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Une chercheuse de l'INRA meurt après avoir contracté la maladie de Creutzfeldt-Jakob

Manipulation en laboratoire (Photo d'illustration)

Manipulation en laboratoire (Photo d'illustration) - -

La jeune femme de 33 ans, chercheuse de l'INRA, est morte en juin dernier alors qu'elle avait contracté la forme humaine de la maladie de la vache folle dans un laboratoire. Ses parents portent plainte contre l'Institut de recherche pour "homicide involontaire".

Une jeune chercheuse de l'INRA (Institut National de Recherche Agronomique) est morte lundi 17 juin après avoir contracté la maladie de la vache folle lors d'une manipulation scientifique, en 2010 dans son laboratoire de recherche de la région parisienne.

Sa famille porte plainte contre l'Institut pour "homicide involontaire" et et "mise en danger de la vie d'autrui", alors que les obsèques de la jeune femme ont eu lieu ce mardi à La Riche, en Indre-et-Loire. 

La plainte, transmise au parquet de Versailles et consultée vendredi par l'AFP, dénonce des "manquements à la sécurité" au sein de l'unité de recherche où la chercheuse travaillait sur les maladies dites à prions, dont fait partie Creutzfeldt-Jakob.

Une coupure en labo en 2010

Émilie Jaumain Houel, 33 ans, s'était coupée le doigt le 31 mai 2010 en manipulant un échantillon infecté de la maladie de Creutzfeldt-Jakob, alors qu'elle travaillait au sein de l'unité de recherche en virologie et immunologie moléculaire de Jouy-en-Josas dans les Yvelines. 

"Il n'y a absolument aucun doute sur le lien direct entre la blessure qu'elle a subie en 2010 et son décès aujourd'hui", a fait savoir l'avocat de la famille Me Julien Bensimhon. Ce dernier a ajouté qu'Émilie "n'aurait pas dû être piquée, contaminée, si les procédures de sécurité avaient été respectées".

L'INRA a fait part de sa "très grande tristesse" à l'annonce de la mort de la chercheuse, estimant qu'il était "essentiel de comprendre les causes de la maladie". Dans un communiqué, l’INRA "réaffirme son engagement de transparence : tous les éléments relatifs à l’accident et aux mesures de sécurité seront communiqués aux autorités sanitaires et à la justice".

Le laboratoire "pas aux normes"?

Selon la plainte, le laboratoire "n'était pas aux normes", la jeune femme n'avait "pas été formée aux risques", ne portait pas "d'équipements de sécurité adéquats" et n'a pas eu de suivi médical. Elle aurait notamment dû porter "des gants anti-coupures" et non "en latex", et elle n'a été décontaminée qu'"environ 20 minutes" après avoir été blessée, peut-on lire dans la plainte.

"Il s'agirait d'un cas de maladie de Creutzfeldt-Jakob nouveau variant", a précisé l'institut de recherche dans sa brève déclaration écrite à l'AFP, en soulignant que les autorités sanitaires (Santé Publique France) poursuivent aussi des "investigations" sur ce cas.

L'institut a transmis à la famille et aux autorités sanitaires "les pièces qui lui étaient demandées" et s'est engagé à la "transparence": "tous les éléments relatifs à l'accident et aux mesures de sécurité seront communiqués aux autorités sanitaires et à la justice", a assuré l'INRA.

Creutzfeldt-Jakob transmissible par le sang

"Il est essentiel que toute la vérité soit faite, c'est essentiel pour sa famille, mais aussi pour l'ensemble de la communauté scientifique", a ajouté l'institut en précisant qu'il va aussi "contribuer" à une mission confiée par la ministre de la Recherche à l'Inspection générale de l'éducation nationale et à l'Inspection santé et sécurité au travail, afin d'évaluer "les mesures de sécurité dans les laboratoires de recherche sur les prions".

Contrairement à ses autres formes, la maladie "variante" de Creutzfeldt-Jakob serait transmissible par le sang: "il a été observé au Royaume-Uni entre 2003 et 2007 la survenue de quatre cas de transmission hautement probables de la maladie par transfusion de concentrés de globules rouges", selon un document de l'Etablissement français du sang.

Santé Publique France a confirmé vendredi avoir mené une enquête pour consolider le diagnostic. "Dans le cas présent, cette investigation était particulière en raison de la suspicion de variante de la MCJ, et de l'exposition professionnelle de la patiente à des protéines prions dans le contexte d'un laboratoire de recherche", a indiqué l'organisme, tout en précisant que toute confirmation ou infirmation ne pourra intervenir "qu'après une autopsie" de la patiente décédée. 

Jeanne Bulant avec AFP