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Deux ans après, Charlie Hebdo entre détermination et menace permanente

Deux ans après les attentats de janvier 2015, Charlie Hebdo défend sa ligne avec détermination. Mais devenu un symbole, le journal provoque quasiment à chaque numéro une levée de boucliers, quelque part dans le monde, et continue à recevoir des menaces de mort.

"On déconne, on s'engueule, on fait ce qu'on a toujours fait". Deux ans après les attentats de janvier 2015 et la tuerie qui a décimé la rédaction, Charlie Hebdo défend sa ligne éditoriale avec détermination. "2017, enfin le bout du tunnel", peut-on lire sur sa dernière couverture, qui commémore les deux ans des attentats et montre en gros plan un personnage regardant l'intérieur du canon d'une arme à feu, tenue par un islamiste.

A l'intérieur des pages du journal, une certaine colère, et de la déception. Le ton n’a pas changé, ni la façon de fonctionner, comme en témoigne sur BFMTV Gérard Biard, le rédacteur en chef. "Charlie c'est une rédaction de dingos, d’egos, puis c'est très bien comme ça sinon le journal serait pas ce qu’il est." Mais les réactions, elles, sont exacerbées.

"On est scrutés à la loupe, dès qu’un de nous pète y a 3 millions de nez qui se tendent. Ça met une pression supplémentaire évidemment, mais ça ne nous empêche pas de le faire. On ne s’autocensure pas pour autant", jure le rédacteur en chef. 

"Il faut qu'on soit plus offensifs"

"2015 a été l'année de la survie, 2016 celle de la stabilisation", explique à l'AFP Riss, le directeur de la rédaction. Le journal enregistre 50.000 ventes en moyenne par numéro, et compte 60.000 abonnements en 2016. C’est deux fois moins qu’en 2015, mais cela lui permet de rester à l’équilibre. "En 2017 il faut peut-être qu'on soit plus offensifs", poursuit Riss. Et la promesse semble déjà tenue. 

Dans le numéro de mercredi, la rédaction attaque les intellectuels qui critiquent ses prises de position sur le terrorisme et l'islam. "Le rire vous fait peur, car il libère l'esprit comme aucune autre artillerie humaine", leur lance le journaliste Fabrice Nicolino dans un article intitulé "Cette gauche qui s'est toujours couchée devant les despotes". 

"Le problème, c'est tous les croyants musulmans qui pensent que, malgré tout, il ne faut pas rire de la religion. Ces gens, de fait, même s'ils ne sont pas terroristes, pensent comme eux", lance Riss dans un dessin de Coco.

Plusieurs départs de la rédaction

Depuis l'attentat, plusieurs membres de la rédaction sont partis, certains parce qu'ils étaient en désaccord avec sa ligne, d'autres pour des raisons plus personnelles: le dessinateur Luz, l'urgentiste Patrick Pelloux ou la journaliste Zineb El Rhazoui. D'autres sont devenus des piliers du journal, comme les dessinateurs Juin, Félix et Foolz, auteur de la couverture de cette semaine.

Un temps hébergée par Libération, la rédaction a déménagé, dans des locaux tenus secrets, blindés, et protégés par des hommes armés. Les 12 millions d’euros gagnés avec les ventes record du numéro des survivants sont consacrés en grande partie à la sécurité des lieux.

"La cagnotte de Charlie va servir à raison d’un million d’euros par an à payer cette sécurité qui est indispensable parce que les menaces, elles arrivent, tous les jours", raconte l'avocat du journal, Christophe Thévenet. 

Cet argent doit aussi permettre au journal de lancer de nouveaux projets. Désormais, il traduit une partie de ses articles en anglais sur son site internet et a lancé une version allemande en kiosque en novembre. Après la tuerie, les dons ont également afflué. 4,2 millions d'euros, qui ont fini d’être intégralement reversés le mois dernier aux victimes des attentats de janvier 2015. 

Charlie Vandekerkhove avec AFP