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Une pancarte antisémite brandie à Metz par une manifestante anti-pass: le parquet ouvre une enquête

La pancarte antisémite brandie dans le cortège de Metz samedi

La pancarte antisémite brandie dans le cortège de Metz samedi - Capture Twitter

L'image d'une manifestante brandissant une pancarte antisémite dans le cortège anti-pass sanitaire de Metz ce samedi a fait le tour des réseaux sociaux, et suscite l'indignation d'associations comme des politiques. Gérald Darmanin a indiqué avoir saisi le préfet de Moselle pour "faire un signalement au parquet". Plus tard dans la soirée, le parquet a annoncé avoir ouvert une enquête.

Parmi les 237.000 manifestants en France ce samedi contre le pass sanitaire, 3800 ont défilé à Metz, d'après les chiffres des autorités. Mais un cliché, pris dans le cortège messin, jette de l'ombre sur des rassemblements qui se sont globalement très bien déroulés partout en France. Cette photographie, qui a rapidement fait le tour des réseaux sociaux, suscite la polémique ce dimanche pour son caractère antisémite.

Le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, a indiqué sur Twitter ce dimanche après-midi avoir démandé au préfet de la Moselle "de faire un signalement au parquet". Peu de temps après, le parquet de Metz a annoncé avoir ouvert une enquête. D'après le préfet de Moselle Laurent Touvet à l'AFP, il s'agit d'une enquête de flagrance confiée au commissariat de Metz. Ce dernier "condamne avec la plus grande fermeté ce message". Le préfet a en outre décidé d'adresser un signalement au procureur de la République.

Sur cette dernière, une femme, dont l'identité n'est pas encore confirmée, brandit une pancarte sur laquelle sont inscrits des noms de personnalités de la sphère politique et médiatique, considérés comme des "traîtres". Parmi eux, Olivier Véran, ministre de la Santé, le président Emmanuel Macron, le président du Conseil constitutionnel Laurent Fabius, le financier George Soros, la famille Rotschild ou encore le milliardaire et propriétaire de plusieurs médias français, dont BFMTV, Patrick Drahi.

Aux origines, l'interview d'un ancien général

En lettres rouges, l'interrogation "mais qui?" occupe le centre de la pancarte. Comme le relevait Libération, ce slogan, apparu à plusieurs reprises sur des pancartes lors des manifestations anti-pass sanitaire, est devenu un cri de ralliement de l'extrême droite.

D'après nos confrères, il tire ses origines d'une interview du général à la retraite Dominique Delawarde, l'un des signataires de la tribune "des généraux", le 18 juin dernier chez nos confrères de Cnews. Interrogé par Claude Posternak, spécialiste de l’opinion et membre du bureau exécutif LaREM, qui lui demandait "qui" contrôlait "la meute médiatique", le militaire répondait: "C'est la communauté que vous connaissez bien." Sous-entendu, la communauté juive.

Face au tollé, le parquet de Paris avait alors ouvert une enquête pour "diffamation publique" et "provocation à la haine et à la violence".

"L'antisémitisme n'est pas une opinion, c'est un délit"

L'image dévoilée ces dernières heures a, quant à elle, rapidement provoqué l'indignation de la classe politique. Gérald Darmanin, pour qui "cette pancarte est abjecte", a assuré que "de tels propos ne resteront pas impunis". " Les services de police sont mobilisés pour identifier leur auteur", a-t-il ajouté.

"Alors certains n’auraient rien appris ni retenu des drames proches du 20ème siècle? C’est consternant et révoltant. Luttons pied à pied contre l’antisémitisme, le racisme, les discriminations. Tous les jours, toujours. Et que la justice ne laisse rien passer", a tweeté ce dimanche Genéviève Darrieussecq, ministre déléguée aux armées.

"L'antisémitisme a tué hier et tue encore aujourd'hui. L'antisémitisme n'est pas une opinion. C'est un délit, qui doit être condamné systématiquement. Unissons nos voix pour dénoncer cette haine intolérable qui ne doit jamais être banalisée. Jamais", a quant à elle réagi Élisabeth Moreno secrétaire d'État chargée de l'égalité femmes-hommes.

L'ancien Premier ministre Manuel Valls s'est également fendu d'un tweet, soulignant que l'antisémitisme "revient partout et, comme souvent, il est annonciateur du pire". "Il faut le combattre avec une fermeté implacable, traquer ses complicités nauséabondes", a-t-il ajouté.

La Licra va porter plainte

La Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra), qui avait annoncé saisir "sa commission juridique afin d’examiner si des poursuites pénales sont envisageables" plus tôt dans la journée, a annoncé en début de soirée à l'AFP son intention de porter plainte. Il "faut être intraitable", a souligné la Licra auprès de nos confrères.

Si les figures de proue du Rassemblement national n'ont pas encore réagi, sur notre antenne, Andréa Kotarac, qui a été tête de liste pour le parti aux régionales en Auvergne-Rhône-Alpes, assure que le RN "respecte la loi française".

"L'antisémitisme est un déli, et chaque personne qui a des propos racistes ou antisémites n'est plus sur la ligne qu'a fixée Marine Le Pen", a-t-il assuré sur BFMTV ce dimanche soir.

Lors des premières manifestations contre le pass sanitaire, certains manifestants avaient arboré et affiché des étoiles jaunes, symbole de la persécution de la communauté juive lors de la Seconde Guerre mondiale.

Fanny Rocher