BFMTV

Attentat à l'Hyper Cacher: un policier d'élite raconte l'assaut

Images de l'assaut contre Amedy Coulibaly, retranché avec des otages dans le supermarché casher.

Images de l'assaut contre Amedy Coulibaly, retranché avec des otages dans le supermarché casher. - BFMTV

L'un des policiers du RAID qui a mené l'assaut contre Amedy Coulibaly, retranché avec des otages dans un supermarché casher en janvier, s'est confié au Parisien.

Il est celui qui a pris la tête de la première colonne d'assaut, bouclier en avant, lorsque le RAID a pénétré dans l'Hyper Cacher Porte de Vincennes, où Amedy Coulibaly avait pris en otage plus d'une vingtaine de personnes. Antoine (*), âgé d'une trentaine d'années et membre de la police d'élite, raconte au Parisien les quelques minutes avant et après l'assaut.

Il est 17 heures ce 9 janvier lorsque les policiers reçoivent l'ordre d'intervenir. "Nos chefs nous ont rapidement briefés sur la disposition des lieux. On savait qu'il y avait au moins trois morts, que Coulibaly était lourdement armé, qu'il avait probablement un complice", explique Antoine au quotidien. Les rôles sont distribués: lui devra être en première ligne. "Je devais tout d'abord protéger avec mon bouclier le collègue chargé d'ouvrir le rideau métallique de l'entrée. A mesure que le rideau se lève, je sais que le risque de tirs grandit."

Une fois l'entrée dégagée, les policiers n'ont qu'une poignée de secondes pour analyser la scène puis s'adapter, "sachant que la vie des otages prime sur tout le reste", confie-t-il. La tension et l'adrénaline sont telles qu'Antoine ne se souvient pas avoir ressenti de l'appréhension. 

"Au risque de surprendre, je n'ai pas eu peur. Je n'arrive toujours à me l'expliquer, mais dans l'ensemble je suis plutôt serein à ce moment-là."

"Tout va très vite. Il tire ses premières balles"

Devant eux, les policiers du RAID remarquent immédiatement le corps d'un otage au sol, puis un groupe d'otages vivants réfugiés sur la gauche. Surgit alors Amedy Coulibaly, les armes à la main, fonçant vers la colonne d'agents. "Tout va très vite. Il tire ses premières balles, qui viennent se loger dans mon bouclier. Je continue à avancer en ripostant, puis je me décale dans l'allée vers la droite, à l'opposé des otages, afin qu'ils ne soient pas pris pour cible", témoigne Antoine au Parisien. Le policier reçoit alors une balle. Stoppée par son gilet pare-balles, elle lui occasionnera néanmoins d'importantes brûlures.

Pendant ce temps, la fusillade s'intensifie. "Mes collègues postés derrière ouvrent le feu. Lui avance toujours vers l'entrée, avant d'être happé par leurs balles." Amedy Coulibaly tombe à terre. Au même moment, à Dammartin-en-Goële, les frères Kouachi sont abattus par le GIGN. La pression ne retombera que quelques heures plus tard pour les policiers.

"J'ai mis un certain temps à trouver le sommeil", se rappelle Antoine. "On se refait le film des événements, en essayant de voir ce qu'on aurait pu faire mieux. Et puis je pense à ma famille et à mes proches, à qui je cause de fortes inquiétudes", sourit le policier. Lui ne tire aucune gloire de cet épisode. "Je ne suis pas un héros. Comme mes collègues, j'ai juste fait mon travail."

(*) Prénom modifié