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Débat de la primaire à droite: quels enjeux pour les sept candidats?

Jeudi soir, les sept candidats de la primaire de droite s'affrontent pour la première fois sur un plateau télévisé. L'occasion d'aiguiser leurs arguments, tout en évitant les pièges liés à ce genre d'exercice. Pour certains candidats, il pourrait s'avérer périlleux.

Qui sortira vainqueur du premier débat de la primaire de droite? La question est encore en suspens, mais chacun des candidats a bien conscience des opportunités et des pièges qu'il représente. Passage en revue.

> Alain Juppé: ne pas perdre de points

Pour le grand favori des sondages, l'enjeu consistera d'abord à ne pas perdre de points. Fort du ralliement des centristes du Parti radical et de l'UDI, le maire de Bordeaux est en bonne position. Il a donc plutôt des coups à prendre face aux six autres candidats, et notamment face à Nicolas Sarkozy qui l'accuse de préparer une "alternance molle". Les proches d'Alain Juppé espèrent donc qu'il saura tirer parti de ce débat pour incarner un "style présidentiel". Il souhaite apparaître comme le candidat qui prend de la hauteur face aux potentielles attaques… Mais ne s'interdit pas d'y répondre.

> Nicolas Sarkozy: une occasion de se relancer

L'ancien Président, mené dans les sondages par Alain Juppé, veut profiter de ce débat pour relancer sa campagne. Il se veut plus consensuel sur la forme, mais toujours clivant sur le fond, afin de faire passer Alain Juppé pour un candidat trop modéré. Il devrait ainsi évoquer sa proposition datant de vendredi dernier: la tenue de deux référendums sur le regroupement familial et l'internement administratif des fichés S. Il devrait également faire valoir son expérience face à ses concurrents. Mais plus que tout, il craint les attaques sur son passé judiciaire: lui aussi a fort à perdre de ce débat.

> Jean-François Copé: créer la surprise

Le député-maire de Meaux ne compte pas prendre des pincettes, surtout pas à l'encontre de Nicolas Sarkozy contre lequel il nourrit des critiques sévères depuis son entrée en campagne. Fin septembre, il avait lancé une violente charge au sujet de l'affaire Bygmalion, et pourrait donc ne pas s'arrêter là. Crédité de moins de 2% des intentions de vote, Jean-François Copé a peu à perdre et compte bien "créer la surprise" selon ses propres termes.

> Bruno Le Maire: se faire connaître

Bruno Le Maire, chantre du renouveau, compte sur ce débat pour mieux se faire connaître et marteler les propositions issues de son "contrat présidentiel" de 1.000 pages: démission de la fonction publique, non-cumul des mandats, etc. Pour la première fois, il sera traité à égalité avec les deux favoris, et jouira d'une large audience: l'occasion de se démarquer du duel Juppé-Sarkozy. Mais lui-même s'interrogeait mi-septembre à haute voix sur les débats télévisés: "Est-ce qu'il va en sortir quelque chose?" "Je ne veux pas d'un débat à l'image de celui entre Trump et Clinton, avec des attaques personnelles ou sous la ceinture", a en tout cas expliqué un de ses soutiens.

> François Fillon: faire valoir son "sérieux"

Chez François Fillon aussi, on se réjouit de l'opportunité de se faire entendre, avec la même médiatisation que les autres candidats. Mais pas question de multiplier les petites phrases pour l'ancien Premier ministre: "il n'est pas un bon client" pour cela, explique sa porte-parole Valérie Boyer dans 20minutes. Selon elle, il préférera "le sérieux" de ses propositions aux attaques personnelles. Ce qui ne l'a pas empêché de rappeler le 5 octobre dernier sur Radio Classique: "je fais de la politique depuis 35 ans et je n'ai jamais été une seule fois condamné." Nicolas Sarkozy appréciera.

> Nathalie Kosciusko-Morizet: se démarquer

Nathalie Kosciusko-Morizet, elle, compte bien profiter de ce débat pour défendre sa vision de "nouvelle France", avec le numérique comme colonne vertébrale. Récemment, l'ancienne ministre, qui est aussi la seule femme à être candidate, a tenté de se démarquer en s'emparant du débat sur la dépénalisation du cannabis: elle est la seule des sept à y être favorable. Objectif: incarner la modernité, et tenter de ringardiser ses concurrents.

> Jean-Frédéric Poisson: profiter des caméras

Pour le candidat du Parti chrétien-démocrate, ce débat est l'opportunité de se faire connaître. Il peut donc en profiter pour se lâcher contre ses adversaires, car il ne fait pas réellement partie du cercle du parti Les Républicains. Un coup de projecteur qui sera donc le bienvenu pour le député des Yvelines, ainsi que pour son parti.

Ariane Kujawski