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EDITO - Bac 2019: "Ce serait une forme de défaite politique que les résultats ne soient pas là vendredi"

En pleine correction du baccalauréat, le ministre de l'Éducation Jean-Michel Blanquer est engagé dans une épreuve de force avec les professeurs grévistes qui retiennent les notes des candidats. Nos éditorialistes politiques Ruth Elkrief et Bruno Jeudy analysent ce bras de fer politique.

Face à la pression exercée par les correcteurs du baccalauréat ces derniers jours, Jean-Michel Blanquer a fait le choix de la fermeté. Le ministre de l'Éducation a levé le ton et brandi des menaces dans l'espoir de faire plier les professeurs en grève, qui ont décidé de retenir les notes du baccalauréat pour protester contre la réforme du lycée.

L'édition 2019 du baccalauréat ayant été perturbée par la grève des correcteurs, Jean-Michel Blanquer s'est engagé à ce que tous les candidats au bac aient leurs résultats ce vendredi, grâce à la prise en compte du contrôle continu pour remplacer la note manquante. Selon le ministre, "700 correcteurs grévistes" retenaient encore "30.000 copies" mercredi, sur un total de 4 millions. 

Longtemps considéré comme un des ministres les plus populaires du gouvernement, Jean-Michel Blanquer fait face à sa première crise politique depuis le début du quinquennat Macron. Risque-t-il sa place ?

  • "Le ministre a décidé de ne pas être l'otage de la grève", Ruth Elkrief
"Le ministre a décidé de ne pas être l'otage de la grève de ceux qu'il considère comme marginaux et très minoritaires. Jean-Michel Blanquer a, d'une certaine manière, été dans son rôle de ministre de l'Éducation. Dans un style parfois un peu autoritaire qui lui est propre, il s'est montré ferme en voulant rassurer les parents et les élèves sur le rendu des notes. C'est d'ailleurs pour cela qu'il est très soutenu à l'Élysée comme à Matignon. Et ce serait donc une forme de défaite politique et personnelle que les résultats ne soient pas là vendredi matin.
Politiquement, il a voulu faire preuve de fermeté et montrer que ce type de méthodes avait des limites. Mais dans un deuxième temps, il va s'avérer nécessaire pour lui de tendre l'oreille du côté des organisations syndicales afin de trouver ce qui a pêché ces derniers temps, et éventuellement de discuter".
  • Bruno Jeudy: "il est sans doute un peu rigide dans la discussion"
"C'est assez inédit qu'une minorité d'enseignants soient déterminés au point d'aller jusqu'à ces actions de force, et risquent ainsi de pénaliser des centaines de milliers de lycéens. Le ministre a pris une posture politique et n'a pas voulu céder, ni se laisser impressionner par une minorité syndicale et activiste.  Ce bras de fer est pénible car il se déroule sur une épreuve symbolique, le bac est une sorte de 'vache sacrée' en France. Jean-Michel Blanquer refuse de baisser la tête et il est sans doute un peu rigide dans la discussion, mais il devrait faire preuve de vigilance car il aurait tord de croire que cela va passer car il s'agit là d'une question centrale. Les enseignants français sont tout de même parmi les moins bien payés d'Europe, et il est vrai que cette réforme pose certaines difficultés. Cependant, le ministre a pour vocation à aller vite pour transformer l'éducation car il y a urgence. Cette école n'a pas beaucoup évolué depuis 40 ans".
Jeanne Bulant