracteurs de cette hypothèse pointent les risques sanitaires, la probabilité d'une forte abstention, la campagne entravée par les restrictions... Chacun craint en réalité un regain de l'épidémie juste avant le scrutin. Et dans ce contexte incertain, personne ne veut donner franchement son aval à une décision qui paraîtrait a posteriori inconséquente.

D'où la difficulté pour l'exécutif d'organiser un débat et un vote au Parlement sur la tenue du scrutin fin juin, qui figerait publiquement les positions de chacun mais qui rencontre l'opposition du président Les Républicains du Sénat, Gérard Larcher.

"Il ne veut pas que le dissensus au sein de LR soit visible", ironise un ponte de la majorité, alors que Gérard Larcher renvoie de son côté l'exécutif à ses responsabilités.

"J'entends déjà les candidats râler"

En préconisant de procéder à une nouvelle évaluation épidémique 15 jours avant la date du scrutin, quelle qu'elle soit, le Conseil scientifique a fourni à tous une occasion de temporiser et de formuler des réserves.

"Je me méfie tout à fait des oppositions qui diront le 10 ou 12 juin: ouh là!, c'est peut-être pas raisonnable de voter", résume un ministre. 

Et le même de corser encore l'équation, en relevant que le dépôt des listes pour un second tour fin juin doit s'effectuer au plus tard le 2 juin.

"J'entends déjà les candidats râler si on leur dit mi-juin qu'on doit encore reporter l'élection", souffle-t-il.

La tâche est loin d'être facilitée par une opinion partagée. Mardi, un sondage sur la tenue du second tour fin juin, a été présenté par Édouard Philippe lors du petit-déjeuner de la majorité, selon un participant. Verdict: 49% pour, 49% contre, 2% "ne sait pas". 

"Il n'y a que des coups à prendre, on va mécontenter la moitié des gens", s'inquiète ce même responsable.
Jules Pecnard avec AFP