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Européennes: malgré les sondages qui stagnent, les insoumis maintiennent leur cap

Jean-Luc Mélenchon le 20 mars 2019

Jean-Luc Mélenchon le 20 mars 2019 - Kenzo Tribouillard - AFP

Créditée autour de 8% d'intentions de vote depuis quelques mois, La France insoumise pâtit de l'émiettement de la gauche. Pas de quoi inquiéter l'entourage de Jean-Luc Mélenchon, qui va davantage s'impliquer personnellement dans la campagne.

"Une campagne, c'est phasique. Maintenant, il s'agit d'accélérer le rythme." Point d'agacement dans le ton du député insoumis Adrien Quatennens. Juste du pragmatisme. Depuis plusieurs mois, le mouvement de Jean-Luc Mélenchon stagne dans les sondages. Selon notre baromètre Elabe publié mercredi, la liste dirigée par Manon Aubry est créditée de 7,5% d'intentions de vote pour les élections européennes, avec ou sans liste "gilets jaunes" concurrente. Des indicateurs "stables", dira-t-on.

Quels qu'ils soient, les cadres de La France insoumise - surtout le premier d'entre eux - répètent à l'envi que ces chiffres décevants n'ont presque aucune valeur. "On a inventé l'isoloir pour permettre aux gens de voter sans pression, les sondages pour la leur faire subir", raille Adrien Quatennens.

12 points de moins qu'à la présidentielle

Lacunaires, les sondages permettent tout de même de constater un écart à rattraper. Surtout lorsqu'il est d'environ 12 points par rapport au score réalisé à l'élection présidentielle - symboliquement, cela joue. En définitive, si les intentions de vote actuelles se confirment le 26 mai, LFI pourrait n'envoyer que 6 ou 7 élus au Parlement européen. 

Pour redresser la barre, Jean-Luc Mélenchon va davantage s'impliquer dans la gestion de la campagne. "C'était prévu depuis des mois", assure le politologue Thomas Guénolé, 14e de liste. Première étape de cette "nouvelle phase" ce jeudi soir, à Saint-Brieuc (Côtes-d'Armor), où le leader de La France insoumise tiendra meeting au côté de Manon Aubry. 

Le fléau de l'abstention 

"La campagne va se jouer sur les deux ou trois dernières semaines", martèle-t-on au sein du mouvement. Premier adversaire à vaincre d'ici là: l'abstention, très marquée chez les jeunes et dans les milieux populaires, soit les deux principaux électorats à s'être mobilisés en faveur de Jean-Luc Mélenchon en 2017. "Ils se sur-abstiennent aux européennes. Donc on fait la course avec deux boulets aux pieds", constate Thomas Guénolé. 

"À la présidentielle, Jean-Luc Mélenchon a gagné quelques points grâce à un vote utile de gauche, en puisant dans un électorat qui n'était pas d'accord avec lui sur le fond. Aux européennes, il n'y a qu'un tour, donc ces gens là ne votent pas, ou alors ils votent par conviction pour d'autres listes", poursuit-il. 

En amont de la campagne, le pari était que le retour à la circonscription unique - et, avec, la re-nationalisation du scrutin - permettrait de se concentrer sur les "sujets de fond" plutôt que sur les personnes. Et par là même à Jean-Luc Mélenchon, ébranlé par la polémique autour des perquisitions au siège de LFI, de prendre du champ. L'actualité sociale, marquée par la crise des gilets jaunes et le grand débat qui a suivi, a contraint tout le monde à revoir son logiciel initial. 

"Campagne de sous-préfecture"

Pour donner le change, les insoumis continuent d'arpenter inlassablement le terrain. "On vise souvent les endroits désertés, on a voulu faire une campagne de sous-préfectures, avec beaucoup de porte-à-porte", résume un député LFI. Partis à la rencontre de nombreux gilets jaunes, Adrien Quatennens est souvent confronté à des interlocuteurs qui estiment que l'abstention est la meilleure arme pour désavouer Emmanuel Macron.

"Quand je leur explique qu'en faisant ainsi, ils le servent, dans la mesure où son électorat est l'un des plus mobilisés, il faut prendre du temps", raconte l'élu nordiste.

Par ailleurs, les meetings hebdomadaires co-orchestrés par Jean-Luc Mélenchon vont se multiplier, à Amiens le 10 avril, comme l'a révélé L'Opinion, puis à Lille et à Marseille. 

Gauche éclatée

Sur le front politique, l'émiettement de la gauche non-trotskiste - qui compte pour l'heure cinq listes si l'on inclue celle du Parti communiste - n'émeut plus grand-monde. Europe Écologie-Les Verts? "Yannick Jadot [tête de liste EELV, NDLR] estime que l'écologie peut s'accommoder de l'économie de marché." Le Parti socialiste qui se cherche un second souffle avec Raphaël Glucksmann?

"C'est d'une faiblesse abyssale. On est toujours dans ce discours hors-sol sur l'Europe sociale. C'est l'éternelle lettre au père Noël", se moque Adrien Quatennens. Quant à l'évocation de Benoît Hamon, elle ne provoque pas plus qu'un haussement de sourcils. 

Pas question, donc, d'amender la ligne pour tenter de rogner sur telle ou telle liste concurrente. L'essentiel, pour l'instant, reste de dégeler les électeurs de 2017. Un défi de taille, lorsque l'abstention totale annoncée pour le 26 mai frôle les 60%.

"Compte tenu de notre score aux législatives, notre score normal le 26 mai serait entre 10 et 12%", affirme Thomas Guénolé. "Si on est au-dessus, on aura bénéficié d'une dynamique. Si on est en deçà, c'est qu'on aura perdu de notre socle électoral."
Jules Pecnard