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Trafic de drogue à Toulouse: les têtes de réseau recrutent des guetteurs en Seine-Saint-Denis

Un immeuble du quartier des Izards, à Toulouse, le 5 décembre 2017.

Un immeuble du quartier des Izards, à Toulouse, le 5 décembre 2017. - REMY GABALDA

Trois hommes ont été condamnés dans une affaire de complicité de trafic de stupéfiants. Recrutés en Seine-Saint-Denis, ils étaient venus faire les "choufs" dans le quartier des Izards, à Toulouse.

Me Ian Knafou a quitté mardi le tribunal judiciaire de Bobigny qu’il connaît bien pour celui de Toulouse, pour une affaire "peu commune", selon ses mots. Ses trois clients, des hommes âgés de 19 à 26 ans, comparaissaient devant le tribunal correctionnel pour complicité de trafic de stupéfiants. Si le chef d’accusation n’a rien d’exceptionnel, la manière dont ils ont été recrutés pour dealer l’est un peu plus.

Les trois prévenus, originaires de Seine-Saint-Denis, ont été débauchés par des têtes de réseau toulousains pour faire le guet sur les points de deal du quartier des Izards.

"On leur promet la belle vie"

"Les Toulousains font leur marché en Seine-Saint-Denis, le message se répand chez les jeunes, qui entendent parler d’un plan pour aller à Toulouse, où on leur promet la belle vie, on leur fait miroiter de gros salaires - quelque 200 euros -, des billets de train et l’hôtel offert", raconte Me Knafou à BFMTV.com.

Le phénomène est assez récent, de l'ordre de quelques mois, et est lié au démantèlement d’un réseau de trafiquants de drogue au mois de juin dernier. "Maintenant, tout le monde cherche à avoir sa part du gâteau", et l’insécurité règne dans le quartier, alors que les fusillades se succèdent.

Les "choufs" (guetteurs) de Seine-Saint-Denis viennent donc en renfort pour "sécuriser, repérer les intrus potentiellement armés", nous explique le conseil.

"Ces recrutements, parmi d’autres, servent à surveiller les deals et le cas échéant à y participer contre des sommes doublées en raison des 'risques' liés aux tensions actuelles résultant des opérations de démantèlement de réseaux réalisées sur ce quartier dans un contexte de règlements de compte", confirme à BFMTV.com le procureur de la République de Toulouse, Dominique Alzeari.

Si "la belle vie" était promise aux clients de Me Knafou, ils ont vite déchanté. "Après leur interpellation, ils ont été placés en détention provisoire pendant trois jours, avant d’être renvoyés en correctionnelle". Un traitement jugé sévère par le pénaliste.

"Politique pénale très répressive"

"Deux sur trois ont un casier judiciaire vide. En principe, dans ces cas-là, on reçoit une convocation au tribunal six mois plus tard et on en ressort avec une simple amende. Dans cette affaire, le procureur avait recommandé des condamnations allant de 3 à 4 mois, avec mandat de dépôt. On sent que le parquet met tous les moyens pour endiguer ce phénomène avec une politique pénale très répressive", estime-t-il.

Finalement, ses clients s’en sortent avec des peines de sursis probatoire et l’interdiction de retourner à Toulouse. Le 23 septembre, un autre guetteur venu de Seine-Saint-Denis a été condamné par le tribunal correctionnel de Toulouse à 6 mois de prison ferme, rapporte Actu.fr. Outre les condamnations judiciaires, la violence dans le quartier des Izards aurait de quoi décourager les plus endurcis: depuis le début de l’été, trois personnes sont mortes lors de fusillades et un "chouf", venu de Seine-Saint-Denis, a été blessé mi-septembre, rapporte La Dépêche.

Ambre Lepoivre Journaliste BFMTV