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A la tribune de l'ONU, Macron se pose en anti-Trump

A la tribune de l'ONU, le président français a eu de nombreux désaccords avec son homologue américain.

A la tribune de l'ONU, le président français a eu de nombreux désaccords avec son homologue américain. - Ludovic MARIN / AFP

Derrière leurs poignées de main chaleureuses, les deux chefs d'Etat défendent une vision diamétralement opposée de la diplomatie, et l'ont montré tour à tour ce mardi, en prononçant leurs discours à la tribune de l'Assemblée générale des Nations unies.

Ils se sont succédé à quelque heure d'intervalle. C'était une première pour chacun. Donald Trump et Emmanuel Macron ont donné ce mardi leur premier discours devant les Nations unies depuis leur arrivée au pouvoir. La comparaison est tentante, et le contraste entre ces deux interventions saisissant. L'un belliqueux, l'autre pacifiste, le premier prônant le multilatéralisme et l'autre la primauté de l'Etat-nation, les deux hommes se sont opposés sur de nombreux points, tant sur le fond que sur la forme.

De manière générale, l'intervention du président américain a sonné comme une déclaration de guerre, Donald Trump menaçant de "détruire totalement" la Corée du Nord. Celle d'Emmanuel Macron a pris des airs de déclaration d'amour aux Nations unies. Dans le détail, les deux dirigeants - qui ne manquent pas une occasion de mettre en scène leur connivence sous forme de poignées de main ou de déclarations d'amitié - se sont opposés sur la plupart des grands dossiers brûlants à l'international.

Multilatéralisme contre Etat-nation

"Il n’y a rien de plus efficace que le multilatéralisme, parce que tous nos défis sont mondiaux. Tout cela, nous ne le règlerons qu’à l’échelle de la planète. Quand nous acceptons que ce ne soit pas le multilatéralisme, alors nous laissons la loi du plus fort l’emporter", a lancé Emmanuel Macron à la tribune.

Un peu plus tôt, Donald Trump avait quant à lui défendu l'un de ses slogans phares, "America first", l'Amérique d'abord. 

"J'ai été élu pour donner le pouvoir au peuple américain, là où il doit se trouver. En tant que président des Etats-Unis, je placerai toujours l'Amérique d'abord. Tant que j'occuperai mon poste, je défendrai les intérêts de mon pays", a-t-il déclaré devant près de 130 chefs d'Etat et de gouvernement. 

Le président américain a par ailleurs défendu des pays "forts" et "indépendants" face à la menace des "Etats-voyous". Parmi eux, la Corée du Nord.

  • Corée du Nord: "rocket man" contre refus de l'escalade

Dans un discours particulièrement violent pour cette tribune diplomatique, le président américain a menacé de "détruire complètement" la Corée du Nord, un "régime vicieux" et "corrompu". Surnommant à nouveau Kim Jong-un "rocket man", l'homme fusée, il a dénoncé ses ambitions nucléaires comme "une mission suicide, pour lui-même et pour son régime".

Emmanuel Macron, lui, s'est montré beaucoup plus mesuré. Dénonçant la "surenchère acharnée de Pyongyang", le président français a insisté sur la nécessité de dialoguer si les conditions d'un dialogue sont assurées. "La France refusera toute escalade", a-t-il affirmé. ​​​​​

Nucléaire iranien: "pire accord" contre "accord solide"

Parmi les "Etats-voyous" dénoncés par Donald Trump, l'Iran, sur lequel les deux chefs d'Etats se sont là aussi opposés. Le président américain a menacé de remettre en cause l'accord nucléaire passé avec Téhéran, le décrivant comme "un des pires auxquels les Etats-Unis aient jamais participé", comme un "embarras" pour le pays.

"Nous ne pouvons pas laisser un régime meurtrier continuer ses activités déstabilisatrices (...) et nous ne pouvons pas respecter un accord s'il sert à couvrir l'éventuelle mise en place d'un programme nucléaire", a déclaré Donald Trump, qualifiant l'Iran de "dictature corrompue".

En réponse à ces propos, Emmanuel Macron a estimé que dénoncer cet accord serait une "lourde erreur".

"Notre engagement sur la non prolifération a permis d'obtenir un accord solide, robuste, qui permet de vérifier que l'Iran ne se dotera pas de l'arme nucléaire. Le dénoncer aujourd'hui sans rien proposer d'autre serait une lourde erreur, ne pas le respecter serait irresponsable, parce que c'est un accord utile, essentiel à la paix", a déclaré le président français. 

Accord sur le climat

Alors que l'Accord sur le climat était l'un des gros sujets de cette journée, Donald Trump, qui a décidé d'en faire sortir les Etats-Unis, a préféré de pas l'évoquer. Un silence d'autant plus assourdissant que son homologue français s'est dit convaincu de pouvoir le faire changer d'avis, quelques heures avant de monter à la tribune.

"Cet accord ne sera pas renégocié, il nous lie (...), nous ne reculerons pas", a déclaré le président français devant l'ONU, précisant qu'il respectait "profondément la décision des Etats-Unis". "La porte leur sera toujours ouverte", mais les autres Etats signataires continueront "à mettre en oeuvre l'accord de Paris", a-t-il insisté sous les applaudissements du public.

Des dissensions assumées

Lors de la conférence de presse qui a suivi son intervention, Emmanuel Macron a été interrogé sur le décalage flagrant entre ces deux discours. Il a assumé ses dissensions avec Donald Trump comme faisant partie de sa stratégie.

"J'ai un principe, je construis une position française, je parle avec tout le monde, je dis de manière bilatérale ma position et j'essaye de convaincre, ensuite j'en tire les conséquences. Je continuerai à travailler de la sorte et j'ai bon espoir que cela produise des résultats favorables", a conclu le président français. 

Charlie Vandekerkhove