BFMTV

Villiers-le-Bel: le parquet demande la relaxe du policier

Le procès de Villiers-le-Bel s'est tenu les 6 et 7 juin.

Le procès de Villiers-le-Bel s'est tenu les 6 et 7 juin. - -

REPORTAGE – Le procès du conducteur de la voiture de police qui avait eu une collision avec deux jeunes de Villiers-le-Bel, fin 2007, se poursuit vendredi à Pontoise. Dans la matinée, le procureur a blâmé l'"insouciance" des ados et demandé la relaxe du policier. Jugement attendu le 13 septembre.

Lorsque le procureur Henri Génin a demandé la relaxe de Franck V., vendredi matin, il n’y a eu aucune réaction dans la salle d’audience. Ni stupeur, ni révolte. Preuve que les passions qui avaient éclaté après l’accident qui avait coûté la vie à de Mouhsim et Lakamy, deux ados de Villiers-le-Bel, le 25 novembre 2007, sont bel et bien derrières. Plus que la colère, c’est la déception qui se lisait sur le visage des proches, après cinq ans d’un combat judiciaire pour faire renvoyer le conducteur du véhicule de police qui avait eu la collision devant le tribunal correctionnel de Pontoise.

Jeudi, au premier jour de son procès, pointait déjà toute la difficulté à estimer la responsabilité de Franck V., un "gars calme et pondéré" tel que le décrivait un de ses supérieurs à la barre. Ce dimanche après-midi là, l’homme patrouillait avec trois collègues à Villiers-le-Bel quand, à un carrefour, son véhicule s’était heurté à la moto des deux ados qui arrivait de gauche, sans respect de la priorité à droite. Mouhsim et Lakamy, qui ne portaient pas de casque, étaient morts peu de temps après le choc.

Un rapport d’expertise était venu pointer la vitesse excessive de la moto. Mais aussi du véhicule de police, en phase d’accélération.

"Perplexité" sur le rapport d'expert

Mais vendredi matin, à la surprise générale, le parquet est venu balayer les conclusions de l’expert Robert Hazan. La veille, l’homme avait été confus dans ses explications. "Il a indiqué que le calculateur ABS du véhicule de police indiquait 64 km/h au moment de l’impact, et que sa méthode était très fiable", a pointé le procureur Génin. "Mais il n’a pas pu s’expliquer sur sa méthode quand on le lui a demandé! Permettez-moi d’exprimer ma perplexité."

Or la vitesse à laquelle roulait Franck V., et le fait qu’il était en phase d’accélération (toujours selon les conclusions de l’expert) est le principal argument de son renvoi en correctionnelle. C’est sur celui-ci que se s'étaient appuyés, plus tôt dans la journée, les deux avocats des familles. "Franck V. nous dit: 'qu’aurais-je pu faire?' Monsieur V., vous auriez pu lever le pied!", avait ainsi tempêté Me Emmanuel Tordjman. Son collègue, Jean-Pierre Mignard, avait même estimé que le prévenu "ne reconnaissait pas tout" à la barre et que, selon lui, il était "en mission d’urgence", "sans avoir mis son gyrophare ni son avertisseur".

"Ils jouaient avec leur vie et celle des autres"

Dans un réquisitoire qui s’apparentait plus à une plaidoirie de la défense, le procureur a à l’inverse blâmé l'"affolante insouciance" des deux jeunes, coupables de "multiples infractions": "Ils jouaient avec leur vie et avec celle des autres comme à la roulette russe", a-t-il fustigé. Avant d’ajouter, dans le silence du prétoire: "Si Lakamy S. avait survécu, il n’aurait pas été sur le banc des parties civiles."

"Dans de telles circonstances, peut-on reprocher une faute d’imprudence? La chambre d’instruction de la cour d’appel de Versailles (NDLR: qui a demandé le renvoi de Franck V. devant le tribunal) pense que oui. Mais je ne sais requérir qu’en ma conscience propre, et j’estime ne pas pouvoir demander au tribunal d’entrer en voie de condamnation."

Le tribunal a mis son jugement en délibéré au 13 septembre.