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Pourquoi la majorité au parlement européen ne changera jamais

La montée des extrêmes, en fait, ne change absolument rien au rapport de force au sein de l'europarlement.

La montée des extrêmes, en fait, ne change absolument rien au rapport de force au sein de l'europarlement. - -

INFOGRAPHIE - Le résultat de l'extrême droite aux élections européennes a marqué un moment important dans l'histoire politique de la France, mais pas de celle de l'europarlement. Car même si Marine Le Pen avait réussi à créer un groupe d'eurosceptiques autour d'elle, cela n'aurait rien changé au rapport de forces.

Le résultat des élections européennes a été vécu comme "un séisme" en France, où le Front national est arrivé en tête au détriment du PS et de l'UMP. On a parlé d'un nouveau "21 avril", qui remettrait en cause le bipolarisation de la vie politique organisée sur l'axe UMP - PS. On s'est demandé pendant des semaines si Marine Le Pen et ses alliés allaient réussir ou non à créer un groupe et à influencer les décisions du Parlement. Finalement, elle a échoué.

Pour autant, le parlement européen compte plus de députés eurosceptiques qu'il n'en a jamais eu. Pour savoir si le "séisme" tant commenté en France touché l'europarlement, nous avons réalisé une visualisation fidèle de son évolution politique. Nous avons comparé la part de députés de chaque grande famille, mandature après mandature. Ce qu'on découvre, c'est un Parlement à la stabilité d'airain, que rien ne semble pouvoir ébranler.

Chaque couleur représente des groupes parlementaires rassemblés selon leur grande tendance politique. En rouge sont rassemblés le groupe communiste et celui qui lui a succédé, la Gauche unitaire européenne. En rose, les socialistes, soit l'ancien groupe du Parti socialiste européen (devenu aujourd'hui Alliance socialiste et démocrate) et les radicaux. En vert, les groupes aux sensibilités écologiques. En bleu clair, les libéraux démocrates. En bleu foncé, les chrétiens démocrates - classés à droite - (principalement le Parti populaire européen) et en violet les conservateurs et nationalistes, comprenant l'extrême droite.

Le gris représente ceux dont la couleur politique est illisible au prisme des groupes: les non inscrits et les groupes techniques (créés pour des questions matérielles et sans unité idéologique). Pour la mandature actuelle, la part de non inscrits est bien plus importante car elle comporte les élus du Front national et de ses alliés, qui ont échoué à se former en groupe.

''La seule coalition majoritaire possible est celle de la droite et de la gauche''

Le graphique révèle d'abord les accidents, comme l'important recul du Parti populaire européen aux toutes dernières élections. Mais on observe aussi les tendances de fond: l'érosion du groupe communiste de 1979 et 1984, qui se poursuit avec la Gauche unitaire européenne, l'apparition des Verts et la montée progressive des europhobes.

On s'apreçoit que les élections de 2014 n'ont amené aucun bouleversement. Que le Parlement, en fait, n'a jamais vécu de bouleversement, il n'est jamais passé d'une majorité à une autre. Pourquoi? Parce qu'il n'y a jamais eu de majorité partageant une seule et même idéologie.

Pascale Joannin, directrice générale de la fondation Robert Schuman, le confirme: "Au parlement européen la seule coalition majoritaire possible est celle du PPE et de S&D, soit l’alliance de la droite et de la gauche. Il n'y a aucune autre possibilité."

L'impossible coalition des droites

Toutefois, le graphique met en évidence une nette érosion du centre droit alors que les nationalistes prennent de l'envergure. Est-ce l'amorce d'un changement radical à venir? Peut-on imaginer un virage à droite, aboutissant à une majorité de droite et d'extrême droite?

Ce n'est pas l'avis de PAscale Joannin. "Il n’y a aucune chance que la coalition se déplace à droite, car ces partis sont anti-européens. Il est impossible que ceux qui veulent plus d’Europe s'entendent avec ceux qui veulent en sortir", précise la directrice de la fondation Schuman. Ce serait la seule autre coalition théoriquement possible, mais c'est aussi un scénario complètement improbable.

Mis à part les socialistes, la plupart des groupes perdent des sièges. Cette montée des extrêmes serait notamment le symptôme d'une insatisfaction de l’Europe. Mais plutôt qu’une franche érosion, Pascale Joannin voit dans le résultat de ces dernières élections un nouveau signe de... stabilité. La montée des extrêmes, en fait, ne change absolument rien au rapport de force.

Olivier Laffargue