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Une filiale de Total jugée en appel pour l'explosion d'AZF

La société Grande Paroisse, filiale du groupe Total, sera jugée en appel à partir de ce jeudi à Toulouse pour l'explosion de l'usine chimique AZF de la ville, qui avait fait 31 morts en septembre 2001. /Photo d'archives/REUTERS/Jean-Philippe Arles

La société Grande Paroisse, filiale du groupe Total, sera jugée en appel à partir de ce jeudi à Toulouse pour l'explosion de l'usine chimique AZF de la ville, qui avait fait 31 morts en septembre 2001. /Photo d'archives/REUTERS/Jean-Philippe Arles - -

par Nicolas Fichot TOULOUSE (Reuters) - La société Grande Paroisse, filiale du groupe Total, sera jugée en appel à partir de ce jeudi à Toulouse pour...

par Nicolas Fichot

TOULOUSE (Reuters) - La société Grande Paroisse, filiale du groupe Total, sera jugée en appel à partir de ce jeudi à Toulouse pour l'explosion de l'usine chimique AZF de la ville, qui avait fait 31 morts en septembre 2001.

La catastrophe, une des plus graves dans l'industrie en France depuis la Seconde Guerre mondiale, avait fait en outre 20.000 blessés, 85.000 sinistrés et des milliards d'euros de dégâts. L'ancien directeur de l'usine Serge Biechelin, également relaxé, sera aussi rejugé, comme son ex-société, pour "homicides et blessures involontaires".

Le désastre était imputé par les experts au stockage imprudent dans le même hangar de matières chlorées et nitratées, explosives lorsqu'elles sont combinées, mais en première instance en novembre 2009, le tribunal correctionnel a jugé cette hypothèse trop fragile.

"Il demeure une inconnue concernant le processus exact d'initiation de l'explosion", a conclu alors le tribunal, ajoutant après quatre mois d'audience ne pas pouvoir "fonder son jugement sur des hypothèses".

Même si des fautes d'organisation dans l'usine sont avérées, comme les stockages anormaux, l'absence de caméras de sécurité, de système de chauffage ou de lutte contre l'incendie dans le hangar, le lien de causalité avec l'accident n'est pas établi, disaient les juges.

Le parquet avait fait appel. Il avait requis la condamnation de la société à 225.000 euros d'amende, peine maximale prévue par la loi pour "homicides et blessures involontaires", ainsi que trois ans de prison avec sursis et 45.000 euros d'amende contre Serge Biechelin.

Au premier procès, l'ancien P-DG de Total Thierry Desmarest avait été cité à comparaître directement par certaines parties civiles, mais la décision avait été jugée irrecevable et il ne devrait donc pas revenir en appel.

DEUX MILLIARDS D'EUROS D'INDEMNITÉS

Total, première société française par la capitalisation boursière, a déjà versé près de deux milliards d'euros pour réparer les dégâts de la catastrophe, même si elle se dit pénalement innocente dans ce dossier.

Ses avocats critiquent depuis le début l'instruction, qui selon eux n'a pas examiné à fond toutes les pistes. Le scénario d'un attentat avait été écarté par la police après des investigations détaillées. Un complément d'enquête demandé en première instance a été refusé.

A ce second procès, quelques 2.351 parties civiles seront présentes contre 3.149 en première instance.

L'audience se déroulera dans une salle municipale, la même qu'au premier procès, spécialement aménagée pour pouvoir accueillir un millier de personnes. Il y aura une cinquantaine d'avocats et plusieurs centaines d'experts ou de témoins.

Les audiences dureront quatre mois. "J'attends de ce procès une confirmation de la relaxe de mes clients" a dit à Reuters maître Daniel Soulez-Larivière, l'un des avocats des prévenus.

"En principe, procéduralement, il ne devrait rien y avoir de nouveau dans ce second procès. Mais s'il peut faire progresser cette affaire, il aura été utile" a t-il ajouté.

Me Stella Bisseuil, avocate d'une des principales associations de familles de victimes, espère une autre analyse du même dossier.

"C'est vrai qu'il n'y a pas de choses vraiment nouvelles dans le dossier mais nous espérons que la cour sera lucide et clairvoyante sur la stratégie souvent grossière de la défense" a-t-elle dit à Reuters.

Dans un communiqué, le maire socialiste de Toulouse Pierre Cohen a déclaré "être aux côtés du ministère public pour participer à la recherche de la vérité sur cette catastrophe qui a meurtri la ville de Toulouse et ses habitants". La commune est partie civile.

Avec Thierry Lévêque à Paris, édité par Patrick Vignal