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Indépendantistes: la Corse peut-elle devenir la Catalogne française?

La Corse va élire ses conseillers territoriaux ces 3 et 10 décembre

La Corse va élire ses conseillers territoriaux ces 3 et 10 décembre - Stephan Agostini - AFP

Les électeurs corses sont invités à se déplacer aux urnes, ce dimanche, pour élire les 63 conseillers territoriaux de l'île. Quelques semaines après le précédent en Catalogne, le score des nationalistes sera particulièrement scruté.

C'est un vote d'ores et déjà historique. Ce week-end et le suivant se tiennent les élections territoriales en Corse. Avec une nouveauté de taille: cette année les électeurs doivent désigner les 63 conseillers territoriaux de la future collectivité de l'île de Beauté. Une entité unique, nommée "Collectivité de Corse", qui remplacera en 2018 non seulement les deux anciens conseils départementaux de Haute-Corse et de Corse-du-Sud, mais aussi l'actuelle collectivité territoriale de Corse (CTC). Une première en France.

Si cette nouvelle réorganisation intéresse au niveau national, cette élection va également être scrutée bien au-delà de nos frontières. Quelques semaines après le référendum sur l'indépendance de la Catalogne et la proclamation qui en a découlé, beaucoup s'interrogent sur l'appel d'air que cela pourrait occasionner ailleurs en Europe. De fait, le score que s'apprêtent à réaliser les indépendantistes sera particulièrement scruté. Avec une question: un scénario à la Catalane peut-il se reproduire en France?

Une temporalité différente

Le contexte et la temporalité diffèrent grandement de ce qu'il s'est passé chez nos voisins espagnols. Sur les sept listes en course ce dimanche, deux courants nationalistes s'affrontent notamment: il y a d'un côté les favoris du scrutin, la coalition formée par Jean-Guy Talamoni, le président de l'Assemblée de Corse, et Gilles Simeoni, le président sortant de l'exécutif de l'île. De l'autre se trouve U Rinnovu, un parti indépendantiste plus confidentiel. Mais qui est le seul à proposer actuellement, en cas de victoire, un référendum qui serait comparable à celui réalisé en Catalogne il y a peu.

Une différence de taille avec la liste Talamoni-Simeoni. Déjà alliés à la fin de l'année 2015 lors des régionales, ce qui leur a permis de prendre les rênes de l'actuelle collectivité territoriale, les deux hommes adoptent aujourd'hui une approche prudente. Le plus indépendantiste des deux, Jean-Guy Talamoni, et dirigeant du parti Corsica Libera, s'est exprimé ce vendredi matin sur RTL à ce titre. Il estime qu'"il n'y aurait pas une majorité de Corses pour voter pour l'indépendance" si le scrutin avait lieu avant 10 ans.

"L'indépendance, la séquence suivante"

"Si nous procédions à un vote dans les années qui viennent, nous savons qu'il n'y aurait pas une majorité de Corses pour voter pour l'indépendance parce que les Corses aujourd'hui ne sont pas assurés sur le plan matériel", a-t-il indiqué.

De fait, la liste vise surtout rapidement l'obtention d'un statut d'autonomie, dans l'espoir de pouvoir l'appliquer dans les dix ans. "L'indépendance, ça pourrait être la séquence suivante éventuellement", a poursuivi sur RTL Jean-Guy Talamoni, conditionnant un tel changement aux votes des Corses.

Pour le chercheur Thierry Dominici, sociologue spécialiste de la Corse à l'Université de Bordeaux, la liste nationaliste de Pé a Corsica (Pour la Corse) devrait toutefois se méfier d'un "effet Balladur".

"Ils sont tellement sûrs de gagner qu'ils font à peine campagne. Ils sont déjà sur une logique de second tour", dit-il.

La Corsitude à tous les niveaux

Les cinq autres têtes de liste ont agité le spectre de l'indépendance avec l'exemple catalan pour se démarquer des deux listes nationalistes. Mais au cours de cette courte campagne, chacun a fait valoir son régionalisme.

"Notre corsitude, nous la portons au coeur sans en faire une bannière électorale", a scandé Jean-Martin Mondoloni (LR), en meeting à Ajaccio mardi soir. Ce proviseur de lycée ne menace pas de mener un "front républicain" contre les nationalistes, mais annonce d'ores et déjà dans le quotidien Corse Matin que "des contacts seront pris dimanche soir". Une alliance au second tour avec l'autre candidate LR, Valérie Bozzi ne fait guère de doute.

Pas de front républicain pour LaREM

Du côté de La République en Marche, Jean-Charles Orsucci a écarté l'idée d'une union contre les nationalistes: "Hors de question de s'inscrire dans un front républicain, la République c'est la démocratie", a-t-il assuré. La gauche, qui avait présenté cinq listes en 2015, n'en présente qu'une cette fois-ci, menée par Jacques Casamarta (Corse insoumise). Cette liste commune PCF-Insoumis est soutenue par Pierre Laurent mais a été désavouée par Jean-Luc Mélenchon.

Le Front national Charles Giacomi prône quant à lui le développement du haut débit sur l'île et un virage "bio" pour l'agriculture insulaire. Marine Le Pen, qui était arrivée en tête au premier tour de la présidentielle en Corse (27,88%), est venue le soutenir en Haute-Corse.

Les futurs élus de la CTU seront en poste jusqu'en 2021, date à laquelle les Corses revoteront, comme tous les Français, pour les élections régionales.

Jé. M. avec AFP