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Violences à Trappes: le procès de la femme voilée renvoyé au 11 décembre

Les violences avaient nécessité l'envoi de renforts de police afin de protéger le commissariat.

Les violences avaient nécessité l'envoi de renforts de police afin de protéger le commissariat. - -

Le procès de Cassandra Belin, qui débutait mercredi, a été renvoyé au 11 décembre. Cette jeune femme avait refusé de se soumettre à un contrôle de police alors qu'elle était intégralement voilée: la mise en garde à vue de son mari avait entraîné plusieurs nuits de violences à Trappes.

Son contrôle d’identité en juillet 2013 avait dégénéré et entraîné plusieurs nuits de violence à Trappes, dans les Yvelines. Le procès de Cassandra Belin, qui s'ouvrait mercredi matin devant le tribunal correctionnel de Versailles, a été renvoyé au 11 décembre.

Intégralement voilée, Cassandra Belin avait refusé de se soumettre à un contrôle de police. La jeune femme doit répondre d'outrage à policiers et port d'une tenue dissimulant le visage dans l'espace public, ce qui est interdit depuis 2011. Absente, la jeune femme était représentée par son avocat, Maître Philippe Bataille, qui a déposé à l'ouverture de l'audience une question prioritaire de constitutionnalité (QPC) contre la loi interdisant le port du voile intégral dans l'espace public.

Le tribunal a donc décidé de renvoyer le procès, pour permettre au procureur de la République de prendre des réquisitions écrites sur cette demande de QPC, qui constitue "une première concernant cette loi", selon Maître Bataille.

"Pas opposée à montrer son visage"

Concernant les faits, Cassandra Belin, âgée de 20 ans et convertie à l'islam, a déjà déclaré rejoindre la version soutenue par son mari Michaël Khiri, 21 ans et également converti. Selon lui, ce 18 juillet au soir, en plein ramadan, son épouse, qui porte alors le voile intégral, est contrôlée par trois policiers dans les rues de Trappes. "Cassandra n'était pas opposée à montrer son visage, elle l'a déjà fait auparavant. Mais il y avait de l'agressivité chez les policiers", justifie Maître Bataille.

Les choses s'enveniment rapidement lorsque la belle-mère s'interpose. Un policier "a bousculé ma belle-mère (...)", avait expliqué Michaël à la barre en septembre dernier, lors de son procès en septembre pour "violences" et "outrages". Il avait expliqué avoir alors tiré l'un des policiers par l'arrière, parce qu'il avait "saisi [sa] femme par le voile". Le lendemain, le commissariat de Trappes est pris d'assaut par une foule en colère réclamant la libération du mari, en garde à vue, et des affrontements avec la police se poursuivent dans la nuit.

Les policiers menacés de mort?

L'avocat des policiers, Maître Thibault de Montbrial, présente une version quelque peu différente. "Un citoyen français qui se permet de refuser l'application de la loi pour des motifs religieux, (...) qui profère des menaces de mort sur des fondements religieux, c'est extrêmement grave. Tolérer cela, c'est ouvrir la voie à un éclatement de la société, au communautarisme et à la violence", s'indigne-t-il.

Lors de son procès mis en délibéré au 8 novembre, le mari avait jugé la loi sur le voile intégral "illégitime" et trois mois de prison avec sursis avaient été requis à son rencontre. Le procureur de Versailles avait rappelé qu'il avait tenté d'étrangler un policier.

Entretemps, deux policiers -dont un a participé au contrôle d'identité- ont été placés en garde à vue en septembre à l'IGPN, "la police des polices", pour des propos islamophobes qu'ils auraient tenu sur Facebook alors que Trappes était en proie aux violences. Le procureur décidera prochainement s'il poursuit les fonctionnaires. L'avocat de Cassandra estime, lui, que "lorsqu'un policier interpelle ma cliente, il y a un certain état d'esprit derrière, un fort préjugé anti-musulman qui jette la suspicion sur le contrôle".

M.K. avec AFP