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Gilets jaunes, couacs, Notre-Dame... pourquoi la campagne des européennes n'arrive pas à démarrer

Même en se référant aux standards des précédentes élections européennes, peu mobilisatrices, la campagne de 2019 est particulièrement reléguée au second plan de l'actualité.

Alors que les partis se démènent et que leurs têtes de liste se déplacent sur le terrain pour éveiller l'intérêt des Français, la campagne des européennes peine singulièrement à prendre son élan. En témoignent les projections de taux de participation pour le 26 mai, qui s'annonce plus bas encore que celui mesuré en 2014. 

C'est l'une des caractéristiques distinctives de ce drôle de scrutin de 2019, sans cesse relégué au second plan de l'actualité. Crise des gilets jaunes, annonces post-grand débat national reportées par l'incendie de Notre-Dame, duel apparemment figé entre La République en marche et le Rassemblement national, prolifération excessive des listes sur la ligne de départ... De nombreux éléments contribuent à retarder l'allumage. 

Le grand débat sans fin

D'une part, la fin du grand débat national a sapé l'élan de la candidature de Nathalie Loiseau, propulsée tête de liste de La République en marche après une prestation télévisée jugée peu convaincante. L'entrée en campagne achevée, les regards ont vite été captés de nouveau par l'Élysée et Matignon lors de la "restitution" du grand débat, au début du mois d'avril.

Ce télescopage a, de fait, rendu caducs les sujets européens et la campagne censée les mettre sur le devant de la scène. Condamné à "renverser la table", Emmanuel Macron devait faire ses annonces lors d'une allocution solennelle le 15 avril. Après les 92 heures consacrées par le chef de l'État à s'entretenir et débattre avec citoyens et élus partout en France, l'attente était à son comble. Et les enjeux, avant tout franco-français.

L'incendie de Notre-Dame bouscule tout

Néanmoins, comme souvent en politique ces dernières années, rien ne s'est passé comme prévu. L'incendie qui a partiellement ravagé la cathédrale de Notre-Dame, à Paris, a bousculé aussi bien l'agenda présidentiel que la campagne des européennes. Plusieurs partis, à commencer par LaREM, ont mis leurs opérations en suspens le temps d'un deuil patrimonial. Le président des Républicains, Laurent Wauquiez, et sa tête de liste François-Xavier Bellamy ont dû annuler leur grand meeting de lancement de campagne à Nîmes, initialement prévu le 16 avril. 

Même si la campagne a fini par reprendre, avec quelques déplacements ici et là, le débat public est resté focalisé - non sans polémique - autour de sujets propres à la France, à ses monuments, à son identité chrétienne. L'Europe, elle, est demeurée largement absente, malgré la succession de débats télévisés organisés, dont un sur France 2 qui a réuni la quasi-totalité des candidats à ces élections. 

"Nous sommes dans un contexte de crise institutionnelle très forte (...) et naturellement, les enjeux nationaux ont toujours été très importants. (...) Tous les responsables politiques ont dit aujourd'hui qu'il s'agissait de faire un référendum pour ou contre Emmanuel Macron", a constaté ce jeudi sur notre antenne Patrick Martin-Genier, spécialiste des questions européennes et internationales.

Couacs et seconds couteaux

Difficile, par ailleurs, de s'enthousiasmer pour une échéance électorale dont les protagonistes, en plus d'être très peu connus du grand public, trébuchent sur des polémiques qui n'ont rien à voir avec les enjeux de fond.

Le cas le plus récent est celui de Nathalie Loiseau, dont Mediapart a révélé la présence, en janvier 1984, sur la liste d'un syndicat étudiant d'extrême droite à Sciences Po. Feignant initialement d'avoir ignoré, à l'époque, que la liste avait cette coloration politique, l'ex-ministre des Affaires européennes a fini par admettre avoir fait une "grosse connerie". Quelle que fut la réalité de son engagement au côté de l'Union des étudiants de droite (UED), il s'agit là d'un couac qui occulte l'objet même du scrutin à venir. 

Les autres partis ne sont pas exempts de ce phénomène. La France insoumise, en plus de devoir recourir à un "emprunt populaire" contracté auprès de ses sympathisants pour financer sa campagne, a dû faire face au départ brutal de l'un de ses membres les plus visibles, Thomas Guénolé. Quant au Rassemblement national, il est toujours poursuivi par l'affaire des assistants parlementaires européens, qui a éclaboussé jusqu'à la tête de liste RN Jordan Bardella

La gauche non-mélenchoniste, elle, est rendue quasi inaudible par son éclatement entre quatre listes. Le Parti socialiste a dû faire accepter à ses hiérarques, dans la douleur, que sa liste soit chapeautée par un outsider, l'essayiste Raphaël Glucksmann. Lequel a d'ailleurs éprouvé beaucoup de mal à endosser le costume de candidat, s'échinant à tendre une main sans cesse rejetée vers les dirigeants d'Europe Écologie-Les Verts et de Génération.s. 

Attentisme 

Reste, enfin, le contexte inédit que traverse l'Union européenne avec le Brexit, dont le report empêche de répondre clairement à la question du nombre de députés à élire le 26 mai. 

À toutes ces raisons s'ajoute l'impression d'un duel figé entre LaREM et le RN, comme une répétition du second tour de l'élection présidentielle. De sondage en sondage, les deux formations maintiennent leur large avance sur le reste du peloton. Un phénomène statique renforcé par leurs stratégies respectives, qui consistent avant tout à mobiliser leur socle. La présence de 33 listes sur la ligne de départ, un record depuis les premières élections européennes en 1979, ne contribue pas à la clarté du scrutin.

Les résultats d'une enquête Ipsos Sopra-Steria, parue dans Le Monde ce mercredi, confirme le scepticisme et l'attentisme électoral des Français. À ce stade, moins de la moitié d'entre eux (42%) se disent certains d'aller voter. 

Jules Pecnard