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L'élue EELV Alice Coffin au cœur d'une polémique après la sortie de son livre "Le génie lesbien"

L'élue écologiste au conseil de Paris a publié son premier livre, Le génie lesbien, dans lequel elle souhaite notamment lutter contre "l'invisibilité des lesbiennes".

Quelques jours après sa sortie, Le Génie lesbien (Éd. Grasset) d'Alice Coffin n'en finit pas de faire réagir. Avec ce premier ouvrage, l'élue parisienne EELV, journaliste de formation et militante féministe, souhaite notamment lutter contre "l'invisibilité des lesbiennes" et "l'androbsession [contraction du grec ancien 'andros', qui signifie 'homme' et du mot obsession, NDLR]", revendiquant un "livre de combat" contre le patriarcat et la domination masculine.

C'est un passage en particulier qui hérisse les détracteurs des lignes d'Alice Coffin. Un passage jugé tronqué et sorti du contexte d'une réflexion globale par les soutiens de l'activiste.

"Il ne suffit pas de nous [les femmes, NDLR] entraider, il faut, à notre tour, les [les hommes, NDLR] éliminer. Les éliminer de nos esprits, de nos images, de nos représentations", écrit-elle. "Je ne lis plus de livres des hommes, je ne regarde plus leurs films, je n'écoute plus leurs musiques. J'essaie du moins. (...) Les productions des hommes sont le prolongement d'un système de domination. Elles sont le système. L'art est une extension de l'imaginaire masculin. Ils ont déjà infesté mon esprit. Je me préserve en les évitant. Commençons ainsi. Plus tard, ils pourront revenir", écrit la militante dans son ouvrage, cité par RTL.

"Des mots 'obus'"

Interrogées sur ces lignes, plusieurs personnalités politiques ont décidé de prendre leurs distances avec la teneur de ces propos, les jugeant trop radicaux et interprétant parfois le terme "éliminer" dans un sens littéral alors que l'autrice en développe une autre acception.

"Je ne suis pas d'accord, mais je ne les condamne pas", a réagi l'eurodéputé EELV Yannick Jadot ce lundi matin sur Europe 1, cité par l'Agence France-Presse (AFP). "C'est une militante. Je ne suis pas d'accord avec tout ce qu'elle dit, mais il y a dans les combats toujours des mots 'obus' qui vont plus loin que ce que pense la majorité des personnes", a-t-il nuancé.

Yannick Jadot a dit ne pas être d'accord avec "la façon dont elle porte un discours aujourd'hui très dur sur les hommes", mais "il y a dans ce combat pour le féminisme, je le sens, beaucoup de colère contre les violences sexuelles, contre les violences faites aux femmes, contre cette égalité des revenus qui ne vient pas, contre toutes les discriminations", a-t-il justifié.

"Ce n'est pas ma vision de l'égalité femmes-hommes"

"Je ne partage pas sa position. Ce n'est pas ma vision de l'égalité femmes-hommes. Après, je respecte Alice Coffin en tant que personne bien évidemment et je ne valide pas les formes de harcèlement dont elle est victime sur les réseaux sociaux. Néanmoins je partage pas du tout sa position", a appuyé Marlène Schiappa ce lundi sur BFMTV-RMC.

"Je n'ai pas du tout envie de me passer des hommes, je suis une humaniste, j'aime l'autre, j'aime aller à la rencontre de l'autre et singulièrement à la rencontre de 50% de la population qui sont les hommes", a développé l'ancienne secrétaire d'État chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes, désormais ministre déléguée à la Citoyenneté.

"(Alice Coffin) utilise sa liberté d'expression et c'est respectable mais évidemment que je ne partage pas du tout ce type de constat. Je suis une féministe pour l’universalisme et je me suis engagée toute ma vie pour l'égalité des droits. Pas pour la suprématie, y compris des femmes sur les hommes. Pour moi, les êtres humains, nous devons être à égalité, de genre aussi. Je pense qu'il faut continuer à avancer sur ce terrain-là. Donc, non, je ne partage absolument pas, même si c'est son droit, évidemment, de s'exprimer comme elle l'entend", a quant à elle estimé la maire de Paris Anne Hidalgo, invitée du Grand Jury de RTL, Le Figaro et LCI dimanche.

"C'est une nouvelle radicalité dans le féminisme qui déroute beaucoup de monde", réagit ce mardi matin Matthieu Croissandeau, éditorialiste politique de BFMTV, dénonçant une approche parfois "excessive" ou "binaire". "Avant les féministes étaient plutôt universalistes, elles se battaient pour les mêmes droits, les mêmes salaires, les mêmes conditions, la même égalité des chances... Souvent plus jeunes de nouvelles féministes trouvent que leurs aînées étaient trop tendres, trop polies, trop sages. Elles sont plus radicales."

"J'ose pointer les hommes, leurs privilèges"

"Ce qu'on me reproche - et c'est ce que je veux montrer dans le livre - c'est que j'ose pointer les hommes, leurs privilèges et refuser tout ce discours de la complémentarité entre les hommes et les femmes", avait expliqué Alice Coffin dans un portrait que lui a consacré l'AFP, publié le 29 septembre à la veille de la sortie de son livre.

Alice Coffin avait à cette occasion reconnu qu'elle "(savait) qu'en choisissant la généralisation, (elle déplaisait), car c'est impossible à entendre qu'il y a un problème masculin". "Mais c'est un discours politique, bien sûr que je ne pense pas que chaque homme est comme ça", avait-elle ajouté.

Entrée remarquée en politique

Élue en juin au conseil de Paris, Alice Coffin s'est notamment fait connaître au début de son mandat en réclamant le départ de Christophe Girard, adjoint à la Culture d'Anne Hidalgo, critiqué pour ses liens avec Gabriel Matzneff, écrivain mis en cause pour viols sur mineurs.

Alors qu'un hommage avait été rendu à Christophe Girard pendant un conseil de Paris, au lendemain d'une manifestation ayant conduit à sa démission, Alice Coffin s'était écriée "la honte, la honte" pendant la séance, dans une référence à l'actrice Adèle Haenel, qui avait quitté la dernière cérémonie des César en février dernier dans le même cri, après que le César du meilleur réalisateur venait d'être attribué à Roman Polanski.

Clarisse Martin avec AFP