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Assemblée: l'opposition dénonce une résolution sur la Palestine "électoraliste"

L'Assemblée nationale se prononcera, le 2 décembre, sur une proposition de résolution socialiste sur la reconnaissance d'un Etat de Palestine.

L'Assemblée nationale se prononcera, le 2 décembre, sur une proposition de résolution socialiste sur la reconnaissance d'un Etat de Palestine. - Eric Feferberg - AFP

L'examen de la proposition de résolution reconnaissant un Etat palestinien a montré vendredi matin les forts désaccords qui traversent les partis politiques sur cette question déjà sensible.

Après leurs homologues britanniques et espagnols, les députés français ont commencé à débattre à leur tour, vendredi matin, de la reconnaissance de l'Etat palestinien par le biais d'une résolution non contraignante qui devrait être votée mardi. Un sujet délicat sur lequel les positions sont nombreuses.

Même si aucun député ou presque n'est contre la reconnaissance d’un Etat palestinien, les parlementaires s'affrontent sur le bien-fondé de ce texte, la légitimité des députés à se prononcer sur le sujet ou encore l'opportunité d'un tel vote en cette période de fortes tensions au Moyen-Orient.

Cette résolution proposée par le PS est soutenue par quasiment tous les socialistes, les Verts et le Front de gauche.

>>> Lire: Reconnaissance d'un Etat palestinien: qui va voter quoi à l'Assemblée?

Un message aux électeurs français

L'UMP, favorable à la solution des deux Etats au bout d'un processus de paix, est à une très grande majorité hostile à cette démarche, même si elle a réparti son temps de parole entre deux contre (Claude Goasguen et Pierre Lellouche) et un pour (Axel Poniatowski).

Pierre Lellouche estime qu'une "telle résolution ne fera que radicaliser un peu plus la position israélienne" sans aider le président palestinien à asseoir son autorité. Il y voit aussi une volonté du PS de ne pas se laisser déborder par le PC et les écologistes qui ont déposé un texte similaire au Sénat.

Il évoque enfin des "arrières pensées à caractère électoraliste" en "direction d'une communauté musulmane qui avait massivement voté François Hollande en 2012 et qui depuis s'en était détaché". Selon Le Monde, "beaucoup de députés admettent que cette reconnaissance vise aussi à récupérer une partie de l’électorat populaire et de banlieue, en partie perdu après le vote du mariage pour tous".

Un "encouragement" au terrorisme

"Le droit international pour vous ce sont les banlieues qu'il faut reconquérir", a lancé de son côté le député Rassemblement bleu Marine (RBM) Gilbert Collard aux socialistes. "Si vous reconnaissez aujourd'hui l'Etat de Palestine, vous embrassez le Hamas, vous embrassez le terrorisme, vous embrassez la haine, vous embrassez la mort", s'est emporté le député du Gard, secrétaire Général du Rassemblement Bleu Marine.

Meyer Habib, député UDI des Français d'Israël est allé plus loin: "L'adoption de cette proposition reviendrait à reconnaître le terrorisme comme moyen de pression politique légitime. Reconnaître l'Etat palestinien, c'est dire au Hamas "continuez à tuer". Le Hamas est l'équivalent de Daech et d'Al-Qaïda (...) Jérusalem est la capitale du peuple juif depuis 3.000 ans".

Amalgame avec l'Etat islamique

Dans la même veine, l'UMP Christian Estrosi y voit "un encouragement à un mouvement terroriste le Hamas allié au jihad islamiste ennemi de la France". Un amalgame proche celui de Nadine Morano vendredi matin sur France Info. "Les membres du jihad islamique, donc les partenaires du Hamas", "décapitent les occidentaux", a affirmé vendredi la députée européenne UMP, dans un amalgame avec l'Etat islamique, pour justifier son appel à voter contre la résolution de reconnaissance de l'Etat palestinien.

"L'inaction est meurtrière"

"L'exécutif et lui seul est juge de l'opportunité politique" de reconnaître la Palestine, a rappelé Laurent Fabius, réitérant que Paris, favorable à la solution à deux Etats, ne voulait pas d'une "reconnaissance en trompe-l'oeil".

Répondant à l'invitation de personnalités israéliennes engagées pour la paix, la Suède a décidé en octobre de reconnaître la Palestine et les députés britanniques et espagnols ont adopté des résolutions symboliques demandant à leurs gouvernements de faire de même. Ces initiatives s'inscrivent dans un mouvement européen pour que la reconnaissance de la Palestine, jusque-là envisagée comme l'aboutissement de négociations, soit utilisée comme un moyen de pression sur Israël afin de relancer un processus au point mort depuis l'échec de la médiation américaine au printemps dernier.

>>> Lire: Reconnaissance d'un Etat palestinien: pourquoi l'Assemblée se prononce maintenant

"Face à échec du processus de paix, l'indifférence est coupable et l'inaction meurtrière", a défendu Elisabeth Guigou au nom de son groupe. "J'entends dire que cette proposition de résolution serait inopportune car prématurée, je crois au contraire pour ceux qui pleurent les victimes du conflit, qu'elle vient trop tard", a regretté la présidente PS de la commission des Affaires étrangères.

Karine Lambin