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Aux municipales, les Verts en voie de se transformer en "rempart" au RN?

Le député européen d'EELV Yannick Jadot - Image d'illustration

Le député européen d'EELV Yannick Jadot - Image d'illustration - Lou Benoist / AFP

Forts de bons sondages de premier tour dans plusieurs grandes villes, les écologistes bénéficient des divisions internes de la macronie et de l'importance prise par leurs thématiques phares.

Le vent dans le dos, les écologistes prennent date... et espèrent enserrer La République en marche dans leur nasse. Dimanche, Yannick Jadot a expliqué que les candidats issus de son parti se désisteraient durant l'entre-deux-tours des élections municipales pour faire barrage au Rassemblement national. Avec, à l'esprit, l'idée d'imposer la réciproque à LaREM. 

"Les écologistes ont toujours pris leurs responsabilités pour faire en sorte que l'extrême droite ne gouverne ni le pays, ni une région, ni une ville. Il n'y a pas d'ambiguïté", a déclaré dans Le grand jury l'ex-tête de liste Europe Écologie-Les Verts aux élections européennes. 

L'eurodéputé le sait, les circonstances ne sont pas les mêmes que lors des municipales de 2014. Fort de ses résultats du 26 mai 2019, EELV entend transformer l'essai en s'implantant davantage au niveau local. Rien de nouveau de ce point de vue. Sauf que LaREM, parti dominant au niveau national, souffre du même handicap et le cumule avec l'impopularité dans laquelle est englué l'exécutif.

"Montée incontestable"

D'où la très bonne cote dont jouissent actuellement les listes écolo dans plusieurs grandes villes françaises. C'est en tout cas ce que traduisent les sondages de premier tour. À Lyon, Bordeaux, Montpellier, Rouen ou Nantes, l'étiquette EELV est créditée d'un score à deux chiffres qui dépasse souvent les 20%. Dans certaines villes, comme Strasbourg, elle va jusqu'à caracoler en tête, y compris dans les prévisions pour le second tour. Dans d'autres, comme Metz, les écologistes pourraient bénéficier d'un bon report des voix de gauche en cas de triangulaire. 

"Il y a une montée incontestable des Verts, c'est une donnée de base qu'il faut prendre en compte", constate le député LaREM du Rhône Bruno Bonnell auprès de BFMTV.com. "Ils prendront leur part du quatre-quarts, qu'ils partageront avec nous, les listes sortantes LR ou PS, et les extrêmes. Ça va être la moyenne de premier tour dans les grandes villes", prédit celui qui conduit une liste LaREM dissidente à Villeurbanne. 

La tonalité générale n'était pourtant pas la même au lendemain des élections européennes. Après avoir recueilli 13,48% des suffrages exprimés avec sa liste, Yannick Jadot s'est vu reprocher une forme d'hubris. Les quolibets de type "boulard", "montgolfière", "ego surdimensionné" ont vite commencé à pleuvoir de toutes parts.

De son côté, Emmanuel Macron tentait de récupérer un électorat soucieux de voir l'urgence environnementale prise en compte par les pouvoirs publics, notamment à travers la mise en place de la Convention citoyenne pour le climat. De quoi donner le sentiment que le scénario de 2009 - percée écologiste aux européennes, suivie d'échecs retentissants au niveau local - allait tout simplement se reproduire. 

LaREM éparpillé

C'était sans compter les divisions internes de LaREM, dont la méthode erratique d'organisation des investitures a conduit des militants de la base - ou des députés en désaccord avec les choix faits en haut lieu - à conduire leur propre liste ici et là. Dans certaines villes, l'électorat marcheur (ou Macron-compatible, c'est selon), se trouve scindé, éclaté parfois, ouvrant ainsi une brèche aux candidats écologistes les plus à même d'endosser le rôle de réceptacle. Et qui capitalisent, qui plus est, sur un sujet de plus en plus consensuel. Autre avantage: celui de ne pouvoir être soupçonné de la moindre ambiguïté vis-à-vis du RN, ou même de la droite en général. 

"Dans la plupart des villes, les candidats parlent quasiment tous d'écologie. Non pas par conviction, mais parce que les citoyens le demandent. Même à Lyon on en parle, alors qu'on ne peut pas dire que (Gérard) Collomb soit identifié là-dessus", ajoute le député ex-LaREM de Maine-et-Loire Matthieu Orphelin. 

D'après ce proche de Nicolas Hulot, qui participe à la campagne de Cédric Villani à Paris, tout l'enjeu sera d'inciter l'électorat jeune, sensible aux thématiques environnementales, ou plus récemment au mouvement lancé par Greta Thunberg, de se déplacer pour voter les 15 et 22 mars prochains. David Belliard, candidat EELV dans la capitale et défenseur d'une "coalition climat" destinée à accueillir des rivaux comme Cédric Villani, résumait récemment les choses ainsi auprès de BFMTV.com:

"On a eu raison avant tout le monde et on nous donne le crédit de la cohérence depuis 30 ans. Par conséquent, on attend de nous d'être sur tous les fronts." Y compris de servir de paravent en cas de percée du parti lepéniste.

Vieux démons

Le succès des listes EELV dépendra de la capacité du parti à maîtriser ses vieux démons, notamment celui d'excommunier les candidats soupçonnés de biaiser avec certains fondamentaux. Comme à Montpellier, par exemple, où la candidate Clothilde Ollier, pourtant en tête des sondages, s'est fait retirer son investiture après s'être trop entourée de personnalités extérieures à son parti. 

"Je ne pense pas que le soufflé (des européennes, ndlr) va retomber, mais la performance d'EELV aux municipales dépendra de sa capacité à sortir d'un côté 'avant-garde éclairée', exclusive, et à comprendre que la politique se fait avec des alliances, comme ailleurs", peste François-Michel Lambert, député ex-LaREM des Bouches-du-Rhône.

Un candidat écolo dans une des principales villes de France le reconnaît, "soit vous êtes dans la pureté, soit vous acceptez de vous salir les mains. Si vous ne le faites pas, vous ne gagnez pas". Un ancien membre du parti dirigé par Julien Bayou va plus loin, qualifiant certains de ses hiérarques de "commissaires politiques qui ne comprennent pas que dans une élection, il faut être en dynamique". 

C'est bien pour cette raison-là que Bruno Bonnell affiche sa quiétude. "Ils ont encore un côté folklo. Chez moi ils se baladent à vélo et en gilet vert, ils distribuent des tracts en papier recyclable... C'est très bien, mais leur piège, c'est de générer de l'anxiété", juge le député du Rhône, d'après qui la singularité d'EELV sur ses sujets de prédilection avait "disparu".

Et d'ajouter: "Leurs reports de voix au second tour sont les plus aléatoires. Et puis le bio dans les cantines, la fin des sacs plastiques... Tout le monde en parle! Même le RN..."

Jules Pecnard