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"Tu es pompier, je vais mettre le feu": de la dispute à l'incendie, le scénario se dessine

Le feu a ravagé un immeuble du 16e arrondissement de Paris.

Le feu a ravagé un immeuble du 16e arrondissement de Paris. - Benoit Moser - BSPP - AFP

La piste criminelle a été rapidement privilégiée dans l'enquête sur l'incendie mortel qui a ravagé un immeuble du XVIe arrondissement de Paris. Une femme a été interpellée et placée en garde à vue avant d'être transférée à l'infirmerie psychiatrique de la préfecture de police. Un différend de voisinage pourrait être à l'origine du drame.

La piste criminelle privilégiée. Moins de deux heures après l'extinction de l'incendie qui a fait, toujours selon un bilan provisoire, 10 morts et plus d'une trentaine de blessés, le procureur de la République de Paris donnait l'orientation de l'enquête sur ce drame survenu dans la nuit de lundi à mardi dans le XVIe arrondissement de Paris, et indiquait qu'une femme a été interpellée et placée en garde à vue. En fin d'après-midi, la suspecte a été transférée à l'infirmerie psychiatrique de la préfecture de police (IPPP) à la suite d'un examen médical et de comportement.

Selon nos informations, cette femme, une habitante de cet immeuble en retrait de la rue Erlanger, souffre de problèmes psychiatriques. Elle a fait plusieurs séjours en hôpital psychiatrique. Par le passé, la suspecte âgée de 40 ans a également fait l'objet de trois procédures judiciaires. En 2016, elle avait été visée par une de ses enquêtes pour l'incendie d'un magasin. En 2018, il s'agissait de violences. A chaque fois, les procédures avaient été classées sans suite, deux d'entre elles à cause de son mental jugé déficient.

Au moment de son interpellation juste après le déclenchement de l'incendie dans l'immeuble du 16e arrondissement, cette femme était fortement alcoolisée. Une consommation d'alcool régulière à en croire différents témoignage. 

Différend de voisinage

Dans la soirée, bien avant le drame, la police est intervenue dans l'immeuble pour un différend de voisinage entre la suspecte et son voisin. Plusieurs sources policières ont en effet confirmé les témoignages de deux habitantes de l'immeuble recueillis par BFMTV: toutes deux parlent d'une altercation entre un jeune homme et la suspecte, avant le départ de l'incendie, sur fond de nuisance sonore. "Elle met tout le temps la musique très très fort", raconte l'une d'elle, expliquant qu'un résidant a tenté de faire cesser le bruit lundi soir.

"J'ai vu un jeune homme qui donnait des coups au fond du grand couloir. A ce moment-là, je l'ai vu se déchaîner contre cette porte", explique une voisine. "Il disait très très fort 'Arrête, arrête, arrête', poursuit une autre. Et puis, elle a dit 'toute manière tu es un pompier, je vais mettre le feu, poursuit la voisine. Elle hurlait, lui hurlait pour qu'elle arrête. Elle hurlait, elle a jeté des choses par la fenêtre, elle a jeté des assiettes, c'était le bordel". 

La police est alors intervenue. Selon nos informations, lors de cette intervention, la suspecte n'est pas apparue menaçante et le voisin, un pompier, avait quitté l'immeuble pour passer la nuit ailleurs. Ce n'est que bien après cette scène que l'incendie s'est déclenché. D'ailleurs, la femme de 41 ans était en train d'incendier un véhicule stationné à proximité immédiate de l'immeuble au moment de son interpellation. Selon plusieurs experts en architecture que nous avons contacté, une hypothèse avec plusieurs départs de feu serait cohérente avec la propagation rapide et violente du feu.

Justine Chevalier avec Cécile Ollivier