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Viols à Paris: "Dans 1 cas sur 2, la victime connaît son agresseur"

Des policiers accueillent une femme dans un commissariat parisien, le 6 février 2012 (photo d'illustration).

Des policiers accueillent une femme dans un commissariat parisien, le 6 février 2012 (photo d'illustration). - Joël Saget - AFP

Un rapport publié vendredi passe au crible les infractions de viol signalées entre 2013 et 2014 à la police parisienne. BFMTV.com a interrogé le criminologue à l'origine de cette étude, qui dirige l'Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales.

Homme âgé de 34 ans, souvent sans emploi. Voici le profil type du violeur parisien, dressé à partir des données très précises recueillies par l'Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP) dans les fichiers de police CORAIL. Les chercheurs ont passé au crible 598 affaires de viols déclarés aux autorités parisiennes entre 2013 et 2014, commis pour la très grande majorité sur des femmes (553 victimes).

Christophe Soullez, criminologue et chef de l'ONDRP, un organisme placé sous la tutelle du Premier ministre, nous décrypte les résultats. Interview.

Dans un cas sur deux, la victime connaît son agresseur...

Ce n'est pas surprenant. Dans la moitié de ces cas (23%), il s'agit de viols commis au sein du ménage, pour l'autre moitié (26%), les agresseurs peuvent être des voisins, des amis, des collègues, des proches familiaux. 

Cet élément rend-il plus difficile le fait de porter plainte?

Totalement. D'après les enquêtes de victimation (interrogatoire mené auprès d'un échantillon représentatif de 17.000 personnes sur les infractions dont ils ont été victimes, qu'ils aient porté plainte ou non, ndlr) que nous menons chaque année avec l'Insee, 10% seulement des victimes de viol portent plainte. Le taux est extrêmement faible. 

Comment expliquer que si peu de victimes osent le signaler?

Il y a plusieurs raisons, qui d'ailleurs peuvent être cumulatives: la honte, la peur des représailles, la volonté de trouver une solution autre qu'une procédure judiciaire quand on connaît l'agresseur, la minimisation de l'acte... Toutefois, l'accueil dans les commissariats pour la prise en charge de ces victimes a évolué positivement, et la féminisation de la profession les aide très certainement également à aller porter plainte. 

La crainte de ne pas pouvoir identifier son agresseur peut-elle jouer?

Sans doute, mais ce n'est pas justifié, car avec les moyens de la police et de la gendarmerie technique et scientifique aujourd'hui, on peut identifier un violeur même si la victime n'a pas vu son visage par exemple. Le taux d'élucidation des affaires de viols est d'ailleurs très élevé: 70 à 80% des affaires sont résolues, contre 13% seulement pour les cambriolages. 

Trois viols sur quatre sont commis dans des espaces privés...

Oui, contrairement aux idées reçues, la voie publique n'est pas le lieu "privilégié" où se produisent ce type d'actes. Ils se déroulent plus souvent dans des lieux d'habitation (57%) ou dans d'autres lieux privés (16%) comme des cabinets médicaux, des caves ou des véhicules. Cela rejoint le fait que dans un cas sur deux, la victime connaît son agresseur.

Pourquoi les arrondissements les plus touchés sont-ils des quartiers animés?

En effet, le 1er, le 10e, puis le 9e enregistrent les taux les plus élevés de viols commis à Paris. C'est parce que ce sont des quartiers de bars, des lieux où l'on sort la nuit. Or, beaucoup de viols sont commis justement à l'issue de moments festifs, et cela rejoint une autre conclusion de notre rapport: 50% des victimes étaient intoxiquées au moment des faits, principalement sous l'emprise de l'alcool.